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Tirer les leçons d'Hénin-Beaumont

... ou la faillite de la "ligne antifasciste"

Par Denis Collin • Actualités • Mercredi 13/06/2012 • 3 commentaires  • Lu 2818 fois • Version imprimable


Dans un premier tour sans passion et sans surprise majeure, les élections législatives ont déjà fait une victime : le Front de Gauche. On le sait de longtemps, la roche tarpéienne est proche du Capitole ! Après une campagne de premier tour flamboyante et largement relayée par les médias, Mélenchon a dû se contenter d’un résultat modeste au regard de ce que lui promettaient les instituts de sondage. Largement distancé par Marine Le Pen, le candidat du FDG n’a pas fait reculer l’influence du FN dans les classes populaires, ce qui était l’un de ses objectifs proclamés. La carte du vote FN en témoigne : ses meilleurs résultats, Marine Le Pen les obtient dans le quart nord-est de la France et sa carte électorale correspond à peu près aux régions ouvrières sinistrées par la crise. On remarquera aussi que son influence très nettement contenue dans les centres urbains s’est considérablement accrue dans les communes rurales ou des ceintures urbaines éloignées, là où vivent de plus en plus les gros bataillons du salariat, des ouvriers et employés, ainsi que l’ont montré les travaux de Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin.

 

Or, loin d’analyser lucidement les raisons de cette situation, le leader du PG a décidé de continuer en faisant de la lutte anti-Le Pen son combat central. Se parachutant à Hénin-Beaumont, il se préparait à terrasser le dragon fasciste. Las ! Alors que les premiers sondages lui prédisaient la victoire au second tour, Mélenchon est éliminé et doit se désister en faveur d’un candidat socialiste dont il a dit pis que pendre. Il n’en va guère mieux ailleurs, puisque le PCF perd une partie importante de son maigre groupe parlementaire (il n’y aura plus de député PCF en Val-de-Marne) ; quant au PG, seul Marc Dolez, qui avait d’ailleurs fait état de ses doutes sur la stratégie du leader du PG à Hénin-Beaumont, semble en mesure de conserver son siège. C’est maintenant la stratégie du Front de Gauche qui est mortellement atteinte et l’avenir du PG est devenu très incertain.

Il est nécessaire d’analyser jusqu’au bout les raisons de cette déconfiture politique quelques semaines après que les rassemblements de masse aient fait naître l’espoir d’une alternative à gauche. Les raisons sont à chercher dans l’évolution sociale et politique du pays, dans la désintégration de la classe ouvrière sous les coups de la restructuration mondiale du mode de production capitaliste. Elles sont aussi à rechercher dans l’évolution de la gauche dans son ensemble, une évolution très ancienne dans nous avions déjà dégagé les lignes de force dans L’illusion plurielle en 2001[1]. Mais c’est aussi la stratégie même du PG depuis sa fondation et la croyance aveugle dans la puissance d’une rhétorique révolutionnaire surtout apte à éveiller la nostalgie qui doivent être interrogées. Donnons seulement quelques axes suivant lesquels cette interrogation pourrait être conduite.

1)      L’ « antilepénisme » ou « l’antifascisme » peut-il tenir lieu de stratégie politique ? La LCR avait cru pouvoir le faire avec « Ras l’Front »…

2)      La dénonciation des turpitudes (hélas, bien réelles !) du PS peut-elle suffire à détourner le peuple de ce qu’il perçoit comme un vote « modéré », comme le seul réaliste dans les conditions présentes ?

3)      Est-il possible de reconstruire un mouvement émancipateur stable et durable sans une rupture radicale avec les diverses formes du gauchisme et du stalinisme ? Peut-on prétendre construire un « mouvement citoyen » en prenant pour modèle ce militaire autoproclamé « socialiste » qu’est Chavez ? Peut-on laisser passer des discours pour le moins ambigus à l’égard de Cuba ou des « camarades chinois » ?

4)      Est-il bien utile de reprendre les chevaux de bataille « sociétaux » du PS (mariage homosexuel, euthanasie, etc.) qui n’ont aucune espèce d’importance politique et heurtent souvent de front une partie des classes populaires ?

5)      Peut-on véritablement rénover la démocratie et susciter la participation des citoyens en maintenant des structures de parti pyramidales, entièrement vouées à la gloire du chef, transformé en vedette des meetings de masse ?

6)      Peut-on enfin se contenter d’annoncer la catastrophe pour demain et proclamer que « l’histoire nous donnera raison » ? N’est-il pas temps d’en finir avec ce messianisme auquel plus personne ne croit ?

 
 


[1] Denis Collin et Jacques Cotta, L’illusion plurielle, JC Lattès, 2001


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Commentaires

Lien croisé par Anonyme le Vendredi 15/06/2012 à 12:43

Front de Gauche: La défaite a dépassé toutes les espérances - Le blog de descart : " Collin, Philosophe, et ancien mentor "idéologique" de JLM au temps de la Nouvelle Ecole Socialiste (1988-1991) et qui avait était l'une des sources d'inspiration pour le premier bouquin de JLM "A la conquête du chaos" vient de publier un constat et une analyse qui par beaucoup d'aspect se rapproche un peu de la vôtre. Peut-être l'avez-vous déjà lue ? http://la-sociale.viabloga.com/news/tirer-les-lecons-d-henin-beaumont Commentaire n°8 posté par Sonia Bastille hier à 22h22 Comme lors de la présidentielle, JLM s'est égaré"


par Pereira Nunes le Mardi 19/06/2012 à 11:34

Avec quelle energie beaucoup d'entre nous ne souhaiterions pas contrer les propos malencontreux, désobligeants voire mal-intentionnés qui, sous le couvert d'analyse des évènements ne manquent pas de tomber sur un homme et un mouvement que tant d'espoirs a pu susciter.
Ici e là on entend parler d'échec et de catastrophe pour le FG dans le dénouement de ce cette longue période électorale dont on est pas mécontent d'en sortir. Oui, ça peut ressembler à une catastrophe pour toutes celles et ceux qui, conscients de la nécessité dun tel espace politique, y on déposé leurs espoirs comme des petits épargnants déposant leurs quelques économies dans une affaire d'allure sérieuse et qui aujourd'hui ont l'impression d'avoir tout perdu. Mis à part qui vote à droite ou qui ne voit dans le FG qu'un ramassis de gauchistes qui n'ont eu que se qu'ils méritaient, le sentiment d'un grand gachis, d'être passé à coté de quelque chose qui, sans tomber dans les torts d'un héritage trotsko-marxisante un peu sénile ni dans un néo-blairisme qui ne dit pas son nom, doit néanmoins dominer les consciences. Voilà pourquoi cette approche toute en interrogations bien affutées que Denis nous propose, cette tentative dépassionnée de comprendre ce psycodrame me paraît séduisante. Une plateforme intéressante pour envisager la question d'un positionnement politique manqué, si non dans les idées surtout dans les faits.
Le temps est venu d'une analyse profonde des circontances et les conséquences. Qu'un tel échec puisse restructurer le chemin devant. Après avoir réussi tant bien que mal à rassembler autant de forces dispersées, il seriat pire que tout un retour à la fragmentation politique d'avant.


Lien croisé par Anonyme le Vendredi 12/04/2013 à 20:00

La "gauche" n'est-elle plus qu'une chemise sale? - Réveil Communiste : "L’équipée catastrophique de Mélenchon à Hénin-Beaumont sur le thème « la vraie gauche contre les"



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