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Le déclin de la population juive en Israël

Par la-sociale • Internationale • Samedi 09/10/2010 • 1 commentaire  • Lu 1888 fois • Version imprimable


Ce qui suit vient d'être publié sur le courrier de "La paix maintenant". L'impasse dans laquelle les ultras du sionistes conduisent Israël y est montrée en toute clarté. Sans partager toutes les propositions de "La paix maintenant", il nous semble nécessaire de faire connaître ces débats et plutôt qu'ajouter les passions aux passions nous devons, autant qu'il est possible, essayer de faire entendre la voix de la raison.

Présentation par "La paix maintenant": [Professeur (en retraite) au département de géographie de l’université de Haïfa, conférencier et directeur de Recherches au Collège de Défense nationale de l’IDF, l’armée israélienne, Arnon Soffer est expert en démographie, entre quelques autres questions stratégiques au Moyen Orient, telle la gestion de l’eau. L’homme, qui ne s’est pas privé d’attaquer les “bobos“ tel-aviviens — dont Ha’aretz qui le publie aujourd’hui –, se décrit comme centriste… Sa terminologie renvoie cependant au corpus de la droite israélienne : ainsi use-t-il volontiers des termes bibliques de “Judée-Samarie” plutôt que de la locution “Rive occidentale du Jourdain”, pour désigner ce que nous nommons non moins improprement la Cisjordanie. Il n’en est que mieux qualifié pour discuter la thèse défendue par Moshé Arens, qui propose l’annexion des Territoires, constituant ainsi un État binational du Jourdain à la Méditerranée pour y prévenir l’établissement de deux États. Pragmatique, le géostratège démonte ici les données démographiques fournies dans ce cadre par Arens, et combat une proposition prête à sacrifier l’État d’Israël à l’idéologie du Grand Israël. – T.A.]
  

http://www.haaretz.com/print-edition/opinion/jewish-population-in-israel-is-declining-1.317042 ?

  

Ha’aretz, le 4 octobre 2010

Le déclin de la population juive en Israël

par Arnon Soffer

Trad. Tal pour La Paix Maintenant

Suivant la suggestion de Moshé Arens (1), publiée dans ces colonnes le mois dernier sous le titre de “L’épouvantail démographique” (2), j’ai regardé les résultats du Bureau central de Statistiques, ceux-là même qu’il juge si encourageants. Qu’y voyons-nous ? Pour commencer, que ledit bureau ne traite que les données relatives à la population à l’intérieur de la Ligne Verte (Israël stricto sensu) et à la population juive en Judée et Samarie. Dès qu’il s’agit des Arabes (3) des Territoires, il nous faut chercher ailleurs.

Qu’y a-t-il de si encourageant dans les chiffres de 2010 ? J’ai constaté qu’en Israël même les Juifs forment 75,5% de la population ; mais qu’en 1998 la proportion était de 79,2%, et de 81,7% en 1988. En d’autres termes, le pourcentage de Juifs dans la population israélienne est en constant déclin, en dépit de l’afflux d’un million d’immigrants environ au cours des deux dernières décennies.

À en croire les prévisions, en 2015 le pourcentage de Juifs sera descendu à 73,5%, et tombera à 70,6% en 2025. Ce n’est qu’en 2030 qu’une minuscule augmentation de la proportion de Juifs interviendra pour la première fois, nous ramenant à 72%. Où y a-t-il là de quoi réjouir Arens ?

Si nous ajoutons à ces données brutes les travailleurs étrangers, les immigrés venus d’Afrique, les touristes sans retour et les Palestiniens entrés en Israël et jamais repartis,  le pourcentage de Juifs descend à 70% des habitants du pays. Qu’y a-t-il là de si merveilleux ? Le tableau n’est guère plaisant.

Ces derniers mois, cependant, Arens a prêché l’annexion à Israël de la Judée et de la Samarie (ce qui serait, selon lui, le moyen d’éviter que n’existent deux États dans cet espace restreint). Bien entendu, cela pose un sérieux problème démographique. Que fait alors Arens ? Il adopte les données fournies par une quelconque équipe américaine afin de compter combien d’Arabes vivent en Judée et Samarie, combien sont partis, combien sont en partance et combien vont partir dans l’avenir.  Également à l’affût des naissances et des décès, il affirme “scientifiquement“ que seuls vivent en Judée et Samarie 1,5 million d’individus. Si nous gommons 1 million d’Arabes de l’ardoise, nous avons alors une majorité juive en Terre d’Israël (4) ; le Rédempteur est venu en Sion et l’épouvantail démographique est mort.

Faute de me reposer sur des équipes américaines, je me suis tourné vers les services de l’Administration civile de l’IDF  (5), qui m’ont rapporté que l’on compte à l’heure actuelle 2.6 millions de Palestiniens vivant en Judée et Samarie, et que leur nombre à Gaza est estimé à 1.5 million. Si l’on ne se fie pas à l’IDF, on peut se reporter aux données du Bureau palestinien de Statistiques, dont le dernier recensement a eu lieu en 2007, sous l’égide de représentants du gouvernement norvégien ; leurs chiffres sont similaires à ceux de l’IDF (après soustraction des résidents de Jérusalem, déjà pris en compte par le Bureau israélien de Statistiques). Il se confirme dans les deux cas que, sans compter Gaza ni les résidents étrangers, les Juifs constituent 59% du total de la population en Terre d’Israël ; en incluant Gaza et les résidents étrangers, il y a d’ores et déjà un peu moins de Juifs que d’Arabes palestiniens.

Nous n’avons pas le choix, il nous faut tenir compte des prévisions pour les dix ou vingt ans à venir, et il apparaît que la proportion de Juifs aura alors décliné à 42%. Cela signifie la fin de l’entité juive au Moyen-Orient. Ainsi l’épouvantail démographique est-il vivace et menaçant, tout bien considéré, sans même avoir analysé les densités de population ou les questions de sécurité intérieure à prévoir de la part d’une population hostile forte de plusieurs millions de personnes.

Nous n’avons pas le choix, il nous faut dire à Arens que l’idéologie droitiste du Bétar (6)dans laquelle il a grandi a fait faillite il y a bien longtemps et qu’il ne servira à rien de gommer virtuellement 1,5 million d’Arabes des Territoires. Ils sont là. La conclusion est épouvantablement simple. Quel qu’il soit, celui qui conduira à la mise en place d’un État binational sur la Terre d’Israël mènera les Juifs d’Israël à leur perte. Nous, la majorité saine d’esprit encore présente ici, ne permettrons à personne de le faire.

  
Notes

(1)        Cadre du Bétar (voir infra) aux États-Unis avant d’immigrer en Israël en 1948,  membre de l’Irgun, l’ingénieur aéronautique Moshé Arens fut sur le tard député à la Knesseth (sur les bancs du ‘Hérouth puis du Likoud, à l’extrême droite de l’échiquier), ministre des Affaires Étrangères de 1988 à 1990,  et de la Défense entre 1990 et 1992, puis de 1999 à 2003. Il s’est opposé aux accords de Camp David et préconise de résister aux demandes américaines de prolonger le gel de la colonisation. [NdlT]

(2)        Demographic Bogey”, Ha’aretz, le 14 septembre 2010 : http://www.haaretz.com/print-edition/opinion/demographic-bogey-1.313683 . Suite à la publication du dernier rapport du Bureau central de Statistiques, Moshé Arens y écrivait que « la démographie semble travailler pour la population juive », contrairement à ce que proclament “les avocats d’une solution à deux États“. [Id.]

(3)        Autre habitude de langage, “Arabe“ plutôt que “Palestinien“ (des Territoires ou d’Israël), dont Soffer use alternativement. [Id.]

(4)        L’expression “Terre d’Israël” recouvre ici, par opposition à “Israël”, l’ensemble formé par l’État d’Israël et la Cisjordanie. [Id.]

(5)        Administration civile mise en place par Tsahal (IDF en anglais, ou Forces de Défense israéliennes) dans les territoires occupés en juin 1967. Il va de soi que ses attributions ont évolué en fonction des changements locaux de statut dans les Territoires, qu’il s’agisse de la bande de Gaza ou de la Cisjordanie. [Id.]

(6)         Mouvement de jeunesse sioniste fondé en 1926 dans la lignée de Jabotinsky et Trumpeldor. Le Bétar de France réclamait encore il n’y a pas si longtemps, à la différence du l’organisation sœur en Israël, plus réaliste, ”les deux rives du Jourdain”, à savoir les limites d’un hyper Israël qui aurait existé sous Salomon. [Id.]


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Commentaires

L’espoir et le désespoir. par Serge_Gomond le Lundi 11/10/2010 à 10:16

L’espoir et le désespoir.

L’espoir (pas partagé par tous loin de là) :

l’appellation  Judée/Samarie et « des territoires » mis à part, il est bien question de la Palestine, non ?

Nous n’avons pas le choix, il nous faut tenir compte des prévisions pour les dix ou vingt ans à venir, et il apparaît que la proportion de Juifs aura alors décliné à 42%. Cela signifie la fin de l’entité juive au Moyen-Orient. Ainsi l’épouvantail démographique est-il vivace et menaçant, tout bien considéré, sans même avoir analysé les densités de population ou les questions de sécurité intérieure à prévoir de la part d’une population hostile forte de plusieurs millions de personnes.

Nous n’avons pas le choix, il nous faut dire à Arens que l’idéologie droitiste du Bétar (6)dans laquelle il a grandi a fait faillite il y a bien longtemps et qu’il ne servira à rien de gommer virtuellement 1,5 million d’Arabes des Territoires. Ils sont là. La conclusion est épouvantablement simple. Quel qu’il soit, celui qui conduira à la mise en place d’un État binational sur la Terre d’Israël mènera les Juifs d’Israël à leur perte. Nous, la majorité saine d’esprit encore présente ici, ne permettrons à personne de le faire.

et le désespoir :

Le cabinet israélien a adopté un amendement très controversé sur l'allégeance des citoyens à "l'Etat juif"  LEMONDE.FR et l’AFP »)

Le cabinet israélien, dominé par la droite, a approuvé dimanche 10 octobre un projet d'amendement législatif controversé contraignant les candidats non juifs à la citoyenneté israélienne à prêter allégeance à "l'Etat juif et démocratique d'Israël".

Selon un communiqué du bureau du Premier ministre Benyamin Nétanyahou, 22 ministres ont approuvé cet amendement. Huit ont voté contre, dont les cinq ministres travaillistes. Le projet doit encore faire l'objet de trois lectures par la Knesset (Parlement), où la droite dispose d'une majorité écrasante.

"Tous ceux qui veulent devenir des citoyens israéliens naturalisés devront déclarer qu'ils seront des citoyens loyaux de l'Etat d'Israël comme Etat juif et démocratique", a expliqué avant le vote Benyamin Nétanyahou à ses ministres réunis en séance hebdomadaire. "L'Etat d'Israël est l'Etat-nation du peuple juif, tout en étant un Etat démocratique dont tous les citoyens, juifs et non-juifs, bénéficient de droits totalement égaux", a ajouté le Premier ministre.

"DES RELENTS DE FASCISME"

Le texte a suscité de vives critiques de la minorité arabe d'Israël (20 % de la population) qui le considère comme "raciste", notamment parce qu'il vise les Palestiniens cherchant à s'installer en Israël après s'être mariés avec des Arabes israéliens.

"Le processus engagé chez nous depuis un an ou deux ans me fait peur, il y a des relents de fascisme dans les marges de la société israélienne (...) Le tableau général est très inquiétant et menace le caractère démocratique de l'Etat d'Israël", a dénoncé Tithak Herzog, un des ministres travaillistes, à la radio militaire. "Pour moi, cet amendement n'a aucune raison d'être, si ce n'est de satisfaire aux arrangements politiques entre M. Netanyahu et (le chef de la diplomatie, Avigdor) Lieberman", a renchérit Avishay Braverman, le ministre travailliste en charge des minorités, devant des journalistes.



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