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RECONSTRUCTION DE LA GAUCHE ?

Questions de méthode

Par Denis Collin • Actualités • Lundi 18/02/2008 • 0 commentaires  • Lu 916 fois • Version imprimable


Au cours des derniers mois, plusieurs initiatives ont été lancées qui visent toutes à répondre à la question de la reconstruction ou de la recomposition de la gauche. L’orientation droitière du PS, soutien à peine déguisé à la politique de Sarkozy, et l’impuissance du PCF montrent clairement que le retour aux vieilles formules de l’union de la gauche est une chimère. Il faut faire du nouveau. Ainsi, la LCR, dans son dernier congrès, a-t-elle décidé de se fondre dans un « nouveau parti anticapitaliste » qui pourrait donner une perspective militante aux centaines de milliers d’électeurs qui se sont retrouvés dans la candidature d’Olivier Besancenot. Ce nouveau parti ne serait pas un parti trotskyste et sa stratégie très vague se résume pour l’heure au refus de tout accord avec le PS. Indépendamment des critiques qu’on peut adresser à cette stratégie, il faut reconnaître que la figure de Besancenot, un homme jeune et simple, qui n’appartient pas à la « classe politique » et exprime les revendications de tous, attire la sympathie, notamment chez les jeunes et dans une fraction non négligeable de la classe ouvrière.

 

De son côté et le plus souvent en solitaire, selon son habitude, le PT, après l’échec patent de la campagne de Schivardi s’est lancé dans la construction d’un nouveau « parti ouvrier indépendant », qui avec quelques maires et quelques syndicalistes, ne peut guère espérer qu’un maigre élargissement de l’assise actuelle du PT. Avec des analyses et des propositions qui devraient mériter une plus large attention, le PT ne parvient guère à se départir de l’attitude de ceux qui détiennent une vérité, à laquelle faire la moindre entorse vous précipite dans l’enfer de la trahison. Il faut signaler pourtant que le PT s’est joint à des initiatives unitaires contre le traité de Lisbonne (à Evreux ou à la Halle Carpentier à Paris) sortant timidement de l’isolement dans lequel il s’était confiné pendant la campagne de 2005.

Une partie des partisans de la candidature des collectifs antilibéraux (Yves Salesse, Clémentine Autain, Claude Debons, etc.), le MARS-gauche républicaine, quelques représentants de PRS et Marc Dolez ont soutenu l’initiative pour une nouvelle force politique à gauche (voir sur notre site), une bonne initiative qui devrait déboucher sur des « états généraux » en 2008, mais semble pour l’heure un peu au point mort.

Enfin, avec « Gauche Avenir » s’est esquissé une autre tentative qui regroupe des socialistes « fabiusiens » comme Paul Quilès, des représentants de tous les courants de la « gauche socialiste », membres de PRS, anciens de la « Gauche Socialiste » comme Marie-Noëlle Lienemann, des communistes comme Gayssot (ancien ministre de Jospin), etc. Quilès et Lienemann viennent même d’ouvrir un site du nouveau « parti de la gauche » qui se propose de lutter pour un parti unifiant toute la gauche. La multiplication des initiatives peut désespérer. L’éparpillement des forces n’est jamais une bonne chose. Et on se demande bien pourquoi tous ces gens qui partagent un assez grand nombre de positions communes (l’Europe, la laïcité, la république, la défense des revendications sociales) ne se mettent pas d’accord. D’un autre côté, on sait bien que l’éparpillement en clubs, groupes et groupuscules est peut-être une phase nécessaire du processus politique. Le congrès d’Épinay en 1971 a été précédé d’une phase de ce genre. Si nous nous référons à l’expérience historique, celle d’Épinay, par exemple, on peut dégager quelques leçons :

# ) On ne sort pas de la dispersion par la confrontation idéologique. Qu’il faille réarmer théoriquement et politiquement la gauche, on en conviendra sans peine et notre site s’est toujours voulu un moyen de contribuer à cette tâche. Mais la discussion théorique est par nature interminable. Ce qui lui donne sens et permet de trancher, c’est l’accord stratégique sur les tâches de l’heure. Parmi les socialistes d’avant Épinay nombreux étaient les partisans d’une discussion théorique tous azimuts et on reculait rarement devant les innovations les plus décoiffantes. Mais ce qui a mis tout le monde (ou presque) d’accord, ce fut l’orientation d’union de la gauche avec le parti communiste, fondée sur un programme commun de gouvernement qui se voulait une étape dans la voie de la transformation socialiste de la France. Aujourd’hui, la même alternative union de la gauche contre « troisième voie » d’alliance au centre se présente sous une nouvelle forme : défense de la démocratie, des droits sociaux et des droits des peuples contre soumission à la « construction européenne ». Ainsi la première étape pour reconstruire la gauche devrait être la présentation de listes de gauche indépendantes du « social-libéralisme », de listes de gauche revendiquant les droits sociaux et nationaux contre le traité de Lisbonne et les institutions de l’UE. Ce qui englobe aussi bien les services publics, les nationalisations que la défense de la paysannerie dont la mort est programmée pour 2014, date prévue de la fin de la PAC et du triomphe de la concurrence libre et non faussée dans ce domaine comme dans les autres. On ne reconstruira pas la gauche si on accepte, d’une manière ou d’une autre, de soutenir les listes Royal/Hollande/Lang and co aux prochaines européennes.

#) On ne peut reconstruire une gauche solide que si on dispose d’un socle minimal. Mitterrand le disait très bien à Épinay : « celui qui n’est pas pour la rupture avec le capitalisme, celui-là ne peut pas être socialiste. » Pour reconstruire la gauche, il faut donc un parti qui se prononce en paroles claires et compréhensibles par tous pour le renversement de l’ordre capitaliste, ordre de l’exploitation de l’homme par l’homme, et son remplacement par un ordre nouveau, celui de la propriété commune des grands moyens de production et d’échange. Défendre les acquis sociaux, défendre les services publics, défendre les revendications ouvrières, cela a du sens parce qu’il s’agit d’autant de moyens au service d’une fin : en finir avec l’exploitation de l’homme par l’homme, avec cette exploitation qui a repris sous nos yeux, au cours des dernières décennies, les formes les plus sauvages, déniant aux travailleurs leur rang de personne pour les transformer en simples « ressources humaines », ces « ressources humaines » qu’il faut parfois « dégraisser ». Il faut, à gauche, en finir avec les panégyriques de « l’entreprise » et appeler les choses par leur nom : le salariat est un esclavage et les capitalistes sont des despotes. Si l’on doit procéder à un réarmement théorique de la gauche, c’est sur cette question qu’il doit se faire d’abord et avant tout. Un parti réformiste de gauche devrait donc concevoir l’exercice du pouvoir comme le moyen de construire autant de bastions et de casemates solides dans la « guerre de position », dans la lutte à long terme, progressive pour la transformation radicale de la société.

#) Enfin un vrai parti de gauche doit être capable de gagner l’hégémonie sur la société, c’est-à-dire de reconstruire une culture populaire et nationale opposée aux valeurs destructrices et antisociales véhiculées par les fanatiques du marché et les Torquemada de la libre concurrence. Une culture qui fasse de la vie sociale, de l’amitié, de la participation aux choses de l’esprit, les biens les plus importants.

Il est devenu très à la mode, ici et là, de citer Gramsci, comme toujours sans l’avoir lu. Le « prince moderne », pour Gramsci, c’est un être collectif, un parti capable de transformer « le système des rapports intellectuels et moraux », un parti qui lutte pour « une réforme culturelle, c’est-à-dire une élévation civile des strates sous-développés dans la société », laquelle est impossible « sans une réforme économique préalable et une mutation dans les positions sociales et dans le monde économique. » [1]


[1] « Brèves notes sur Gramsci » in Quaderni del carcere n°13 - traduit par nos soins


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