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Révolution de palais à Rome

Par Jean-Paul Damaggio • Internationale • Dimanche 13/11/2011 • 0 commentaires  • Lu 1174 fois • Version imprimable


Avec Reagan est venue l’heure de la révolution… conservatrice. Peu après avec Gorbatchev est venue l’heure de la révolution… dans la révolution. Bilan : avec les années 90 même le PCF avait relégué au magasin d’antiquité toute référence à la révolution, les peuples des pays de l’Est ayant finalement tourné la page du socialisme réellement inexistant.

Chavez est arrivé, armé d’une révolution bolivarienne, et le mot révolution a continué d’être brouillé jusqu’aux mémorables « révolutions arabes » fruit d’un engagement populaire mémorable dans un contexte général où l’heure est aux pires conservatismes.

Avec la Grèce puis l’Italie d’aujourd’hui nous en revenons aux révolutions de palais chères aux régimes d’avant la révolution française, et à tous les régimes autoritaires qui lui ont succédé.

La chute de Berlusconi est bien sûr plus emblématique encore que celle de Papandréou.

Berlusconi lâché par ses amis

Si nous étions dans la logique démocratique, la chute de Berlusconi aurait dû susciter des scènes de liesse dans les rues de Rome. La fin d’un caïman qui a façonné le pays depuis des années, c’est tout de même un choc ! Nous ne le saurons pas en France mais la société italienne continue d’occuper la rue pour manifester comme elle l’a fait tout au long du berlusconisme, des manifestations qui prouvent à contrario que la question du pays n’est plus Berlusconi depuis des mois !

J’étais en Italie fin septembre juste au moment où la TVA augmentait de 1% (de 20 à 21%) en septembre la fin de Berlusconi  et Berlusconi continuait de plastronner en disant qu’il était là jusqu’aux prochaines élections en 2013. Or toute la presse indiquait qu’il avait perdu le soutien de l’église, du patronat, d’une partie de la ligue du nord et que sa chute était seulement conditionnée à un point : qui oserait le remplacer ?

« Bruxelles » s’est chargé de la succession à Athènes comme à Rome car la démocratie est devenue un vieux souvenir de notre vieille Europe. Nous le savions, et nous le vérifions. Or le cas italien est emblématique car de Craxi à Berlusconi en passant par Monti, c’est Milan qui dicte sa loi à Rome, autrement dit c’est l’économique qui commande au politique et nous savons à présent où conduit cette stratégie…

Mario Monti le fonctionnaire

Super Mario, terme en référence à un jeu bien connu, a été étudiant, professeur, recteur et enfin président de l’Université de Milan. Comme la plupart des intellectuels italiens il est un pro-européen convaincu si bien que le non de la France à l’Europe l’a fortement énervé bien qu’à l’époque il ait été contraint d’abandonner son poste à Bruxelles. Il a l’art d’inverser les rôles : il reproche aux gouvernements incapables d’assumer leurs responsabilités, de faire porter le chapeau à l’Europe peu responsable des dysfonctionnements nationaux. « L’Europe c’est le bouc émissaire. »

Voilà l’extraordinaire titre de gloire qu’il retient de son passage pendant dix ans à la commission de Bruxelles où il avait la responsabilité de la concurrence : « J’ai vu des pays comme l’Allemagne qui, après d’exténuante résistance, a dû abandonner un privilège vieux de cent ans, la garantie publique des banques. » ! N’est-ce pas génial dans le contexte actuel ? D’autres retiennent le demi-milliard d’euros d’amende imposé à Bill Gates.

Malgré l’avis favorable de Barroso, il a été remplace en 2004 par Buttiglione et la rumeur a couru que ce fut à la demande de la France et de l’Allemagne. Berlusconi lui a expliqué qu’il s’agissait d’équilibre interne à sa coalition… Bref, voilà donc un homme ni de droite ni de gauche qui va conduire l’Italie en expert…

Et la gauche ?

Pierluigui Bersani (du PD : Parti démocrate) a fait venir à Rome voici deux ou trois jours, François Hollande, pour participer à un immense meeting (avec bien d’autres vedettes internationales). Je doute que nous ayons droit à un juste retour des choses à Paris. Donc, à Paris, les médias donnent l’impression de ne rien connaître de la gauche tellement Berlusconi était une référence facile pour faire vendre du papier. Aujourd’hui à 12 h 30 France Culture se permet d’inviter « une députée européenne verte » qui est obligé tout d’abord de rappeler au journaliste qu’elle n’est plus euro député et que les Verts ne sont plus au parlement italien.

Bersani, comme je l’ai déjà indiqué dans un article suite au référendum de juin 2011 en juin les fourmis font tomber l’éléphant , veut s’orienter vers une coalition surtout tournée vers la gauche et au meeting de Rome il en a fait la claire confirmation. « Non, le premier parti du pays ne sera plus une roue de secours. » dit-il en référence aux alliances centristes précédentes, derrière une autre vedette venue de Bruxelles : Romano Prodi. Ou, aujourd’hui, à celle suscitée par d’autres derrière Casini. Il annonce donc des pas en avant dans la construction d’un projet alternatif avec le parti de Di Pietro et celui de Ventola, deux partis qui s’implantent fortement au sud où le PD disparaît plus ou moins. Aujourd’hui en Italie, tout le monde en est conscient : « Face à l’argent la démocratie est optionnelle. » En conséquence, le départ de Berlusconi pourrait bien être son triomphe !

C’est Nichi Vendola qui le dit le plus clairement : « Si Monti accepte les propositions de l’Europe avec l’appui du PD alors ça ne sera pas seulement la défaite de la gauche mais la défaite de l’Italie. » Il propose trois mesures immédiates : la réduction des dépenses militaires, la taxation des transactions financières, une autre fiscalité sur le patrimoine. Et en même temps des mesures sociales. J’admire sa formule : « la militarisation de la politique » pour cataloguer la classe politique qui se comporte comme un sage petit soldat aux ordres des banques. L’heure est grave. 12-11-2011 Jean-Paul Damaggio


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