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En Uruguay des élections clefs

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Dimanche 01/11/2009 • 1 commentaire  • Lu 1279 fois • Version imprimable


Mon amour pour l’Uruguay tient en deux noms : Eduardo Galeano et surtout Mario Benedetti. Je n’ai jamais mis les pieds dans ce pays et je vais donc parler des dernières élections à travers sa presse et le commentaire de Guillermo Almeyra. Un Français présent dans la foule populaire du soir du premier tour a témoigné du dynamisme du Frente Amplio (FA) qui vient de gouverner le pays au centre-gauche avec Tabaré Vasquez. Mais le sens de la fête qu’il a découvert suffit-il à l’heure de l’analyse ?  

http://www.alexis-corbiere.fr/index.php?post/2009/10/26/Uruguay-%3A-482-pour-le-Frente-Amplio

Comme souvent en Uruguay l’élection présidentielle est accompagnée de référendums et d’élections du Parlement. Je ne suis pas sûr qu’un référendum précédent où les électeurs ont demandé que l’eau soit classée bien commun ait été suivi d’effets (la nationalisation de ce secteur), par contre le vote qui vient d’empêcher tout procès des anciens dictateurs risque d’entériner une injustice qui dure. Et quand on sait que l’autre référendum a refusé aux Uruguayens de l’extérieur le droit de vote (c’est-à-dire le plus souvent à des travailleurs immigrés) on a la confirmation que l’électorat n’est pas prêt aux grandes révolutions. Le 48% pour le Frente amplio et le 46% pour les deux partis de droite (mais leurs électeurs ne s’ajoutent pas automatiquement) tend à démontrer que dans ce pays le centre-gauche va pouvoir conserver le pouvoir avec un président plus à gauche (Pepe Mujica) mais un vice-président plus à droite (Danilo Astori).

Ce petit pays est un étrange cas de figure économique, politique et social. Nommée la Suisse de l’Amérique latine, c’est pour une part un paradis fiscal. Politiquement c’est un des deux pays du sud-continent où les partis doivent choisir leurs candidats par des primaires (1) et enfin le vote y est obligatoire. Des primaires, ça signifie qu’en juin dans chacun des partis il y a eu une première bataille politique, et pour la « gauche », dont nous savons qu’elle est partout de plus en plus divisée, elle a permis de donner à Mujica une réelle légitimité qu’il a complétée en équilibrant sa candidature par le choix d’un vice-président très néo-libéral en charge des questions économiques. Le vote y étant obligatoire la participation fut de 90% (40 000 sur les 500 000 expatriés ont fait le déplacement et beaucoup se demandent s’ils vont renouveler l’effort pour le second tour en novembre). Conclusion : la bataille va faire rage pendant tout le mois que dure l’attente du second tour.

Avec à côté, pour trois pays, le Brésil, l’Argentine et le Chili gouvernés au centre-gauche et où l’avenir de cette stratégie politique est sombre, une défaite de Mujica signerait la future victoire des droites dans le cône sud. Inversement, son succès maintiendrait un filet d’espoir, y compris pour le fragile pouvoir de Fernando Lugo au Paraguay qui après une brillante victoire de gauche se trouve au cœur de diverses tourmentes.

Economiquement, le pays ayant perdu toute industrie (d’où la bataille avec Buenos Aires autour d’une usine à Papier installée côté Uruguay) est aux mains des banquiers brésiliens, argentins ou étasuniens et même s’ils craignent peu le maintien du FA au pouvoir, leurs moyens de communication vont donner le là pour unir la droite et peser ainsi le plus possible sur le futur pouvoir éventuel de Mujica. Il ne faudrait pas qu’ensuite poussé par l’Equateur ou la Bolivie, l’Uruguay passe vraiment à gauche. 2-11-2009 Jean-Paul Damaggio

 

(1)   L’autre c’est le Honduras où un accord a été trouvé pour permettre à Zelaya de revenir à son poste après le coup d’Etat dont il a été victime, mais un accord qui dans les faits ne règle rien comme le démontreront les événements futurs.

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Commentaires

j'espere que la fourche de jeanpaul a langué! par c_berthier le Lundi 02/11/2009 à 09:07

fin de la phrase:
...Economiquement, le pays ayant perdu toute industrie (d’où la bataille avec Buenos Aires autour d’une usine à Papier installée côté Uruguay) est aux mains des banquiers brésiliens, argentins ou étasuniens et même s’ils craignent peu le maintien du FA au pouvoir, leurs moyens de communication vont donner le là pour unir la droite et peser ainsi le plus possible sur le futur pouvoir éventuel de Mujica. Il ne faudrait pas qu’ensuite poussé par l’Equateur ou la Bolivie, l’Uruguay passe vraiment à gauche. 2-11-2009 Jean-Paul Damaggio...
quoique j'avais déjà remarqué cette tendance dans des articles sur le venezuela.
ou alors, jean paul parle des partis de gauche dont il craindrait qu'ils fassent echouer une revolution ou encore qu'ils montrent que la democratie est un "horizon indepassable". Bref, une phrase qui risque d'être mal comprise.



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