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Marc Rich : héros ou escroc ?

Lettre bernoise 58

Par Gabriel Galice •  • Dimanche 18/08/2013 • 0 commentaires  • Lu 1376 fois • Version imprimable


Cher John,

Le négociant de matières premières Marc Rich (né Marcell David Reich à Anvers, en 1934) est bel et bien mort chez nous, à Lucerne, le 26 juin 2013. Il sera inhumé en Israël. Héros ou escroc ?

Exilé aux Etats-Unis pendant la guerre, il y fait ses premières armes de négociant avant de se mettre à son compte. Georges Soros avait fait sa première pelote en spéculant contre la Banque d’Angleterre, Marc Rich fit la sienne en contournant l’embargo étasunien contre l’Iran, vendant au noir du pétrole iranien. Il étendra la gamme de ses activités dans les matières premières en intégrant les segments des filières, des mines jusqu’au fret et aux assurances. Doté des nationalités étasunienne, espagnole, belge, israélienne, suisse, Marc Rich enjambait les frontières au gré des nécessités commerciales. Poursuivi aux Etats-Unis pour 50 chefs d’accusation (de la fraude au commerce avec l’ennemi en passant par l’évasion fiscale), lui valant d’être l’une des personnes les plus recherchées par le FBI, il se réfugia dans le saint des saints du confort fiscal suisse : le canton de Zoug. La Suisse refusa l’extradition demandée par les Etats-Unis. Le Président Clinton le gracia quelques heures avant son départ de la Maison Blanche. D’étroits esprits, cher John, firent remarquer que Madame Marc Rich avait fait un don d’un million de dollars au Parti démocrate et à la Fondation Clinton. Comme Soros et bien d’autres, l’équanime Rich dispensait les bienfaits avec autant de largesse que les méfaits.

Pour R. James Breiding, Rich est un héros, « le plus grand redistributeur de l’histoire ». Il l’affirme dans le point de vue publié dans Le Temps du 28 juin, traduit par le héraut de la cause ultra-libérale, le journaliste Emmanuel Garessus. « Les nécrologies des médias dépeignent Marc Rich en homme flamboyant, corrompu, en maître de l’optimisation fiscale, en pécheur absous par le président Bill Clinton. Ce type de portrait est partiellement correct, mais rares sont ceux qui auront vu en lui le plus grand redistributeur de richesses de l’histoire de l’humanité. » L’article évoque les actions du corrupteur plus que celles du corrompu : «Les pots-de-vin ont été payés pour faire une affaire au même prix que d’autres voulaient la faire.»

Pour d’autres, Marc Rich était aussi (surtout ?) un escroc. Pas seulement pour sa collusion avec l’Iran honni, ou pour ses montages financiers. Une enquête révèle l’exploitation d’enfants dans des mines de cuivre du Congo http://www.rts.ch/video/emissions/mise-au-point/3926044-glencore-et-le-travail-des-enfants.html ou les dommages causés à l’environnement par l’entreprise Glencore. Marc Allgöwer relate les faits et conditions de tournage http://www.rts.ch/video/emissions/mise-au-point/3924971-enquete-sur-glencore-les-precisions-de-marc-allgower-de-retour-du-congo.html

L’escroc étasunien est un héros suisse, tiens-le-toi pour dit, cher John. Sainte-Beuve nous en avertit : « En général, nos jugements nous jugent nous-mêmes bien plus qu’ils ne jugent les choses. »

Ton Guillaume tel que tu le sais : patriote.

Berne, le 6 août 2013.

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