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Identité nationale?

Par Gabriel Galice • Débat • Lundi 02/11/2009 • 4 commentaires  • Lu 1624 fois • Version imprimable


Dans l’expression, le mot « identité » me gêne davantage que l’adjectif national.  L’équivoque a été relevée par Paul Ricœur en ce que le mot « identité » désigne, pour une personne, à la fois  la mêmeté (identique à, donc, rapprochement dans la comparaison) et l’ipséité (singularité, « qui suis-je ? ») L’« identité » est plus problématique encore lorsqu’il s’agit d’un groupe, a fortiori d’un méga-groupe comme une nation. Je trouve la notion d’identité trop statique, faisant l’impasse sur le fait que l’homme est ce qui se surpasse, que le sujet est projet. Je parlerais plus volontiers de « caractère national ».

La nation est à la fois un ensemble d’hommes parlant la même langue (les natifs, peuple-nation) et une collectivité soumise à un même gouvernement (Etat-nation). La nation se fonde sur la patrie (Rousseau) et peut unir plusieurs patries multi-étniques ou pluri-linguistiques (Senghor). La force politique d’une nation réside dans sa capacité à resserrer le lien entre peuple et Etat, entre l’imaginaire et le symbolique[1] (Pierre Legendre), l’idéel et le matériel. 

En France, la nation fait corps avec la République (Claude Nicolet). « Un républicain, au fond, refuse de choisir entre l’individualisme libéral et la communauté organique. Entre une philosophie de l’universel abstrait et son opposé, la volonté singulière du surhomme décidant de la guerre et de la paix. Entre l’Angleterre et l’Allemagne, si l’on veut. Il se fait une idée suffisamment complexe de la nation pour réconcilier les droits de l’homme et les droits du peuple[2]. »

La nation est ainsi un corps et un esprit, un sujet collectif et un projet politique s’appropriant une culture et une histoire. L’enjeu porte sur la définition du « symbolique » : emblème ou symbole ? Gadget ou Référence ? Je ne suis pas hostile au drapeau ni à la Marseillaise à l’école pour autant que soient mis en œuvre (par la politique budgétaire et fiscale, le respect de la laïcité, notamment) les soubassements réels du dispositif symbolique.

« Pas de liberté du peuple sans souveraineté du peuple, c’est-à-dire sans République[3]. »

Gabriel Galice

Auteur du livre  Du Peuple-Nation – essai sur le milieu national de peuples d’Europe 

 


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Commentaires

par d_collin le Lundi 02/11/2009 à 14:54

La Marseillaise à l'école? Soit, mais encore faudrait-il qu'il y eût une école. On pourrait chanter la Marseillaise le samedi matin, mais pour faciliter les wwek-ends des classes aisées, le ministère de l'EN avec la lâche complicité du SNUIPP (FSU) a supprimé la classe du samedi matin. En deux décennies on supprimé un 1/5 du temps de classe soit une année pour le cycle primaire. Sarkozy a annoncé que les lycéens ont environ 150 heures/année en trop ... et donc c'est une façon de préparer l'opinion à une nouvelle baisse des horaires. Quand le même Sarkozy annonce qu'il faut développer l'enseignement en anglais et que Copé nous raconte qu'il faut maîtriser l'anglais pour s'inspirer des modèles anglo-saxons (sic), on voit clairement le sens qu'il faut donner à ces opérations d'esbrouffe sur "l'identité nationale". Comme dans le monde de «1984», les mots disent exactement le contraire de ce qu'ils signifient ordinairement. "La paix, c'est la guerre"...

Il ne s'agit donc pas d'identité nationale, mais d'un pas de plus vers la pensée unique - et soyons certains que tout cela sera assorti de moyens répressifs et de nouvelles et drastiques limitations de la liberté d'expression.

DC


Re: par regis le Jeudi 05/11/2009 à 01:00

Je crains que nous ne soyons pas au bout de nos peines avec le SNUIPP. Vu dans une publication locale du dit "syndicat" :
"- augmenter notre pouvoir d'achat et
réduire notre temps de travail devant les élèves en allant vers les 18 heures comme dans le secondaire"
Je doute fort qu'il s'agisse là d'une revendication purement locale. Et cette hypocrisie répugnante "devant les élèves"....


Réflexions sur l'identité nationale par d_collin le Lundi 02/11/2009 à 15:04

Sur le même sujet, un papier posté il y a plus de deux ans sur ce site:
http://la-sociale.viabloga.com/news/a-propos-de-l-identite-nationale

et sur un sujet connexe:
http://denis-collin.viabloga.com/news/le-socialisme-et-la-nation


Etre ou se sentir Français par Peretz le Mardi 03/11/2009 à 17:52

Cet article donne une très bonne analyse de ce que veut dire être Français. Etre Français c'est à la fois l'accepter, et continuer à vouloir l'être. C'est une affaire de sentiment et de morale qui ne se définit pas facilement. Un Français est un produit. Dans certains cas on peut avoir honte de l'être, malgré soi en quelque sorte. Dans d'autres on est content car c'est une étiquette qui peut protéger. Ce qui tendrait à prouver que c'est une affaire plus subjective et morale que technique. Donc difficile à définir. En tous cas, c'est un sujet qui risque de fâcher. Sarkozy, toujours aussi machiavélique, va pouvoir s'en servir à des fins politiciennes exécrables, tout en s'en foutant complètement dans son for intérieur, lui qui ne jure que par l'Amérique. Tiens ! à propos, pourquoi ne retirerions-nous pas la nationalité Française à ceux qui partent avec leur fric à l'Etranger pour éviter de payer des impôts ? 



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