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État d’urgence et lepénisation du gouvernement « socialiste »

Le coup d'Etat rampant

Par la-sociale • Actualités • Mardi 29/12/2015 • 1 commentaire  • Lu 1509 fois • Version imprimable


Il y a une logique qui conduit de l’état d’urgence à la révision constitutionnelle et à la déchéance de la nationalité pour binationaux nés en France. Beaucoup de ceux qui justifiaient l’état d’urgence au nom de la nécessaire lutte contre le terrorisme se trouvent aujourd’hui devant quelque chose d’imprévu et d’assez effrayant : la transformation du bon Hollande, jovial « ennemi de la finance » et futur « président normal » en mister Hyde, apprenti Bonaparte, reniant ses amis et en train de construire une majorité avec la droite et le FN.

 

Nous l’avons dit et répété : l’état d’urgence qu’on pouvait à la rigueur comprendre dans les premiers jours qui ont suivi les attentats du 13 novembre n’a plus aucun sens depuis son renouvellement pour trois mois. Du moins aucun sens technique pour les besoins de la lutte contre le terrorisme. Par contre son sens politique se déploie pleinement : il s’agit de créer un climat moral et politique de tension qui permette de faire voter une révision constitutionnelle renforçant encore le pouvoir de l’exécutif et de l’administration au détriment du pouvoir judiciaire et, pour faire bonne mesure, modifier gravement les principes du droit de la nationalité. Après avoir largué les derniers vagues oripeaux « socialistes » sur le terrain économique et social avec l’adoption des « macronomics », le gouvernement Hollande-Valls parachève sa marche vers la droite en organisant avec la révision constitutionnelle et la déchéance de la nationalité une nouvelle majorité qui va de Le Pen et Philippot jusqu’au PS. Les bonnes âmes de gauche nous bassinaient depuis des années avec la « lepénisation des esprits ». C’est à la lepénisation du gouvernement de gauche que nous assistons maintenant.

La déchéance de la nationalité française pour les Français binationaux nés en France constitue en effet la négation brutale du droit du sol qui est une constante en France depuis au moins François Ier ! On pouvait déchoir de sa nationalité quelqu’un qui l’avait obtenue par naturalisation. Mais qu’on puisse déchoir quelqu’un né en France, c’est une idée qui, jusqu’à présent n’était défendue que par la droite et le FN, partisans de la prévalence du « droit du sang ». Schématiquement, le droit français combine le droit du sang et le droit du sol. Si on réduit la nationalité au droit du sang, on transforme profondément la définition même de la république dans ce pays en en faisant une république ethnique. C’est très exactement l’idéologie du FN et d’une partie de la droite. On nous dira qu’il ne s’agit que des « binationaux nés en France ». Mais cet argument est sans valeur. Les binationaux le sont parce qu’un de leurs parents au moins n’est pas français et qu’ils ont acquis la nationalité d’un au moins de leurs parents en vertus des lois qui régissent la nationalité dans le pays d’origine de ce parent ou en vertu d’accords bilatéraux (comme il existe entre la France et l’Algérie ou la France et Israël). Mais du point de vue fondamental, juridique, les « binationaux » ne sont pas binationaux, ils sont des citoyens français comme les autres. La déchéance de nationalité introduit ainsi une catégorie de Français qui seraient moins français que les autres, que les « Français de souche ». La proposition gouvernementale que défendra Mme Taubira est donc une légalisation juridique d’une expression qui jusqu’à présent était l’apanage des « identitaires » et autres sectateurs du clan Le Pen.

L’état d’urgence et cette volonté incompréhensible de permettre qu’il soit promulgué pour six mois avec la révision de la constitution renforcent le caractère bonapartiste des institutions de la Ve République, tout ce qui en fait potentiellement le régime du « coup d’État permanent », pour reprendre l’heureuse formule de François Mitterrand. Que les choses puissent prendre cette direction, on s’en doutait un peu. Valls a une certaine propension à reprendre dans ses discours le ton et les concepts de Marcel Déat (« néosocialiste » en 1934 et futur fondateur d’un parti collaborationniste en 1940, le RNP). Pour mener à bien la destruction de tous les acquis sociaux, obéir aux règles de l’UE et satisfaire l’insatiable appétit du MEDEF, il faut rendre impossible toute résistance sociale et se doter des moyens adéquats pour mater les récalcitrants – souvenons-nous de la fureur de Valls exigeant des sanctions contre les manifestants d’Air France. C’est le vrai sens de l’opération bonapartiste de Hollande. Mais pour réussir l’opération, il faut l’union sacrée, en brisant le PS dont le seul tort est de s’appeler encore, pour raisons obscures, « socialiste ». Là encore Valls a clairement indiqué et depuis longtemps quel était son but. La droite, assez mal en point, comme l’ont montré les régionales de décembre 2015, est visiblement incapable de mener à bien la tâche que Hollande s’est assignée. Avec sa manœuvre sur la nationalité, Hollande gagne les faveurs d’une bonne partie de la droite, chasse sur les terres de Sarkozy et obtient le soutien du FN et pourrait se présenter comme le mieux à même de « faire barrage au FN » à la présidentielle de 2017. Le PS déjà dévasté par les dernières échéances électorales se laissera étrangler en protestant faiblement – encore un instant, monsieur le bourreau.

Même les plus lucides sur la vraie nature de ce gouvernement restent un peu surpris du tour que prennent les choses. Les bons connaisseurs de l’histoire et de l’anthropologie savaient que les socialistes sont loin d’être toujours les plus attachés aux libertés et qu’ils hésitent rarement devant les « pouvoirs spéciaux », ceux attribués à Pétain en 1940 et ceux que Guy Mollet s’est fait voter pour mener la guerre en Algérie et couvrir la torture. On croyait que c’était du passé. Mais il n’en est rien. De ce qu’a pu avoir de positif l’histoire du socialisme, tout a été balayé. Mais le pire demeure et s’incarne dans l’actuel gouvernement de la France.

Raisons de plus pour continuer de signer la pétition pour la levée de l’état d’urgence et d’organiser la réussite du grand meeting du 23 janvier 2016 à Paris.


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Commentaires

à écouter de toute "urgence" par Serge_Gomond le Mercredi 30/12/2015 à 12:53

Ré-écouter l’émission « L’invité des Matins» (2ème partie), sur France-culture, et intitulé : « Jusqu’où l’état d’urgence », Hervé Gardette reçoit : Mireille Delmas-Marty : juriste titulaire de la chaire «Etudes juridiques comparatives et internationalisation du droit» au Collège de France. Rejoint en seconde partie par : Jean-Frédéric Poisson : député des Yvelines. Président du Parti Chrétien-Démocrate (PCD), vice-Président de la Commission des Lois et co-rapporteur du projet de loi prolongeant l’état...

C’est technique… mais assez compréhensible pour tout le monde !



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