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Régionales : retour sur le FN

Par Jean-Paul Damaggio • Actualités • Mercredi 17/03/2010 • 2 commentaires  • Lu 2039 fois • Version imprimable


Suite aux présidentielles, législatives et européennes, j’en avais déduit que le FN passerait la barre des 10% seulement dans quatre régions bastions. Je n’étais pas seul à le penser puisqu’y compris au FN son dirigeant Louis Aliot, ayant perdu son poste de conseiller municipal à Perpignan, ayant perdu le poste de député européen, a préféré quitter Midi-Pyrénées pour ne pas perdre son poste de conseiller régional… qu’il aurait gardé car il avait les moyens de gagner à son parti les miettes qui lui manquent pour atteindre les 10%.

 

Les électeurs ont fait mentir le pronostic de l’échec, pour nous rappeler que le vote FN est un vote politique ancré dans le pays. Si on regarde la carte de France de ce vote, depuis le début le pays est coupé en deux suivant une banane qui de Rouen passe par Paris, Lyon pour finir à Montpellier. Cette coupure est-ouest a été mise en lumière par Pascal Buléon dans une étude de l’université de Caen. Elle avait attiré mon attention car, pour ma part, j’étudie depuis longtemps les scores du FN dans mon département1 qui est au cœur du Sud-Ouest… mais avec des scores correspondants à ceux de l’Est. Le Tarn-et-Garonne pour Midi-Pyrénées comme le Lot-et-Garonne pour l’Aquitaine me paraissent riches d’enseignements, que la nouvelle élection confirme.

 

La parenthèse de la présidentielle

 

La comparaison la plus sérieuse doit mettre face à face les deux élections régionales et elle fait alors apparaître le résultat de la Présidentielle comme plus circonstanciel que celui du FN ! Sur un plateau télé du dimanche soir, à un moment, Daniel Cohn-Bendit, quand on a donné la parole à Jean-Marie Le Pen puis aussitôt après à sa fille, s’est écrié agacé : « Et vous n’avez pas la petite-fille pour compléter la saga ? » Pour lui, le vote FN reste circonstanciel, proposant de le réduire à un effet Eric Besson et son débat sur l’identité nationale. Depuis 1984 ce vote est présenté comme circonstanciel et l’échec de 2007 croisant l’âge avancé du capitaine, cette circonstance a eu tendance à se présenter comme définitive. C’était surestimer les pouvoirs de Nicolas Sarkozy qui se surestime déjà beaucoup ! Bref, le vote FN démontre que Sarkozy n’est pas le président inévitable des vingt ans qui viennent.

 

La nature du vote FN

 

Le vote FN rend visible bien d’autres phénomènes comme le choix du « politique » contre le choix du « clientélisme ». Le Pen le rabâche, ses élus ne distribuent pas de subventions, ne font pas du relationnel, et il pourrait le rabâcher mais s’en garde bien, en tant que tel le FN est un parti invisible. Est-ce à dire que ses électeurs votent pour lui sur la base d’un seul thème, le racisme ? Je pense plutôt que ce vote est un complément de l’abstention qu’il réduit d’ailleurs pas mal, à savoir le vote de personnes globalement écœurées par le comportement de la classe politique. Son ancrage dans le paysage électoral (plus que dans le combat social) n’est pas un épiphénomène à traiter à part, pour renvoyer dans le noir, des racistes désespérants. Etant un vote politique, il mérite d’être traité globalement. Le vote écolo dont la nouveauté est concomitante de celle du FN est lui un vote « apolitique » car il fait d’un seul thème (dont je ne sous-estime pas l’importance), la matrice de tout un discours, d’où ensuite l’apparition du vote chasseur éliminé par le mode de scrutin. Les alliances à gauche d’Europe Ecologie ne change pas le fait.

 

La nature des électeurs FN

 

C’est ici que je reviens à la division Est-Ouest du vote FN, une division qui est aussi très connue des économistes. La mythique opposition Sud-Nord qui alimente le discours de Frèche appartient au passé et le vote FN confirme que le Sud-Est et le Sud-Ouest sont très différents. Au risque de choquer les Provençaux, j’affirme que la présence du père Le Pen en PACA et de sa fille dans le Nord ne sont pas accidentelles et rendent politiquement les habitants de Marseille plus près de ceux de Lille, que de ceux de Toulouse. Sauf que cette division, par sa globalité peut aussi empêcher de penser. Donc voici des résultats du vote FN : Bordeaux, 6,4% ; Gironde 8,6% ; Aquitaine 8,2 %… et Lot-et-Garonne, département de cette région : 13%. Passons en Midi-Pyrénées sur la base du même schéma et toujours pour le vote FN : Toulouse, 8,6% ; Haute-Garonne, 10% ; Midi-Pyrénées, 9,44% ; Tarn-et-Garonne 12,2%.

 

Les électeurs FN ne sont ni les vestiges de la France rurale et reculée, ni les habitants excédés des grandes métropoles. Le Tarn-et-Garonne est un département historiquement rural, mais sa partie la plus rurale et la plus à droite est celle qui vote le moins FN. L’électorat FN est plutôt celui des vallées du Tarn et de la Garonne, celui des villes moyennes, des zones avec un habitat nouveau, plus jeune et plus bousculé par la vie (je ne néglige pas les différences importantes de résultats à l’intérieur des grandes villes : à Montauban chef lieu du département l’écart peut varier de 10%). L’électorat FN est un électorat d’avenir qui surfe sur les inquiétudes nées de la vie actuelle. Certains s’étonnent en Tarn-et-Garonne quand ils constatent qu’une petite commune très éloignée des problèmes de l’immigration puisse se retrouver avec 50% pour le FN. Ils braquent leur vision du vote FN sur la réalité plutôt que de prendre la réalité pour changer leur vision du vote FN.

 

Le poids de la crise sociale

 

Pas plus qu’il n’y a d’automatisme entre immigration et vote FN, je ne vois pas d’automatisme entre crise sociale et vote FN. Quand la crise profite au FN ça signifie plutôt que la classe politique refusant de l’affronter de face, ou la niant même, l’électeur alors désespéré se tourne vers le FN. Je ne veux ainsi ni excuser l’électeur FN (je m’insurge contre ceux qui le réduisent à sa sociologie) ni banaliser son vote. Je tente seulement d’échapper au moralisme des adversaires du concept de lutte des classes. Donc, quand je parle de la classe politique je devrais mettre à part le PCF et aujourd’hui le Front de Gauche, qui historiquement portait le vote des victimes de la dite crise sociale. On a souvent appliqué la mécanique : échec du PCF=victoire du FN. Une autre façon d’évacuer le problème ! En Tarn-et-Garonne le PCF a toujours était très faible et comme on l’a vu le FN est très fort ! Le FN a capté autant d’électeurs radicaux ou socialistes que d’électeurs communistes ceci étant le scrutin de 2010 fait apparaître une nouveauté : la ville la plus FN du département n’est pas Moissac comme c’était le cas depuis 1984, mais Castelsarrasin, une ville très proche, historiquement plus ouvrière, et qui était localement un bastion du PCF, le Front de Gauche continuant d’y faire son meilleur résultat départemental.

 

Conclusion

 

Le phénomène Sarkozy, maître d’une grande partie des médias, grand chef du débauchage socialiste, vient d’être rappelé aux réalités. Non seulement il n’a pas liquidé le PS mais il se retrouve avec un FN qui lui pourrit la vie, d’autant que par contre, l’expérience MoDem a du plomb dans l’aile. Il pensait que l’écologie serait au PS, ce que le FN a été à la droite et là aussi échec complet sur toute la ligne. Il va pouvoir faire la leçon à Borloo, à Besson et à quelques autres lieutenants, car bien sûr, il est au-dessus de cette mêlée régionale, mais le fait est là : sa victoire personnelle en 2012 n’est pas acquise… mais je doute qu’au vu de la victoire du PS, nous allions vers des politiques capables d’arrêter le vote FN.

 

Il me semble que la réflexion de Claude Julien du Monde Diplomatique en date d’avril 1990 garde toute son actualité : « Le parti politique est l’indispensable outil d’une démocratie. Mais, à oublier les finalités de l’outil, les hommes politiques le discréditent et finiront par le briser entre leurs mains. Alors, le champ sera largement ouvert aux simplificateurs, aux démagogues, aux fanatiques qui sauront canaliser les déceptions des citoyens. Tel est le sens de la progression du Front national, qui en mars, a même atteint 30% des voix dans un fief de la gauche aussi symbolique que la Seine St Denis. Bientôt, il sera sans doute trop tard pour convoquer les pleureuses au chevet d’une démocratie anesthésiées, agonisant sans douleur. »

 

16-03-2010 Jean-Paul Damaggio

1 Vingt ans de lutte contre le FN, 1984-2004, Editions La Brochure, 60 pages, 5 euros. Sur le blog de nos éditions : http://la-brochure.over-blog.com vous trouverez des infos sur les résultats du Tarn et Garonne.

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Commentaires

Lien croisé par Anonyme le Jeudi 18/03/2010 à 15:06

Blog Google 38 : "A noter que celui-ci mettra le premier coup de pelle mécanique immédiatement après l'entrée en fonction de la nouvelle assemblée. (2) Voir le site des Opposants à Center-Park(3) Sur la réapparition du FN, on peut lire " Régionales, le retour du FN" de Jean-Paul Damaggio."


À quoi sert encore le vote ? par gilles le Vendredi 19/03/2010 à 22:21

 À quoi sert encore le vote ? Quand au Parlement européen le Parti Socialiste et la Droite votent les mêmes directives.  Quand le « socialiste » Papandréou renie ses promesses de campagne et sous la pression de l'UE fait une politique d'ultra-droite. Avec la Grèce, et après les résultats des référendum français, néerlandais et irlandais non-respectés, nous continuons à assister à l'assassinat de la démocratie dans le cadre de l’Union Européenne, puisque le gouvernement grec n’est plus responsable devant le peuple mais devant la commission. Et la commission se détermine d'après les desideratas des marchés financiers. Le pays qui a inventé la démocratie la voit aujourd’hui mourir : c’est tout le symbole de l’Eurodictature. Mais il y a d’autres petits cochons à saigner, les PIGS (acronyme officieux des États d’Europe du Sud : le Portugal, l’Italie, la Grèce l’Espagne, - Spain, en anglais) et quelques autres de par le monde. Sans leur endettement le mode profitable sur lequel fonctionnent les banques ne pourrait exister. Les titres émis par l’un représentent les dettes de l’autre. C’est tout simplement une mécanique de balance actifs/passifs. Pour que les titres conservent leur valeur, il faut toutefois que le service de la dette soit assuré.
Sinon les actifs deviennent toxiques.
Et c’est la panique dans « le jeu boursier de la bancocratie moderne » (disait Karl Marx il y a 150 ans ) si l’on se met à douter du bon fonctionnement de ce service, et certains médias en font des crises d’hystérie, comme le magazine munichois Fokus, pour qui la Grèce est en déclin depuis 2000 ans. C’est pourtant le grand mot des agences de notation privées. Elles baissent la notation et désormais les banksters peuvent appliquer au taux d’intérêt de la dette publique un supplément-risque, le « spread ». Ce risque augmente les bénéfices des banques.
À l’opposé, la charge de la dette publique augmente.
L’argent « bon marché » que les caisses publiques et les Banques centrales mettent à la disposition des autres banques, ces dernières l‘utilisent pour acheter les obligations que les États ont dû émettre pour financer le coût démesuré du sauvetage de ces mêmes banques. Maintenant ils ont en poche, au lieu de créances privées sans aucune valeur, des « fonds souverains » solides et peuvent faire de bonnes affaires avec ces nouveaux titres. Ce seront les États, donc en dernière instance les contribuables, qui paieront la lourde addition.
On se croirait dans une tragédie grecque.
Tous sont le jouet du Destin -en l’occurrence les marchés financiers - et doivent suivre des règles qui causeront leur malheur. Épauler la Grèce ? On a pu faire quelque chose d’équivalent lors de l’union monétaire des deux Allemagne en juillet 90 parce que la réunification politique a suivi en octobre de la même année ; on a donc pu procéder à un rééquilibrage financier entre l’Est et l’Ouest.
Dans l’Europe de Maastricht, fondée peu après, chaque pays est en revanche tributaire des autres et cependant abandonné à lui-même en cas de crise.
C’est une "faille" dans l’architecture de la « maison Europe » qui peut provoquer son effondrement.
Et le Traité de Lisbonne, en décembre 2009, n’a pas corrigé, mais ratifié cette "erreur".
La tragédie se met en marche.

 Drapeau UE en flammes



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