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Un tournant dans l'histoire de l'Europe

ou comment Merkel et Sarkozy ont aboli la démocratie

Par Denis Collin • Actualités • Lundi 12/12/2011 • 2 commentaires  • Lu 2003 fois • Version imprimable


La séquence politique qui démarre avec la crise grecque et vient de trouver un dénouement provisoire avec l’accord à 23 pour un nouveau traité européen est instructive et mérite bien autre chose que les sempiternelles sornettes sur le triple AAA et la « crise de la dette » dont les commentateurs officiels et les économistes appointés nous rebattent les oreilles sur toutes les ondes.

Laissons pour l’instant l’analyse de la crise comme crise « économique » : la prétendue crise de la dette n’est que la manifestation la plus criante de la crise profonde du mode de production capitaliste, une crise structurelle la plus grave depuis 1929 et qui ne sera résolue que par des restructurations bouleversant les modes d’accumulation du capital et les rapports de forces entre les grands groupes et les grandes nations capitalistes.

Dans l’immédiat, nous devons constater deux faits majeurs :

  1. Officiellement, les dirigeants des grandes puissances européennes ont enterré ce qui pouvait rester de démocratie. L’oligarchie a maintenant tous les pouvoirs. Merkel et Sarkozy, porte-parole et bras armés du capital financier ont organisé le renversement du gouvernement grec légalement élu ; ils en ont fait de même en Italie et le gouvernement « socialiste » (sic) de Zapatero en Espagne s’est lui-même fait hara-kiri. Le projet de traité européen proposé par le couple infernal entérine cet état de fait : il ne sert plus à rien de voter, les élections ne peuvent plus rien changer, la politique que s’engagent à suivre les gouvernements est gravée dans le marbre de la « règle d’or » assortie de « sanctions automatiques ». C’est un véritable coup d’État rampant qui se produit, coup d’État dont les factieux et les subversifs sont précisément les gouvernements qui ont été élus avec la mission – entre autres choses – de protéger les institutions démocratiques. Si en France, en Allemagne et ailleurs il existait encore un parti d’opposition simplement démocrate, il aurait appelé à des manifestations de rue pour défendre cette article de la « déclaration des droits de l’homme et du citoyen » de 1789 qui stipule que « le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation » (article III).

  2. Le projet d’Union européenne est atteint mortellement. La Grande-Bretagne est de fait hors UE avec le nouveau traité. La plupart des nations européennes, loin d’être les partenaires égaux en droit d’une construction commune sont mises sous tutelle franco-allemande – ou plus exactement allemande, le gouvernement français étant réduit au rôle de chien de garde. Le prétendu effacement des nations au profit d’un espace public supra-national s’est révélé ce qu’il a toujours été : un attrape-nigaud pour faire passer l’amère pilule de la destruction systématique des acquis sociaux arrachés après 1945, Où est passé le soi-disant « Parlement européen » depuis six mois ? Il est aux abonnés absents. Personne n’a pris soin de le consulter et ces prétendus députés européens ont accepté sans rechigner leur propre impuissance. Les paillassons, on s’essuie les pieds dessus. Le « président de l’Europe », le fantoche Van Rompuy, n’existe pas. Même la terrible « commission » de Bruxelles est réduite à un rôle parfaitement subalterne. Barroso est aussi inexistant que Van Rompuy. La remontée du nationalisme et l’arrogance allemande doivent aussi être notées : la manière abjecte dont la grande presse allemande s’en est prise au PIGS (Portugal, Italie, Grèce, eSpagne) est révélatrice d’un état d’esprit inquiétant. Par contre si un élu français ose s’inquiéter de cette évolution, tout le petit monde des politiciens et médiocrates français lui tombe dessus en le traitant de germanophobe. Mais maître Merkel, avec son valet Sarkozy, a fait tout ce qui lui était possible pour ressusciter ici la vieille image des « boches » avec casque à pointe. Comme j’ai eu maintes fois l’occasion de le noter, cette extravagante construction européenne ne pouvait que nous conduire là où elle nous conduit, la remontée des pires nationalismes, sur le terrain de l’écrasement des souverainetés nationales. La Yougoslavie n’était qu’une UE en modèle réduit. Personne ne peut dire que la politique stupide et criminelle poursuivie aujourd’hui ne nous conduira pas demain à une Yougoslavie en grand. Si on veut un autre précédent historique, on pourrait évoquer le congrès de Vienne, congrès des monarchies réactionnaires de 1814-1815, qui visait à rétablir le « concert des nations » afin d’endiguer les conséquences de la révolution française. Le printemps des peuples de 1848 signa l’échec de cette tentative qui néanmoins marqua durablement l’histoire européenne et peut être considérée comme l’une des causes de l’explosion de l’Europe en 1914...

Pendant ce temps-là, la campagne électorale continue. Avec des airs de farce grotesque. La palme revient aux socialistes qui déploient des efforts acharnés pour perdre en mai prochain. Après l’extravagante séquence des négociations avec les Verts (circonscriptions contre MOX), les sénateurs socialistes ont décidé de servir à la droite la diversion qui lui manquait en relançant le débat piégé sur le droit de vote des étrangers – personne ne rappelant, du reste, que les étrangers ressortissants de l’UE ont déjà le droit de vote aux élections locales. Pendant ce temps-là, on découvre (ou on fait mine de découvrir) l’étendue de la corruption dans certaines fédérations du PS (Bouches-du-Rhône, Hérault, Pas-de-Calais) qui, pourtant, sont montrées du doigt de longue de date, mais que tous les dirigeants ont ménagées parce que les barons locaux savent monnayer leur soutien. On peut d’ailleurs se demander dans quelle mesure les présidents de région et présidents de conseils généraux socialistes (et avec eux leurs vassaux et clients) ne préféreraient pas la défaite de Hollande à une victoire qui les rendrait coresponsables de la politique gouvernementale.
Hollande a certes condamné le nouveau projet de traité européen. Mais cette condamnation purement verbale en période de campagne électorale ne suffit pas. Il faut être prêt à assumer la bataille politique qui inclut la révision générale de tout ce qui dans les traités précédents (Maastricht, Amsterdam, Lisbonne) a conduit à désarmer les États face aux puissances financières et à livrer les peuples en pâture aux appetits insatiables de la ploutocratie. Sans quoi venir voir les ouvrier pour parler du "redressement de la France", comme le fait actuellement François Hollande, ce ne serait que faire des effets de manche, du Sarkozy bis et alors la déception serait terrible.


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Commentaires

Un tournant dans l'histoire de l'Europe par BJ le Lundi 12/12/2011 à 10:37

Sans quoi venir voir les ouvrier pour parler du "redressement de la France", comme le fait actuellement François Hollande, ce ne serait que faire des effets de manche, du Sarkozy bis et alors la déception serait terrible.

Pourquoi ce conditionnel ? C'est ce qui arrivera si Hollande est élu (ce qui est loin d'etre fait). Il suffit pour cela de regarder ce que les clone de Hollande on fait en Grèce, au Portugal, en Espagne... Ils ont tous mené des politiques de récession dignes des "meilleurs" ultralibéraux. En Grèce, on en est même arrivé à distribuer des sacs de riz à la population !

Il faut être prêt à assumer la bataille politique qui inclut la révision générale de tout ce qui dans les traités précédents (Maastricht, Amsterdam, Lisbonne)

On ne peut pas compter sur les Socialistes, ils les ont tous votés, ces traités ! Si on pouvait leur trouver des circonstances atténuantes pour Maastricht, ils ont révélé leur vraie nature lors du vote au Congrès pour la ratification de traité de Versailles. La forfaiture du traité de Versailles n'aurait pas eu lieu si les Socialistes ne s'étaient pas courageusement abstenus en laissant de ce fait la majorité à la droite !

On note sur votre site un progrès depuis le début de l'année, époque où vous écriviez "un programme minimal, même très modéré fera très bien l’affaire" pour battre Sarkozy, la seule chose qui compte. Maintenant, vous reconnaissez que l'élection de Hollande aurait les memes conséquences que celle de Sarkozy. On est bien d'accord ! Mais quelle conclusion en tirez-vous ? La plate-forme qui réponde aux intérêts du peuple que vous souhaitiez en février n'existe-t-elle pas ? Ne s'appellerait-elle pas "Le programme partagé du Front de Gauche" ? Ne serait-il pas temps d'y apporter votre soutien ?

PS : J'ai vraiment apprécié votre dernier bouquin "Comprendre Marx et Le Capital". Je le conseille à tous ceux qui, comme moi, ont de graves lacunes sur le sujet !


On tue la démocratie par nouvellon jean claude le Samedi 24/12/2011 à 13:10

Au nom d'une économie libérale et capitaliste on tue la démocratie, les protections sociales et les valeurs humaines.



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