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Que disent les élections législatives partielles...

... Effondrement confirmé du PS, baisse de LREM, mais aussi absence de "dégagisme"

par Jacques COTTA, le 31 janvier 2018

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Six mois après l’élection pré­si­den­tielle et les élections légis­la­ti­ves qui dans la foulée don­naient un raz de marée LREM, deux élections par­tiel­les avaient valeur de test. Après les ordon­nan­ces et la loi tra­vail, après les mesu­res fis­ca­les du gou­ver­ne­ment Macron Philippe, après la hausse de la CSG et avant les mesu­res visant l’assu­rance mala­die et la sécu­rité sociale entre autres, en pleine « réforme » des lycées qui atta­que le bac­ca­lau­réat et plus géné­ra­le­ment l’ensei­gne­ment des huma­ni­tés dans le secondaire, l’occa­sion était donnée de sanc­tion­ner, comme cela est d’usage dans la cin­quième répu­bli­que, le pou­voir en place en infli­geant une défaite à ses can­di­dats.

Traditionnellement dans ce genre de situa­tion, la « gauche » mino­ri­taire a tou­jours rem­porté la faible mise, per­met­tant de reven­di­quer l’arrêt de la poli­ti­que à l’oeuvre en s’appuyant sur le méconten­te­ment sorti des urnes.

Le pre­mier tour de ces deux par­tiel­les a pro­vo­qué le dépla­ce­ment des chefs de la majo­rité, Edouard Philippe dans le val d’Oise venu sou­te­nir la can­di­date LREM élue en juin avec une avance confor­ta­ble (54,22% des voix), et François Bayrou accom­pa­gné de Christophe Castaner à Belfort venus atta­quer « la tri­che­rie » du can­di­dat LR élu avec 249 voix d’avance. Si ces élections par­tiel­les ne peu­vent avoir d’influence sur la poli­ti­que suivie, la majo­rité LREM étant assu­rée de ne pou­voir être remise en cause à cette occa­sion, leur impor­tance est avant tout sym­bo­li­que et poli­ti­que. Selon le résul­tat, c’est la volonté d’un coup d’arrêt à la « macro­nie » qui risque de s’expri­mer, risque guetté avec anxiété par l’Elysée, Matignon et les milieux d’affai­res qui ont porté Emmanuel Macron au pou­voir.

De même pour l’oppo­si­tion, et la pre­mière d’entre elle, la France Insoumise, ces résul­tats méri­tent toute l’atten­tion néces­saire. Confirment-ils l’appré­cia­tion en cours, la volonté expri­mée hier de « déga­gisme », don­nent-ils une cohé­rence à la « connec­ti­vité des luttes » qui jus­ti­fie l’exis­tence du mou­ve­ment contre la cons­ti­tu­tion d’un parti sur la base d’un pro­gramme dis­cuté et adopté, ou au contraire infir­ment-ils l’appré­cia­tion sur laquelle est orien­tée la FI ?
Que disent donc les résul­tats de ce pre­mier tour ?

1- L’abs­ten­tion est mas­sive, plus encore que pour les scru­tins pré­cé­dents. Dans le val d’Oise seul un électeur sur cinq s’est déplacé alors que dans le ter­ri­toire de Belfort la par­ti­ci­pa­tion ne concerne qu’un peu plus d’un électeur sur 4. Evidemment l’absence d’enjeu direct et immé­diat pèse. Mais ce cons­tat ne peut rem­plir une fonc­tion « auto­jus­ti­fi­ca­tive » ras­su­rante d’une poli­ti­que qui ne se véri­fie pas. Le « déga­gisme » n’est pas au rendez-vous. La pos­si­bi­lité de dire « dehors ! » aux dif­fé­rents Macrons locaux n’a pour le moment pas été saisie.

2- Vu le nombre de votants, les qua­li­fiés au deuxième tour le sont d’une façon très mino­ri­taire. Ce sont les sor­tants inva­li­dés qui se trou­vent en bonne posi­tion. La LREM Isabelle Muller-Quoy dans le val d’Oise avec 29,28% des suf­fra­ges expri­més (soit envi­ron 6% du corps électoral !) est en tête face à son rival LR Antoine Savignat, allié à l’UDI, qui a recueilli 23,67% des voix (envi­ron 5% du corps électoral). Et dans le ter­ri­toire de Belfort, c’est l’inverse. Le LR inva­lidé Ian Boucard arrive devant le conseiller dépar­te­men­tal Christophe Grudler.

3-La gauche sort exsan­gue, dans la conti­nuité des élections pré­si­den­tiel­les et des légis­la­ti­ves de 2017. Le parti socia­liste est pra­ti­que­ment rayé de la carte dans le ter­ri­toire de Belfort avec 2,6% des suf­fra­ges contre 9% il y a six mois. Dans le val d’Oise les 6% réa­li­sés par le PS res­sem­blent fort aux der­niè­res convul­sions du mala­des qui s’accro­che à un der­nier souf­fle.

4-Le FN et ses dif­fé­rents appen­di­ces anciens, actuels ou futurs sont extrê­me­ment affai­blis. Ce qui indi­que que les thèmes tra­di­tion­nels du FN -pré­fé­rence natio­nale, immi­gra­tion mas­sive, etc…- ne por­tent plus ses can­di­dats, d’autant qu’Emmanuel Macron use d’un dis­cours qui reprend en partie avec Gérard Collomb le minis­tre de l’inté­rieur les accents fron­tis­tes, lors­que du côté de la FI la confu­sion règne par­fois, selon qu’on entend JLM qui défend de façon impa­ra­ble la nation, les fron­tiè­res et l’état ou cer­tai­nes voix de la FI qui à l’inverse, dans les grou­pes d’action, se disent par­ti­sans d’une immi­gra­tion libre et sans contrôle …
Quant à la confron­ta­tion entre le FN et ses nou­veaux concur­rents « patrio­tes de Philippot » ou can­di­dats de « Lang-Le Pen », c’est à l’avan­tage du pre­mier que la partie s’est jouée, indi­quant que l’espace pour tous les dis­si­dents du FN (dont la prin­ci­pale fonc­tion est de per­met­tre aujourd’hui au régime de tenir, comme hier à Macron d’être élu) est des plus limi­tés.

5-Demeure la FI dont il est pré­fé­ra­ble -quitte à sem­bler désa­gréa­ble- de voir le verre à moitié vide qu’à moitié plein. Les résul­tats obte­nus sont en effet pour le moins miti­gés.

  Dans le val d’oise, la can­di­date FI Leila Saïb recueille 11, 47% des voix. Au titre des satis­fac­tions en trompe l’oeil, elle passe devant le FN Stéphane Capdet (10,11%) qui était confronté dans son camp à un can­di­dat du parti de Florian Philippot et un autre de Carl Lang et Jean Marie le Pen.

Là encore, ce sont les voix qui ont du sens. Alors qu’en juin la can­di­date recueillait 3895 voix, elle en tota­lise là 1867, soit une perte de 2028 voix.

 A Belfort, Anaïs Beltran, can­di­date FI, se place en troi­sième posi­tion der­rière les can­di­dats LR et LREM. Elle tota­lise 1568 voix alors qu’en juin elle ras­sem­blait 2821 électeurs sur son nom. De plus pour cette pri­maire, le can­di­dat MRC avait fait connai­tre son inten­tion de ne pas se pré­sen­ter et d’appe­ler à voter FI. Il tota­li­sait en juin 2110 voix. Ainsi, la com­pa­rai­son donne une perte de 1253 voix si on ne compte que les suf­fra­ges portés sur la FI, de 3363 voix si on addi­tionne les voix du MRC il y a six mois.

Cela permet de ques­tion­ner sur la marche suivie et la marche à suivre.
La déper­di­tion d’une partie de l’électorat est sans doute iné­vi­ta­ble dans la situa­tion pré­sente. Mais dans de tels rap­ports, cela pose ques­tion. Si l’électorat s’écarte, c’est sans doute sur une ques­tion de com­pré­hen­sion, de sens, d’appré­cia­tion des évènements. La ques­tion qui semble posée est la sui­vante : dans la période pré­sente, quel est le ciment qui peut per­met­tre à ces cou­ches qui aux pré­si­den­tiel­les ont créé l’évènement en votant Mélenchon de demeu­rer fidè­les à cet enga­ge­ment et de ne pas se dis­per­ser ?

La concep­tion selon laquelle la « connexion des luttes » permet de faire vivre un mou­ve­ment et de retrou­ver sur le ter­rain électoral les résul­tats du combat engagé dans les entre­pri­ses et les quar­tiers se montre inva­lidé. D’abord parce que la « connexion des luttes » demande que les luttes soient impor­tan­tes, mas­si­ves, offen­si­ves. Depuis la loi tra­vail le gou­ver­ne­ment a permis au Medef, confor­mé­ment à la volonté de l’union euro­péenne, de passer à la vitesse supé­rieure. Peugeot, Carrefour, mais aussi toute une série de PME sont enga­gées dans des licen­cie­ments mas­sifs. Les réac­tions exis­tent, mais le rou­leau com­pres­seur passe.

Comme les bulles d’une bois­son fré­tillante, la FI risque au vu des résul­tats de voir s’évaporer un électorat qui a fait la sur­prise aux pré­si­den­tiel­les en por­tant JLM au seuil du deuxième tour. C’est un dis­cours clair qui a convaincu. Le dis­cours du can­di­dat sur la Nation, sur la sou­ve­rai­neté, sur la sociale, sur l’emploi, les ser­vi­ces publics, l’indé­pen­dance natio­nale… Comment aujourd’hui résis­ter à une situa­tion mar­quée par l’offen­sive de l’adver­saire, autre­ment qu’en impul­sant le débat démo­cra­ti­que sur ces ques­tions ? Qu’en orga­ni­sant sur le pro­gramme, sur la dis­cus­sion, sur l’orien­ta­tion, qu’en débat­tant démo­cra­ti­que­ment du fond pour déci­der de la ligne qui déter­mine l’action ?

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