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La lutte contre les discriminations : une idéologie bourgeoise à destination des nigauds de la « gauche »

par Denis COLLIN, le 15 octobre 2020

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Voilà des années que le mar­queur « de gauche » se nomme « lutte contre les dis­cri­mi­na­tions ». Il s’agit d’un mot d’ordre creux qui sert à passer en contre­bande de la came­lote fre­la­tée pour le plus grand béné­fice des clas­ses domi­nan­tes. Jadis les socia­lis­tes et les com­mu­nis­tes (c’est-à-dire le « noyau dur » de la gauche) étaient « égalitaristes », « par­ta­geux » et col­lec­ti­vis­tes. Plus ou moins confu­sé­ment, ils étaient por­teurs d’un idéal social radi­ca­le­ment anta­go­ni­que avec la domi­na­tion du capi­tal. Tout cela a été bradé, offi­ciel­le­ment à partir du fameux « tour­nant de la rigueur » de 1982-83, mais c’était dans les tuyaux depuis un moment. La doc­trine de rem­pla­ce­ment qui avait déjà été cui­si­née dans les « comi­tés Théodule » de mai 68 et pen­dant les années sui­van­tes mit au pre­mier plan les dis­cri­mi­na­tion et les vic­ti­mes de toutes les dis­cri­mi­na­tions. Le fémi­nisme qui ne veut plus lutter pour l’égalité des hommes et des femmes mais pour des reven­di­ca­tions spé­ci­fi­que­ment fémi­ni­nes étrangères aux hommes, naît dans ces années-là. De même, le FHAR (Front homo­sexuel d’action révo­lu­tion­naire) est ima­giné en 1971 par quel­ques ex-trots­kis­tes comme Guy Hocquenghem et d’autres intel­lec­tuels d’extrême gauche, liber­tai­res ou ex-maoïs­tes. On était déjà inter­sec­tion­nels à cette époque : les mou­ve­ments de sou­tien aux pri­son­niers (où Michel Foucault prit une grande part), les mou­ve­ments contre l’enfer­me­ment des fous trans­for­més en arché­type du révo­lu­tion­naire (voir Deleuze et Guattari, Capitalisme et schi­zo­phré­nie) com­men­çaient à déployer leurs cou­leurs cha­toyan­tes. « La petite-bour­geoi­sie radi­ca­li­sée » ou encore « les nou­vel­les avant-gardes larges », comme on les nom­mait dans les congrès de la Ligue Communiste, notam­ment sous la plume de Daniel Bensaïd, étaient appe­lées à pren­dre le relai d’un pro­lé­ta­riat dominé par les « réfor­mis­tes » et qui ne pour­rait plus être en mis en mou­ve­ment que du dehors… Cette idéo­lo­gie « révo­lu­tion­naire » était la forme de décom­po­si­tion du « mou­ve­ment de mai ». Elle gar­dait encore des traces de la visée révo­lu­tion­naire, mais l’essen­tiel s’amor­çait : rem­pla­cer le vieux socia­lisme par un capi­ta­lisme liber­taire hédo­niste, entiè­re­ment soumis à la loi des « machi­nes dési­ran­tes » et plei­ne­ment inté­gré à cette « culture du nar­cis­sisme » si bien ana­ly­sée par Christopher Lasch dans son livre de 1979.

Les mou­ve­ments des diver­ses iden­ti­tés com­mu­nau­tai­res et les théo­ries de l’inter­sec­tion­na­lité qui sem­blent avoir envahi le monde média­ti­que et le monde uni­ver­si­taire sont en fait des rési­dus de 1968 recy­clés pour les besoins de la cause. La dif­fé­rence est que l’objec­tif de la trans­for­ma­tion sociale radi­cale a dis­paru, bel et bien, et que les aspi­ra­tions ne sont plus du tout liber­tai­res mais fon­da­men­ta­le­ment répres­si­ves, chacun exi­geant la répres­sion de tous ceux qui ne pen­sent pas comme lui. Le point commun de tous ces mou­ve­ments réside dans la vic­ti­mi­sa­tion : tous sont des vic­ti­mes (et non plus des sujets), des vic­ti­mes qui deman­dent répa­ra­tion et exi­gent l’abo­li­tion toutes les pré­ten­dues dis­cri­mi­na­tions dont ils sont vic­ti­mes.
Que la lutte contre les dis­cri­mi­na­tions en géné­ral soit idéo­lo­gi­que, on le verra aisé­ment. D’abord, on ne peut pas sup­pri­mer toutes les dis­cri­mi­na­tions. Même la société la plus juste doit savoir dis­cri­mi­ner. Il me plait de savoir que les méde­cins ont été quel­que peu dis­cri­mi­nés pen­dant leur études de méde­cine et que seuls ceux qui connais­sant quel­que chose en méde­cine devien­nent méde­cins ! L’école apprend la dis­cri­mi­na­tion dès le plus jeune âge. Qu’on ait rem­placé les notes par des pas­tilles vertes, orange ou rouges, c’est sim­ple­ment une mani­fes­ta­tion de la tar­tuf­fe­rie « bien­veillante » moderne et nul­le­ment la fin des dis­cri­mi­na­tions. Toutes les gran­des écoles – notam­ment celles qui pro­dui­sent en abon­dance des théo­ri­ciens de la non-dis­cri­mi­na­tion – pra­ti­quent la dis­cri­mi­na­tion à l’entrée : seuls sont admis ceux qui ont réussi les épreuves des concours et les autres, qui sont pour­tant d’égale valeur sur le plan moral, sont impi­toya­ble­ment reca­lés. Aujourd’hui on dis­cri­mine les jeunes à l’embau­che puisqu’ils ne peu­vent pas obte­nir un emploi sala­rié en-deçà d’un cer­tain âge (16 ans mais plus sou­vent 18 ans). Les hommes sont dis­cri­mi­nés puis­que ne peu­vent pré­ten­dre aux congés de mater­nité pen­dant les der­niè­res semai­nes de la gros­sesse et il existe une dis­cri­mi­na­tion posi­tive en faveur des han­di­ca­pés. Une société juste n’est pas une société sans dis­cri­mi­na­tion mais une société où l’on s’arrange pour exiger de chacun selon ses capa­ci­tés et de donner à chacun selon ses besoins – c’était la for­mu­la­tion que Marx don­nait pour défi­nir la société com­mu­niste.

En second lieu, toutes les injus­ti­ces ne sont pas des dis­cri­mi­na­tions. Dans le contrat de tra­vail, per­sonne n’est dis­cri­miné. Le capi­ta­liste et le tra­vailleur, l’ache­teur et le ven­deur de force de tra­vail se retrou­vent face à face, en tant que per­son­nes égales, indif­fé­ren­tes à leurs diver­ses pro­prié­tés (cou­leur de la peau, reli­gion, etc.) puisqu’entre eux la seule chose est leur uti­lité propre. C’est le para­dis du marché capi­ta­liste du tra­vail. Seul un capi­ta­liste stu­pide refu­se­rait d’embau­cher un ouvrier au motif de sa reli­gion ou de ses pré­fé­ren­ces sexuel­les dès qu’il est assuré d’en extraire une bonne plus-value. Mais dans cet Eden des droits de l’homme qu’est le libre marché, l’un se pré­sente avec sa bourse pleine et l’arro­gance de celui qui sait qu’il va être obéi et l’autre n’apporte au marché de sa peau et il sait qu’il ne pourra que se faire tanner. Entre celui qui pos­sède les moyens de pro­duc­tion et celui qui n’a que sa force de tra­vail à vendre, il y a une iné­ga­lité fon­da­men­tale, iné­ga­lité qui est la base d’un rap­port de domi­na­tion – le sala­rié est au main de son patron qui peut exiger de lui ce qu’il veut, comme il peut bien faire ce qu’il veut de toutes les mar­chan­di­ses qu’il a ache­tées. Et pour­tant, là-dedans, aucune trace de dis­cri­mi­na­tion !

Enfin, il fau­drait s’enten­dre sur ce qu’on appelle « dis­cri­mi­na­tion » méri­tant d’être condam­née. La réa­lité se pré­sente de manière bien plus com­plexe qu’on ne l’ima­gine sou­vent. Prenons quel­ques cas. Toutes les sta­tis­ti­ques mon­trent que le prin­ci­pal fac­teur expli­ca­tif des iné­ga­li­tés de réus­site sco­laire est celui de l’ori­gine sociale des parents et non l’ori­gine « eth­ni­que ». Globalement, il est impos­si­ble de sou­te­nir que les enfants d’immi­grés sont dis­cri­mi­nés en tant qu’immi­grés à l’école. Peut-être en tant qu’enfants de pau­vres mais pas en tant qu’enfants d’immi­grés. Certaines études mon­trent même qu’à ori­gi­nes socia­les égales, les enfants d’immi­grés réus­sis­sent plutôt mieux que les enfants de parents fran­çais depuis plu­sieurs géné­ra­tions. Il y a de nom­breu­ses expli­ca­tions à cette situa­tion et notam­ment celle-ci : les enfants des « quar­tiers dif­fi­ci­les » peu­vent trou­ver l’aide d’asso­cia­tions diver­ses ; les pou­voirs publics, à com­men­cer par les muni­ci­pa­li­tés, consa­crent à l’inté­gra­tion sco­laire des sommes non négli­gea­bles et les pro­fes­seurs des ZEP sont sou­vent des pro­fes­seurs très moti­vés concen­trés sur la réus­site de leurs élèves. Il n’en va pas de même des « petits Blancs » pau­vres de la « France péri­phé­ri­que » ana­ly­sée par Christophe Guilluy. Mais comme il y a rela­ti­ve­ment plus d’enfants d’immi­grés pau­vres que d’enfants de Français pau­vres, on se foca­lise sur l’échec sco­laire des enfants d’immi­grés pau­vres. Mais il existe une petite bour­geoi­sie d’ori­gine immi­grée dont la réus­site sco­laire des enfants est sou­vent excel­lente. Une ana­lyse pré­cise et dans le détail per­met­trait de mettre à bas bien des pon­cifs.

Il est incontes­ta­ble que sub­sis­tent au tra­vail des iné­ga­li­tés sala­ria­les entre hommes et femmes, toutes choses étant égales par ailleurs. Mais remar­quons d’abord que ces iné­ga­li­tés sont en voie de régres­sion rapide et qu’elles n’ont aucune place dans la fonc­tion publi­que. On annonce des chif­fres énormes : les femmes gagne­raient 25% de moins que les hommes ! En réa­lité, quand on a ôté l’effet temps par­tiel, les effets de l’iné­gale répar­ti­tion des métiers et l’effet struc­ture des sec­teurs, cette iné­ga­lité retombe à 10% (voir Observatoire des iné­ga­li­tés). Ces 10% sont inex­pli­qués et bien évidemment on doit y remé­dier. Mais on est assez loin des 25% bran­dis ici et là. Beaucoup de femmes sont ensei­gnan­tes : 67% du total des ensei­gnants et 82% dans le pri­maire. Compte-tenu de leur niveau de recru­te­ment, elles sont des cadres mais payés net­te­ment moins bien que n’importe quel com­mer­cial dans le sec­teur privé. Les femmes sont aujourd’hui les plus nom­breu­ses chez les avo­cats, les magis­trats et les méde­cins, toutes pro­fes­sions à fort « capi­tal sym­bo­li­que » mais pas for­cé­ment parmi les mieux payées… On remar­que aussi que dans les bas salai­res, les écarts entre hommes et femmes sont beau­coup plus res­treints que dans les hauts salai­res. Pour ter­mi­ner, signa­lons que la réus­site sco­laire des filles est bien meilleure que celle des gar­çons (ce sont eux les « dis­cri­mi­nés » à l’école !) et que, si la pente actuelle se pour­suit, les femmes seront lar­ge­ment majo­ri­tai­res à tous les postes diri­geants d’ici une géné­ra­tion.

Comme les dis­cri­mi­na­tions ne sont pas tou­jours où l’on pense, on pour­rait dire quel­ques mots des États-Unis. S’il y a bien un pays « struc­tu­rel­le­ment raciste », c’est ce pays pro­fon­dé­ment marqué par la ques­tion noire. Cependant les événements récents exploi­tés par le mou­ve­ment Black Lives Matter (BLM) ont occulté cer­tai­nes réa­li­tés qui là aussi contre­di­sent les pon­cifs. De même qu’en France il y a de plus en plus de poli­ciers noirs ou d’ori­gine immi­grée, aux États-Unis la police est de plus en plus sou­vent com­po­sée de Noirs et d’Hispaniques. En outre si on rap­porte le nombre de vic­ti­mes de la police non à la cou­leur de peau mais à la classe sociale, le nombre de vic­ti­mes de la vio­lence poli­cière est glo­ba­le­ment le même chez Blancs pau­vres et chez les Noirs pau­vres. Si glo­ba­le­ment les Noirs res­tent beau­coup plus pau­vres que la moyenne des Américains, on peut aussi obser­ver un nette dégra­da­tion de la classe ouvrière blan­che, dont l’état de santé global est si dété­rioré que cer­tains auteurs n’hési­tent pas à parler de la fin de la classe ouvrière blan­che. Il n’est pas ques­tion de nier le poids ter­ri­ble du racisme aux États-Unis, mais il faut regar­der toutes les dimen­sions du pro­blème sans se foca­li­ser sur un seul aspect. Et si on regarde les choses dans leurs dif­fé­ren­tes dimen­sions, il appa­raît assez clai­re­ment que la dis­cri­mi­na­tion envers les Noirs est étroitement cor­ré­lée aux rap­ports entre les clas­ses socia­les, aux rap­ports d’exploi­ta­tion sou­vent plus vio­lents qu’ailleurs – la classe ouvrière euro­péenne connait une situa­tion bien meilleure que celle de la classe ouvrière amé­ri­caine.

Que signi­fie donc clai­re­ment la lutte contre toute dis­cri­mi­na­tion ? Les défen­seurs les plus modé­rés de cette thèse disent qu’il y a bien sûr l’iné­ga­lité sociale mais qu’il faut ajou­ter les autres dis­cri­mi­na­tions, les arti­cu­ler dans la fameuse « inter­sec­tion­na­lité ». Cette posi­tion (celle de Louis-Georges Tin, par exem­ple, dans son livre Les impos­tu­res de l’uni­ver­sa­lisme répu­bli­cain) est un écran de fumée. D’abord parce que les iné­ga­li­tés socia­les, comme on l’a dit plus haut, ne pro­cè­dent pas de la dis­cri­mi­na­tion mais des méca­nis­mes de l’exploi­ta­tion capi­ta­liste, et que d’autre part, il s’agit en réa­lité d’oppo­ser des « mou­ve­ments inter­clas­sis­tes » au mou­ve­ment social et non de les « arti­cu­ler ». Car évidemment, si les ouvriers immi­grés sont sou­vent dans une posi­tion encore pire que celle des ouvriers fran­çais d’ori­gine, c’est parce qu’ils sont d’abord des ouvriers et des ouvriers dont les par­ti­cu­la­ri­tés per­met­tent de les payer moins cher et de faire pres­sion sur le prix moyen de la force de tra­vail. L’UE et le MEDEF sont d’ailleurs des immi­gra­tion­nis­tes tout à fait convain­cus. Il y a entre l’ouvrier blanc ou noir et son patron blanc ou noir, un anta­go­nisme fon­da­men­tal, irré­duc­ti­ble qui réduit la théo­rie du « pri­vi­lège blanc » à une misé­ra­ble cam­pa­gne de divi­sion des tra­vailleurs. Entre Kylian Mbappé qui émarge à 30 mil­lions d’euros en 2020 et un ouvrier « blanc », où est le « pri­vi­lège blanc » ? Quand le mil­lion­naire Omar Sy, sacré pen­dant plu­sieurs années « per­son­na­lité pré­fé­rée des Français » (un pays raciste comme on le voit) de sa luxueuse villa à Hollywood dénonce le « racisme sys­té­mi­que » en France, les bornes de la décence sont dépas­sées, et très lar­ge­ment.
Pareillement, il est facile de mon­trer que les femmes dis­cri­mi­nées comme femmes le sont parce qu’elles sont des sala­riées et sou­vent la partie la plus exploi­tée de la classe ouvrière. Mme Bettencourt, la femme la plus riche de France, qui n’a jamais rien fait de sa vie, ne semble pas par­ti­cu­liè­re­ment dis­cri­mi­née. Et l’expé­rience montre que les femmes diri­gean­tes d’entre­pri­ses ou res­pon­sa­bles poli­ti­ques sont lar­ge­ment les égales des hommes dans l’avi­dité et le des­po­tisme. Quant aux dis­cri­mi­na­tions concer­nant les homo­sexuels, on est intri­gué de l’absence de curio­sité de nos belles âmes en ce qui concerne la vie d’un homo­sexuel dans cer­tai­nes cités, sans parler de la très fameuse indi­gé­niste Houria Bouteldja, « amie de cœur » de la dépu­tée LFI Danièle Obono, dont on rap­pel­lera que son « cœur s’enflam­mait de joie » à la nou­velle de la pen­dai­son des homo­sexuels à Téhéran.

Les anti­dis­cri­mi­na­tion­nis­tes de tout poil (indi­gé­nis­tes, bri­ga­des anti­né­gro­pho­bie, CRAN, LBGTQ++, comité contre l’isla­mo­pho­bie), sont sou­vent déchi­rés par les que­rel­les de clans et de fac­tions. Le CRAN a exclu pour mal­ver­sa­tion son pré­si­dent Louis-Georges Tin, les cré­tins des LGBTQ++ sou­tien­nent les isla­mis­tes qui les consi­dè­rent pour­tant comme des dégé­né­rés voués aux flam­mes de l’enfer. Chez les indi­gé­nis­tes, il semble qu’entre Noirs et Arabes il y ait de l’eau dans le gaz. L’anti­sé­mi­tisme se porte très bien dans tous ces milieux : le bouc émissaire est tou­jours utile.

Pourtant tous ont main­te­nant un accès média­ti­que étonnant. France-Culture en est devenu le porte-voix et les élites intel­lec­tuel­les de notre pays sont à genoux (par­fois au sens propre) devant ces grou­pus­cu­les qui ne repré­sen­tent sou­vent qu’eux-mêmes et qui déve­lop­pent les « théo­ries » les plus déli­ran­tes. À cela, il y a deux rai­sons : la pre­mière est que la dis­so­lu­tion de la vieille gauche, délais­sant les clas­ses popu­lai­res, confor­mé­ment au pro­gramme du « réser­voir de pensée » Terra Nova¸ s’ins­crit dans l’ordre des choses du point de vue de la classe domi­nante. Le capi­ta­lisme absolu n’a plus de contes­ta­tion interne. C’est par­fait pour les affai­res. Mais la deuxième raison, peut-être plus fon­da­men­tale, est que sub­sti­tuer à la lutte pour l’égalité, contre l’exploi­ta­tion, la lutte contre les dis­cri­mi­na­tion, c’est l’idéal même du « néo­li­bé­ra­lisme ». S’il n’y a plus de dis­cri­mi­na­tions, alors la com­pé­ti­tion entre les indi­vi­dus peut être « libre et non faus­sée », peut se déve­lop­per et « que le meilleur gagne ». Tous ces grou­pes, qui pul­lu­lent et se frac­tion­nent au fur et mesure que chacun veut faire valoir sa petite dif­fé­rence sont pro­fon­dé­ment nar­cis­si­ques et expri­ment par­fai­te­ment le nar­cis­sisme d’une société de consom­ma­teurs indif­fé­rents les uns aux autres. La lutte contre les dis­cri­mi­na­tions est le mot d’ordre de cette société. Le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste n’a aucun besoin de dis­cri­mi­na­tion puis­que tous les ven­deurs de force de tra­vail sont poten­tiel­le­ment iden­ti­ques et tous les indi­vi­dus sur le marché sont équivalents par l’inter­mé­diaire de l’équivalent géné­ral qu’est l’argent. Nous avons donc bien à tra­vers cette « lutte contre les dis­cri­mi­na­tion » l’exem­ple arché­ty­pal d’une idéo­lo­gie, et d’une idéo­lo­gie bien plus effi­cace que les livres d’Ayn Rand ou d’Alain Minc, parce qu’elle dis­si­mule sa réa­lité der­rière des mots ron­flants qui inti­mi­dent tant les gens de gauche qui ont mau­vaise cons­cience d’avoir balancé aux orties tous leurs prin­ci­pes.

Denis Collin, le 15 octo­bre 2020

Messages

  • merci pour ce texte clair et bien argumenté. je suis d’accord avec l’auteur. je me rends compte que j’ai toujours été réservé sur ce concept de discrimination et je suis heureux d’en lire l’explication. c’est probablement ma lecture de Marx qui m’a rendu réticent : c’est le concept d’exploitation qui m’a toujours semblé relever de la critique sociale. Il y aurait beaucoup à dire sur la discrimination et l’égalité formelle.

  • Très beau texte de Denis Collin. Juste une précision : on ne peut pas réduire Mai 68 à son volet libéral/libertaire, explique Alain Badiou dans son ouvrage : "On a raison de se révolter. L’actualité de Mai 68", édition Fayard, 2018. Selon Badiou, Mai 68 est le tresse inextricable de trois MAI : un Mai Ouvrier, un Mai étudiant et un Mai libertaire avec Guy Hocquenghem, le MLF, Foucault, parfaitement raconté dans cet article. Et avec des revendications plurielles, notamment "Pouvoir aux travailleurs" qui n’ont rien d’hédoniste ou de libéral libertaire.

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