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Valls, cette éminente médiocrité.

Par Vincent Présumey • Actualités • Samedi 05/10/2013 • 0 commentaires  • Lu 1495 fois • Version imprimable


Qu’est-ce que Valls ? Au départ, une médiocrité locale comme il y en a tant. Manoeuvrant entre courants, il se fait fan de Ségo après avoir pris position (de concert avec A. Montebourg) pour le Non au TCE en 2005 mais évité de faire campagne une fois que le PS s‘était prononcé pour le Oui, et finalement il arrive à ceci, qu'en 2007 Sarkozy le contacte pour l'Intérieur ; il refuse (accepter eût été à cette étape se griller grave) mais laisse savoir cet épisode (avec l'accord du président de l'époque), ce qui le "profile" durablement. Déjà, Valls était le "type de gauche qui n'aime pas les immigrés", il serait bon de le rappeler - en le nommant Hollande savait ce qu'il faisait, qui il nommait, tout comme Cahuzac. Entretemps il se présente aux primaires organisées par le PS et le PRG pour la présidentielle de 2013 et y fait 5%.

 

Son haut niveau actuel dans les sondages engrange la quasi totalité de la droite et de l'extrême-droite et les gens qui n'ont pas trop réfléchi, pensent qu'en effet il y un "problème rom" (et c'est le cas : une nationalité opprimée à l'échelle européenne ne peut que poser problème ! ), il n'est pas surprenant à cette étape. La vraie question est celle du but de ces sondages, dont le rôle, comme toujours, n'est évidemment pas de mettre à jour les pensées des gens, mais de conditionner « l’opinion » en lui disant « voila ce que tu es ». De manière délibérée, et avec, selon le Canard Enchaîné non démenti, l’accord de F. Hollande, Valls a flirté avec l’essentialisme ethnique, sachant très bien ce qu’il faisait. Il entrait ainsi dans la sphère, sinon de la « droite décomplexée », du moins des gens pas complexés avec les concepts de la droite décomplexée.

 

Jusque là la seule alternative politique que veut avoir Hollande était celle du tiercé Mme. Le Pen, Copé, Fillon, dans un ordre restant à définir et réserve faite de l’hypothèse Sarkozy. D’alternative à gauche il ne veut surtout pas, il préfère l’alternative à droite matinée extrême. L’alternative de gauche existe pourtant, son socle est constituée par les 11% de J.L.Mélenchon aux présidentielles qui ont joué un rôle clef dans la défaite de Sarkozy. Mais plusieurs positionnements politiques clefs de la direction du PCF ou du groupe parlementaire FdG : soutien à la loi Peillon, approche des municipales comme autant de scrutins « locaux » où la question de la politique antisociale de ce gouvernement ne serait pas la question principale alors que ce seront des élections nationales … ont créé les conditions, depuis mai dernier, d’un effacement (momentané ?) de ce qui est pourtant vital pour que la seule alternative ne soit pas celle de la droite matinée extrême : une alternative gouvernementale de gauche.

 

Bien. Dans ces conditions, la crise au sommet de l’Etat et la fragilité de la présidence et du gouvernement sont néanmoins aigües, elles sont même, pour ainsi dire, émancipées (temporairement ?) d’une menace sur la gauche ou d’une menace sociale, et par là mises comme en roue libre, et elles s’accélèrent, les gesticulations de politique extérieure y contribuant puissamment avec les récents exploits sur la Syrie et le conseil de sécurité de l’ONU. Il apparaît donc que, faisant pleinement le sale boulot antisocial, ce gouvernement, mais aussi ce président, pourraient se griller plus vite qu’ils ne le souhaitent, beaucoup plus vite. Voila qui peut expliquer l’accord manifesté, discrètement mais résolument, par Hollande envers Valls y compris sur ce qui relève de l’essentialisme ethnique, feignant de ne pas l’avoir perçu tout en pourfendant seulement qui mal en dirait. Car avec Valls, c’est non seulement une alternative à droite qui se dessine, le petit marquis de l’Intérieur venant compléter la triade Le Pen-Copé-Fillon, mais c’est une passerelle. D’où l’intervention des sondages, afin de préparer le terrain. Une aile gouvernementale ouverte sur sa droite, sans rivage de ce côté-là, serait utile s’il faut un jour passer à une « union nationale » pour faire face à la crise (que le gouvernement annonce comme finie, ce qu’il avait déjà fait l’automne dernier) ou aux crises européennes et internationales vraisemblables. Une manière pour Hollande de passer directement de la case « gouvernement du PASOK » à la case « gouvernement d’union nationale avec la Nouvelle démocratie » sans passer par l’étape de la perte du pouvoir. Valls est ainsi « positionné », comme on dit dans le milieu : il est désormais l’homme clef des éventuelles transitions de l’ouverture à droite sans rivages. Que, dans ces scénarii, il se débarrasse de ceux qui l’ont fait ministre, puisqu’évidemment, comme tout petit marquis du régime de la Cinquième, il ambitionne la magistrature suprême, est en l’occurrence un aspect tout à fait secondaire de la question.

 

Assez secondaire aussi le fait qu’un des aspects de la crise rampante dans le gouvernement ait été la sorte d’implosion que connaît EELV, ce qui a fait que la ministre qui a dit un peu de vérité sur Valls fut Cécile Duflot, afin de redorer son propre blason vu qu’elle est l’agent n° 1 de cette implosion là ; du coup, l’attaque n’avait pas d’efficacité politique dans la critique de Valls par la gauche, mais seulement dans le « positionnement », là encore, de la ministre.

 

On s’interrogera par contre sur l’état du Parti socialiste qui se laisse entrevoir derrière ces développements. Utilisé pour virer Sarkozy, ce parti a été de plus en plus liquéfié comme jamais depuis sa victoire électorale de 2012. Une aile « néo », prête aux alliances à droite sans rivages, se dessine autour de Valls et des barons locaux venus à sa rescousse. Elle est puissante. A l’autre pôle, selon Gérard Filoche, 5335 socialistes, dont 2928 adhérents du PS et 2402 sympathisants, ont signé l’appel des socialistes pour les retraites, « pas un trimestre de plus, pas un euro de moins », qui s’oppose à la contre-réforme d’une effroyable violence sociale de ce gouvernement. Assurément, ces signataires sont du mouvement ouvrier et de son héritage, ce qui fut « la gauche » historique à un moment donné dans ce pays. Mais les autres ? La grosse aile droite en gestation, qui ne se définira jamais comme un courant, car elle n’en est en effet pas un, autour de Valls et des barons locaux, cette camarilla ultra-réactionnaire, et cette armada d’employés d’élus et de permanents d’associations subventionnés par les baronnies qui ne bronchent sur rien, ils en font partie, du mouvement ouvrier, de ce qui fut « la gauche » ? La question est pour le moins posée.

 
[Vincent Présumey est membre du comité de rédaction de Militant]


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