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Le Brésil de la crise permanente

Pourquoi Bolsonaro a gagné les élections et quel est le caractère son gouvernement

par Otavio ROCHA, le 21 décembre 2018

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La nomi­na­tion de nom­breux mili­tai­res, des plus divers grades, pour le Gouvernement de Jair Bolsonaro et plus par­ti­cu­liè­re­ment l’accep­ta­tion par le juge Sergio Moro, le res­pon­sa­ble juri­di­que de l’Opération Lava Jato, qui devien­dra Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique – concen­trant en ses mains la res­pon­sa­bi­lité du contrôle de la Police Fédérale et du Système Pénitentiire du Brésil – marque un tour­nant déci­sif dans la confi­gu­ra­tion du gou­ver­ne­ment à venir et ferme un cycle qui a com­mencé il y a très long­temps, au début du pre­mier Gouvernement Lula et qui a été rati­fié après la décou­verte du pré-sal en 2007-2008. Pour la pre­mier fois ce Gouvernement a été contesté dans les rues par les révol­tes et mani­fes­ta­tions de juin 2013. « L’impeach­ment » de Dilma Rousseff en 2016 et fina­le­ment par la prison de Lula le 07 avril 2018 pour­raient sem­bler fermer ce cycle his­to­ri­que.

Toutefois, l’élection qui a fait décou­vrir Bolsonaro aux Brésiliens : la pos­si­bi­lité de faire face a un can­di­dat d’extrême droite, pour­rait sem­bler le fait le plus impor­tant. Bien sûr, c’est un fait très impor­tant, mais pas a cause de celui qui a été élu. Les faits les plus impor­tants sont à venir par les consé­quen­ces des­truc­ti­ves qu’il annonce déjà. Bolsonaro est, en quel­que sorte un out­si­der oppor­tu­niste qui a eu la chance de trou­ver devant lui un vide poli­ti­que qui allait du centre-gauche à la droite. Lula à la fin du mois d’août avait plus ou moins 40% des inten­tions des voix vali­des. Mais la « jus­tice » avec Sergio Moro l’a empê­ché de pou­voir concou­rir aux élections. Celui qui a quitté le gou­ver­ne­ment avec quel­que chose autour de 90% d’appro­ba­tion de la popu­la­tion du Brésil, malgré tout le matra­quage qui vou­lait en faire le res­pon­sa­ble de tous les maux du Brésil, un cor­rompu et un cri­mi­nel, allait gagner iné­vi­ta­ble­ment ces élections de 2018. Alors il n’y avait pas d’alter­na­tive pour la droite et pour l’extrême-droite bré­si­lien­nes et inter­na­tio­na­les. Une fois que les can­di­dats de toute la droite ont eu des marges de voix assez faible au pre­mier tour, l’out­si­der qui avait trouvé un appui dans cer­tains conseiller de Donald Trump devient le « can­di­dat » de la fois.

S’il n’y a pas eu un « auto­ma­tisme cons­pi­ra­toire » dans les événements contra­dic­toi­res qui encom­brè­rent la vie poli­ti­que, économique et sociale du Brésil pen­dant ces années, il y a eu, tout de même, une logi­que géné­rale qui a donné cohé­rence à la vic­toire de l’extrême droite. Alors, l’arri­vée à la Présidence de la République de Bolsonaro, celle de Sergio Moro (grand patron de la Lava Jato) au Ministère de la Justice, ainsi que celle de Paulo Guedes (le tout puis­sant économiste formé aux EUA) au Ministère de l’Économie, ce n’est pas un hasard. Ou alors, s’il y a eu un espace pour qu’arrive un quel­conque hasard, il est venu très bien en temps et en espace pour atten­dre à la néces­sité de la domi­na­tion poli­ti­que et économique du grand capi­tal. Sa colle bien, même si tout sem­blait avoir été fait pour que Aécio Neves ou quelqu’un du PSDB (Parti Social Démocrate du Brésil) devienne pré­si­dent. Mais celui-ci a passé « d’héros natio­nal » - quand au début du pre­mier tour des élections pré­si­den­tiel­les de 2014 il com­mence à faire oppo­si­tion serrée à Dilma Rousseff -, a per­son­na­lité très mal vue, sus­pecte de liai­son avec le trafic de drogue. Les contra­dic­tions du sys­tème géné­rale à fait en sorte qu’il n’a pu être épargné et il a réussi a échapper à la prison. Même Fernando Henrique Cardoso, ex-pré­si­dent de la République et fon­da­teur du PSDB ne sup­porte plus cette per­son­na­lité, d’autan plus qu’il a été impli­qué dans des nom­breux scan­da­les de cor­rup­tion diver­ses. Personne ne sait pas com­ment il a réussi à s’échapper de la prison.

Le dicton popu­laire s’appli­que ici très bien au prag­ma­tisme cyni­que des élites bré­si­lien­nes très mar­quées encore par la men­ta­lité escla­va­giste : « celui qui n’a pas de chien chasse avec le chat ». Si ni Aécio, ni Geraldo Alckmin, ni Henrique Meirelles, ni aucun autre n’avaient réussi une per­for­mance qui méri­tait leurs appuis, il fal­lait chan­ger de can­di­dat. Il fal­lait gagner les élections contre le can­di­dat du Parti des Travailleurs. Et ainsi les entre­pre­neurs de la droite ont trahi Geraldo Alckmin qui devrait pren­dre la place qui avait été réservé à Aécio qui n’a pas pu deve­nir can­di­dat à la pré­si­dence du pays comme can­di­dat du PSDB, parti qui oscille entre le centre droit et la droite.

De la même manière que Sergio Moro marque un moment clé dans la cons­truc­tion du nou­veau futur gou­ver­ne­ment, un autre per­son­nage assez mal connu des Brésiliens surgit comme fon­da­men­tal dans la stra­té­gie du Gouvernement Bolsonaro. Il s’agit de Paulo Guedes l’homme fort du gou­ver­ne­ment qui va com­man­der sans aucun pro­blème moral les ventes des entre­pri­ses de l’État bré­si­lien, comme la Petrobras. Pour cela l’objec­tif de pri­va­ti­sa­tion des entre­pri­ses de l’État bré­si­lien est devenu stra­té­gi­que. Il veut pri­va­ti­ser toutes les entre­pri­ses étatiques comme la Petrobras, en finir avec le sys­tème de sécu­rité social étatique, en finir avec les uni­ver­si­tés et l’ensei­gne­ment publi­que gra­tuit. C’est bien la forme comme Bolsonaro et son super Ministre de l’économie, (qui est un ex-conseiller d’Augusto Pinochet formé à l’École de Chicago), veu­lent impul­ser l’économie du pays. Une des ins­ti­tu­tions qu’il va démo­lir est le SUS (Sistema Único de Saúde), le plus grand pro­gramme de santé publi­que au monde. Il va faire cela pour mettre en place les sys­tè­mes privés qui est d’impos­si­ble d’accès aux plus dému­nis. Au Chile, à la place de la retraite publi­que ils ont mis à la place un sys­tème qui a déjà faire com­plè­te­ment ban­que­route. Au but de cinq ans le retraité n’a plus rien de quoi vivre.

Il a un noyau dur dans son gou­ver­ne­ment et c’est son super minis­tre, un ultra-néo­li­bé­ral, qui va admi­nis­trer la richesse du pays. En plus, toutes les conquê­tes du Merco Sud (les accords de libre com­merce avec tous les pays de l’Amérique Latine), vont être lais­sés pour compte. Pour lui ces accords ne sont pas prio­ri­tai­res. Lui, comme Bolsonaro, veut comme prio­rité « des accords qui n’aient pas un carac­tère idéo­lo­gi­que ». Sans qu’ils aient expli­qués ce que cela veut dire, tout le monde a bien com­pris le carac­tère rangé du côté de Donald Trump, de la poli­ti­que de Bolsonaro. Le pro­gramme de pri­va­ti­sa­tion de toutes les entre­pri­ses étatiques s’accom­pa­gne avec la flexi­bi­li­sa­tion des régi­mes du tra­vail. Son slogan est le sui­vant : « moins de droits, mais toutes les pos­si­bi­li­tés d’emplois, ou main­te­nir les droits, mais rester au chô­mage ».

Grave crise de repré­sen­ta­tion : des numé­ros qu’illu­mi­nent la réa­lité

Une partie de la popu­la­tion bré­si­lienne reste héri­tière de la morale escla­va­giste et est, au même temps, très reli­gieuse. Elle n’accepte pas de tout comme pos­si­ble les diver­ses formes d’amours et de sexes. L’hypo­cri­sie de la grande famille sante se repro­duit encore, ainsi que sa défense reliée à la défense de la pro­priété des terres et des autres moyens de pro­duc­tion. L’homo­pho­bie, le machisme, le racisme, l’obs­cu­ran­tisme et même le goût nécro­phile exhibé par l’extrême droite et pour­tant, par une bonne partie de l’élite domi­nante et de la classe moyenne, a donné du fer­ment pour gon­fler les contra­dic­tions socia­les au Brésil. En plus, la crise qui avait été déclen­chée par l’ex-pré­si­dent natio­nal du PSDB, Aécio Neves, a pris à rebout l’ensem­ble des partis du centre-droit et de la droite. La crise per­ma­nente s’exprime dans les élections par un véri­ta­ble vide poli­ti­que. Comment com­bler ce vide poli­ti­que ? Le centre-droit et la droite vou­lait avoir un can­di­dat propre, élu et à eux, mais ils n’ont pas réussi.

Les résul­tats au pre­mier tour ont donné pour Ciro Gomes, can­di­dat du PDT (Parti Démocratique des Travailleurs qui a été fondé par Leonel Brizola un tra­vailliste radi­ca­lisé) la troi­sième place avec 9,05% des suf­fra­ges vala­bles, soit 13.344.074. Il s’agit d’un parti qui a des vel­léi­tés de centre gauche. Ciro Gomes a été gou­ver­neur de l’état du Ceará et Ministre de l’Intégration National du Gouvernement de Lula. Le can­di­dat de Fernando Henrique Cardoso, l’ex-pré­si­dent de la République, a été Geraldo Alckmin du Parti Social-Démocrate du Brésil (PSDB, du centre droite), a fait 4,76%. L’entre­pre­neur João Amoêdo du Parti Nouveau, a eu de 2,52% de voix vali­des. Le mili­taire Caporal Daciolo (Patri, parti de droite) a réussi 1,26% des voix. Le can­di­dat de l’actuel Président de la République, Michel Temer (celui-ci un des prin­ci­paux res­pon­sa­bles du Coup d’État en Dilma Rousseff pen­dant qu’il était vice-pré­si­dent), s’appelle Henrique Meirelles. Il appar­tient au Mouvement Démocratique Brésilien (le MDB est un parti de droite), res­pon­sa­ble de la poli­ti­que économique du Brésil actuel, a fait 1,20% des voix vali­des, soit 1.288.948. Marina Silva de l’ancien Parti Vert devenu REDE (en allu­sion aux réseaux sociaux) a eu 1% du total de voix expri­mes dans les urnes, un peu plus de 1 mil­lion. Il s’agit d’un parti de centre avec quel­ques vel­léi­tés de centre gauche. Tous les autres can­di­dats des capi­ta­lis­tes, mais aussi ceux de la gauche radi­cale ont rester au-des­sous de 1%. À l’excep­tion du can­di­dat du Parti Socialisme et Liberté (PSOL) Guilherme Boulos qui est un très remar­qua­ble leader du Mouvement des Sans Toit (qui a eu 0,58% des voix, soit 617.122) tous les autres atta­quait Haddad, comme étant un can­di­dat de la droite. Même Ciro Gomes a pré­féré cette route. Ce com­por­te­ment revan­chiste de la parte de Ciro Gomes et de son parti, ainsi que celui de Marina Silva, a aidé à divi­ser les voix.

La per­for­mance de Bolsonaro qui a été objet de l’admi­ra­tion de main­tes per­son­na­li­tés du monde de la com­mu­ni­ca­tion, ni au pre­mier et ni au deuxième tour n’a pas été par majo­rité abso­lue. Il a réuni 33,45% au pre­mier tour, soit 49.275.358 voix et 55,13% au deuxième tour, soit 57.797.847 voix. Le dépla­ce­ment vers la droite de l’électorat repré­sente moins de 60% des voix que les son­da­ges esti­maient pos­si­ble. Le vide poli­ti­que résul­tat de la pul­vé­ri­sa­tion du centre-droit et de la droite a fait en sorte qu’il s’est béné­fi­cié de cir­cons­tan­ces « extra­or­di­nai­res ». Il y a eu un « soi-disant » atten­tat contre sa vie que lui a laissé 20 jours loin du front des élections, c’est-à-dire, loin des débats. Il y a eu aussi l’action de fakes news. La per­for­mance de Fernand Haddad, le can­di­dat du PT, montre le résul­tat sui­vant : 22,63% au pre­mier tour, soit 33.341.839 voix et au deuxième tour 44,87%, soit 47.040.906 voix. En consi­dé­rant le cadre poli­ti­que géné­ral compte tenu de toutes les pro­vo­ca­tions, des atta­ques vio­lents, de toute la ten­sion dans l’air et la peur d’une bonne partie des électeurs qui vou­lait voter pour le PT et pour son can­di­dat, il faut consi­dé­rer ces voix comme un voix très poli­tisé. Les 16 mil­lions de votes sup­plé­men­tai­res enre­gis­trés par Haddad et par Manuela D´Ávila (vice-pré­si­dent) ont été les résul­tats des mee­tings publics, des mani­fes­ta­tions Ele Não, du mili­tan­tisme par les réseaux sociaux et de l’impact que tout cela a pro­duit sur l’électorat le plus réti­cent. L’asso­cia­tion entre le PT et le PC du B avait seu­le­ment 4% des inten­tions de voix à la fin du mois de sep­tem­bre et en consi­dé­rant toutes les vio­len­ces contre elle le résul­tat a été bien expres­sive. Néanmoins, si en 2014 il avait 69 dépu­tés, il a passé à 56 dépu­tés pour l’exer­cice à partir de jan­vier de 2019. Il a fait quatre gou­ver­neurs dans les états du nord-est. Les abs­ten­tions, les voix annu­lées et les voix en blancs ont donnés les résul­tats sui­vants : des 147.305.155 ins­crits dans le col­lè­gue électoral de tout le Brésil, se sont pré­sen­tés aux bureaux de vote 115.933.451, soit 78,70% de l’uni­vers total. 31.371.704, soit 21,30% se sont abs­te­nus de voter. Les voix annu­lées comp­ta­bi­li­sent 8.608.105, soit 7,43%. Les voix en blancs ont comp­ta­bi­lisé 2.486.593, soit 2,14% de l’uni­vers total des votants. Alors, une fois perdu la chance quand le PT était au gou­ver­ne­ment jusqu’à quand il fau­drait atten­dre pour avoir des moyens pro­pres pour se com­mu­ni­quer avec la popu­la­tion et l’aider à former une cons­cience cri­ti­que ? Est-ce que le PT va chan­ger de façon de faire la poli­ti­que, c’est-à-dire, élargir son champ d’action, inté­grer les béné­fi­ciai­res des poli­ti­ques publi­ques d’avant sa dépo­si­tion du pou­voir et les poli­ti­ser au delà de la pra­ti­que des élections et du vote ? Il faut le dire que le PT reste le plus grand parti du Brésil en nombre d’adhé­rents (2 mil­lions de affi­liés) et le seul parti struc­turé en fait et en tout le Brésil qui reste avec plu­sieurs mai­ries.

La publi­cité de l’extrême droite a uti­li­sée aussi et avec force, la cri­mi­na­li­sa­tion pro­gres­sive des luttes poli­ti­ques et socia­les. Elle s’est béné­fi­ciée de la proxi­mité des forces armées pour exploi­ter le sen­ti­ment de sécu­rité à offrir. Elle a uti­lisé les ser­vi­ces des églises évangéliques, qui curieu­se­ment en 2002 étaient avec Lula ont tourné le dos au PT. Alors, sauf une meilleure ana­lyse, pos­si­ble­ment la per­for­mance de Bolsonaro (la cap­turé du dépla­ce­ment de 10 à 13 mil­lions d’électeurs) n’a pas été réa­lisé en large mesure dans les voix des indé­cis. Une parte a été prise chez les can­di­da­tu­res de Marina Silva, de celles de Geraldo Alckmin. Une autre parte, pos­si­ble­ment a été le résul­tat de la dis­lo­ca­tion d’une partie des voix du PT, chez les clas­ses moyen­nes, 60% de ceux qui avaient réussi a avoir un diplôme uni­ver­si­taire et 70% de ceux de la popu­la­tion qui touche plus de cinq salai­res mini­mums. Une bonne partie de ce sec­teur social pos­si­ble­ment a été le fiel de la balance. Après avoir eu le béné­fice des pro­gram­mes des poli­ti­ques publi­ques pour la for­ma­tion uni­ver­si­taire, est venu la frus­tra­tion de n’être pas capa­ble de trou­ver une place pro­fes­sion­nelle. 50% de ceux qui ont pris des finan­ce­ments publics pour avoir cette for­ma­tion, ne peux pas les acquit­ter. Ils ont été mobi­li­sés par l’illu­sion que Bolsonaro va pou­voir résou­dre leurs pro­blè­mes et pour cela une bonne partie était sim­ple­ment pour l’empri­son­ne­ment de Lula. La base par­le­men­taire du gou­ver­ne­ment Bolsonaro sera cons­ti­tuée par des dépu­tés pul­vé­ri­sés et dis­per­sés dans divers partis. Mais c’est vrai aussi que les dépu­tés de ces divers partis des évangéliques, des pro­prié­taire ter­riens et ceux mili­ta­ri­sés contrô­laient déjà la cham­bre des dépu­tés et le sénat avec plus ou moins 50% de ses mem­bres pen­dant le gou­ver­ne­ment de Dilma Rousseff.

Une réfé­rence his­to­ri­que et les contra­dic­tions qui ali­men­tent la crise

Les Brésiliens sont ainsi dans une grave crise de repré­sen­ta­tion poli­ti­que, com­biné a une pro­fonde crise sociale et économique qui a une ten­dance à s’appro­fon­dir avec Bolsonaro, Paulo Guedes e Sergio Moro. Elle est le résul­tat d’un cercle vicieux de cette concep­tion de la poli­ti­que répu­bli­caine et de la démo­cra­tie mini­male qui est celle du Brésil depuis 1889 du der­nier pays à abolir l’escla­vage. Les escla­ves libres qui n’avait pas comme rester dans les « fazen­das » ren­trent dans les villes et com­men­cent à cons­truire ce que sera les fave­las d’aujourd’hui. Onze ans après de la Proclamation de la République a explosé la pre­mière grande contes­ta­tion (de1896 à 1897) de cette République fondé par les géné­raux de l’armée bré­si­lienne qui a été appelé Guerre de Canudos. Elle se passe dans la région du Sertão à l’inté­rieur de l’état de Bahia, pleine de grande pro­priété agri­cole impro­duc­tifs, des séche­res­ses cycli­ques et un chô­mage chro­ni­que. Des mil­liers de per­son­nes ont été atti­rés pour Canudos et par son leader Antônio Conselheiro. Ils ont été accu­sés par les grands éleveurs de la région de vou­loir res­tau­rer la monar­chie et de ren­ver­ser la répu­bli­que. Mais en vérité c’était le mode de vie basée sur le par­tage des terres occu­pées que les gênaient. Des mil­liers d’habi­tants de Canudos ont été mas­sa­crés après trois incur­sion de l’armée.

Tous les éléments de cette crise qui débou­cha dans une guerre sont tou­jours pré­sente dans l’his­toire bré­si­lienne actuelle à la seule dif­fé­rence qu’ils ont pris une com­plexité et une dimen­sion gigan­tes­ques. L’élection de Bolsonaro au lieu d’ouvrir une période de sta­bi­lité pour les bré­si­liens de tous bords, au contraire, ouvre une période d’incer­ti­tude et de crise per­ma­nente. Et cela non pas seu­le­ment parce que Bolsonaro n’a pas un pro­gramme poli­ti­que claire. Son pro­gramme est en cours d’arran­ge­ment. Il s’agit d’un out­si­der du mal, un oppor­tu­niste qui a passé 28 ans à l’Assemblée National. Il a pré­sente plu­sieurs projet de loi, mais seu­le­ment trois ont été accepté[1]. C’est seu­le­ment le vide poli­ti­que qui s’est pro­duit qui expli­que l’adhé­sion de la droite plus « sophis­ti­quée ». Un can­di­dat de centre gauche comme Lula pou­vait rem­plir ce vide pour cause de son cha­risme extra­or­di­naire et de sa popu­la­rité sans égale. Mais depuis 2007/2008 la grande bour­geoi­sie bré­si­lienne - qui avait vu chuter son taux de profit, vou­lait pren­dre en mains ses affai­res poli­ti­ques ou chan­ger de gérant. Elle avait l’illu­sion (ou dans le cynisme) de pou­voir faire mieux qui le « popu­lisme de centre gauche » de Lula et de Dilma qui dans plu­sieurs domai­nes ten­dait vers le centre droit. Alors, le can­di­dat de l’extrême droite, Jair Bolsonaro, a bien pro­fité de ce vide poli­ti­que et avec son dis­cours pour la défense incondi­tion­nelle de la pro­priété privée, pour la « famille du bien », « contre la vio­lence », pour la « patrie » et pour « Dieu », et sur­tout, « contre la cor­rup­tion », a réussi à incar­ner les aspi­ra­tions d’une partie de ceux qui vou­laient affir­mer le chan­ge­ment de gou­ver­ne­ment. Alors, Bolsonaro a pu se béné­fi­cier aussi des voix utiles de ceux qui ne vou­laient voter dans le PT, mais qui ne vou­laient pas, non plus, voter blanc ou annu­ler ses voix.

Les cau­ches domi­nan­tes des clas­ses domi­nan­tes de la société bré­si­lienne ont décidé pren­dre les affai­res en mains même si à l’époque des gou­ver­ne­ments de Lula et de Dilma ils se sont bour­rés d’argent. Mais l’argent accu­mulé est bien fluide. Il faut à ces frac­tions du grand capi­tal pou­voir s’asso­cier même s’il faut, comme « asso­cié mineur » du grand capi­tal finan­cier inter­na­tio­nal. Elles ne veu­lent pas des limi­tes. Elles n’ont pas de ver­go­gne. La morale elles les lais­sent pour le petit peuple. Elles ne veu­lent pas d’inter­dic­tions. Elles veu­lent trou­ver ensem­ble les chaî­nons man­quants qui les mènent jusqu’aux puits iné­pui­sa­ble de la pré­voyance sociale, de la pro­duc­tion d’arme­ments, du pré sal, du nio­bium (le Brésil pos­sède 98% du nio­bium connu de la pla­nète), les voies qui les mènent aux dérè­gle­ments de lois du tra­vail pour qu’elles puis­sent pra­ti­quer la surex­ploi­ta­tion des tra­vaux sala­riés (et com­pris jusqu’au tra­vail esclave), pour qu’elles puis­sent aussi inves­tir et trans­for­mer argent en capi­tal et celui-ci en profit. Avec les frac­tions du grand capi­tal inter­na­tio­nal elles veu­lent « vendre » ou trans­fé­rer les riches­ses du pays sans avoir à subir aucune contrainte et tous cela au nom de la pro­duc­tion d’emplois, de la crois­sance économique et du pro­grès pour tous.

COMMENT EXPLIQUER LA VICTOIRE DE BOLSONARO ET LA DÉFÈTE DU PT

Pour expli­quer la vic­toire électorale de Jair Bolsonaro il faut tenir compte d’une tota­lité de fac­teurs. D’abord, il faut consi­dé­rer sa propre per­son­na­lité. Le nou­veau pré­si­dent élu s’appelle Jair Messias Bolsonaro. Son nar­cis­sisme auto­cen­tré lui fait croit qu’il a la « mis­sion de sauver le pays ». Alors, il a com­mencé la cam­pa­gne électorale comme une véri­ta­ble croi­sade. Quand quelqu’un croit à une chose pareil tous les moyens sont jus­ti­fiés et pos­si­bles pour qu’il réa­lise ce qu’il pense. Il répète tout le temps : « le Brésil au-dessus de nous et Dieu au-dessus de nous tous ». Bolsonaro dit cela avec fer­veur, comme tous les dic­ta­teurs, comme Hitler ou Staline par­lait aux foules, mais aussi comme les libé­raux et les ultra­li­bé­raux dans l’his­toire du capi­ta­lisme mon­diale. Après l’annonce des résul­tats, tout le monde a été sur­prit, quand dans son pre­mier dis­cours, après avoir dit qu’il allait res­pec­ter la Constitution de 1988, « ins­piré » par les grands hommes comme Churchill et par la Bible, il a com­mencé à prier avec sa femme et son petit comité col­la­bo­ra­teur, devant les came­ras de télé­vi­sion dans une scène qui choqué tous ceux qui prê­chent pour un État laïque. Ce n’était pas seu­le­ment pour faire plai­sir à tous les évangéliques et à la popu­la­tion pieuse et croyante qui a voté en lui. Le « chant de sirène » a été pro­noncé par un de ses auxi­liai­res le pas­teur Magno Malta, poli­ti­cien séna­teur au Congrès National qui n’a pas réussi à se réé­lire, pro­ba­ble­ment comme consé­quence des accu­sa­tions qui pèsent sur lui. Parmi elles sa « par­ti­ci­pa­tion dans le réseau de ventes super fac­tu­rés d’ambu­lan­ces à cer­tai­nes mai­ries » dans le vacarme connu comme « scan­dale des sang­sues ». C’est bien pro­ba­ble que ce pre­mier geste reli­gieux du nou­veau pré­si­dent devienne un rituel commun à son gou­ver­ne­ment. La dis­cus­sion est déjà en cours par rap­port à la céré­mo­nie d’ins­tal­la­tion de son gou­ver­ne­ment en jan­vier pro­chain. L’idéo­lo­gie reli­gieuse comme méca­nisme de domi­na­tion va être ample­ment uti­lisé par le pro­chain gou­ver­ne­ment.

Parmi d’autres fac­teurs les moins immé­diats, il faut tenir compte de la crise économique mon­diale. Elle a joué un rôle qui est aussi celui qui a affecté par une crise poli­ti­que le troi­sième mandat du Parti de Travailleurs encore avec Dilma Rousseff et qui explosé dans le mou­ve­ment massif du « trans­port libre » en 2013 et qui a mobi­lisé des mil­lions des per­son­nes. Dans le cours des événements une partie de ces masses a été « cap­tu­rée » par la droite. Il y en a de ceux qui disent que ces mani­fes­ta­tions et révol­tes ont été orga­ni­sées par des agen­ces inter­na­tio­na­les, comme ils croient qu’elles sont venues dans les séquen­ces de la crise espa­gnole, tuni­sienne, et arabe, mais ils ont assez de dif­fi­cultés pour expli­quer que tout le monde, c’est-à-dire, des mil­lions de per­son­nes été mani­pu­lés jusqu’au but. Aujourd’hui, ils sont les mêmes qui croient que tous les gens qui sont voté pour Bolsonaro sont des fas­cis­tes.

La crise économique a conti­nué et s’est appro­fon­die vers la réces­sion pen­dant les années 2014 à 2018 avec cer­tai­nes varia­tions ponc­tuel­les. À ces fac­teurs de fond, il faut ajou­ter les consé­quen­ces poli­ti­ques de la crise de 2013. En 2014, le repré­sen­tants poli­ti­ques des partis de droite ont com­mencé à cons­pi­rer pour empê­cher la conti­nua­tion et la réé­lec­tion de Dilma Rousseff. Tous ces éléments sont tou­jours là et aident de manière contra­dic­toire à expli­quer la vic­toire électorale de Bolsonaro et la défaite du PT, beau­coup plus que « celle » de Fernando Haddad qui a concou­rue à la place de Lula, comme un pres­que inconnu, mais qui a réussi a imprimé sa marque au deuxième tour.

Un des fac­teurs qu’il ne faut pas sous-esti­mer c’est bien le poids des actions judi­ciai­res qui ont pro­duit un impeach­ment à Dilma Rousseff et qui ont amené Lula à la prison. D’ailleurs c’était exac­te­ment pour cause de sa grande puis­sance électorale qu’il a été empê­ché de par­ti­ci­per aux élections et qu’il a subi toutes sortes de manoeu­vres poli­tico-juri­di­que que fina­le­ment lui ont laissé com­plè­te­ment hors jeux. Mais ni Lula, ni le PT, veule outre chose qui la pos­si­bi­lité de gou­ver­ner, d’admi­nis­trer la crise, de cons­truire une gou­ver­ne­men­ta­lité. Il se trouve qu’une bonne partie de la classe domi­nante a décidé de cher­cher un autre chemin en sou­te­nant Bolsonaro. Le PT et Lula et le lulisme ne sup­po­sait cela pos­si­ble. Ils ont cru pou­voir convain­cre les divers sec­teurs du capi­tal que sa gou­ver­ne­men­ta­lité était la meilleure option pos­si­ble et pour cela toutes les conces­sions ont été faites. Le PT et la plu­part de ses diri­geants n’ont une autre poli­ti­que a pré­sen­ter, d’autant plus que le PT a fait le plus grand banc de dépu­tes pour la pro­chaine période. Serge Moro a réa­lisé un tra­vail énorme avec l’aide des autres appa­reils et de la Globo, mais il n’a pas réussi a détruit le PT, même pas à Lula.

Dans l’ensem­ble des fac­teurs qui expli­quent la vic­toire de l’extrême droite, il ne faut pas de tout fermé les yeux au rôle que les fac­teurs juri­di­ques ont pris dans la crise actuelle, parce que tout sim­ple­ment, ils mar­quent une nou­velle étape dans cons­truc­tion de la domi­na­tion du capi­tal finan­cier aussi en Amérique Latine. Le Brésil a été un nou­veau labo­ra­toire pour la tota­lité de ce conti­nent, après le Paraguay, la Colombie, les essais en Équateur, en Haïti et en Amérique Central. Les pro­mo­teurs de la nou­velle forme d’orga­ni­ser des « coups d’états » sans l’inter­ven­tions direc­tes des forces armées, sont en train d’adap­ter l’appa­reil juri­di­que inter­na­tio­nal aux « sauve qui peut sa vie » du néo­li­bé­ra­lisme extré­miste. Dans le cas du Brésil cette poli­ti­que semble aller vers un ultra néo­li­bé­ra­lisme auto­ri­taire qui pré­fère vou­loir garder les formes de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive. Est-ce pos­si­ble visua­li­ser une com­pa­ti­bi­lité entre les formes de démo­cra­tie avec cet ultra­li­bé­ra­lisme ? Ou il serait plus rai­son­na­ble conce­voir que cet ultra neo­li­bé­ra­lisme mène­rait iné­vi­ta­ble­ment à un gou­ver­ne­ment post-auto­ri­taire de type fas­ciste ? Les répon­ses appor­tées à ces ques­tions sem­blent être, jusqu’à ce moment, un peu fra­gile et pri­son­niè­res des modè­les passés.

Mais un fac­teur inou­blia­ble dans ces événements qui ont débou­ché sur la prison de Lula a été le rôle des chaî­nes média­ti­ques, très par­ti­cu­liè­re­ment celle du Réseaux Globe de Télévision. Associée de fait au « projet » de la cons­truc­tion d’une nou­velle forme de domi­na­tion au Brésil et, par consé­quence à la cons­truc­tion d’une hégé­mo­nie, la Globo a repro­duit sys­té­ma­ti­que­ment les infor­ma­tions « prou­vées » pas des confes­sions basées sur les « déla­tions pri­mées » et l’appli­ca­tion du law­fare importé des États-Unis par l’équipe du jugé Sergio Moro et de la Lava Jato. Bien sûr, il y a eu aussi, de la parte de la Globo de Télévision, beau­coup d’oppor­tu­nisme pour faire aug­men­ter son audience natio­nale. A chaque nou­velle « infor­ma­tion » le nombre de bré­si­liens devant les appa­reils de télé­vi­sion aug­men­tait. Par consé­quence et à partir de ce pro­ces­sus il y a la ques­tion que ne veut pas se faire oublier : quelle est la valeur que peut avoir les « preu­ves » déduite des « aveux » qui visent se faire « libé­rer » ? Quelle était le but envi­sagé pour qu’un juge de pre­mière ins­tance de faire dif­fu­ser ces « aveux » de manière spec­ta­cu­laire par la plus grande chaîne de télé­vi­sion du pays ? Quelle est la valeur que peut-on attri­buer à ses infor­ma­tions per si, et quelle est sa fonc­tion en consi­dé­rant la manière que la Globo (et les autres chaî­nes aussi), les a dif­fu­sées ?

Enfin, pour expli­quer le succès de Jair Bolsonaro dans les élections pré­si­den­tiel­les de 2018, il faut, sans aucun doute, insis­ter sur le rôle de la com­mu­ni­ca­tion dans la cons­truc­tion des « idées faus­ses » et comme elles sont cons­trui­tes pour deve­nir des « idées vrais » sur les faits, sur les phé­no­mè­nes et sur les acteurs de l’his­toire immé­dia­tes. Il faut penser aux rela­tions entre­prisse entre ses idées, la men­ta­lité de chaque grou­pe­ment social et de l’idéo­lo­gie domi­nante d’une époque. Dans l’époque actuel à la télé­vi­sion, à la radio il faut ajou­ter les nou­vel­les tech­ni­ques qui ne seront jamais neu­tres. Une bonne partie des médias de l’infor­ma­tion comme la Globo et la Folha de São Paulo ont rester depuis long­temps en appuient les forces poli­ti­ques de centre droite. Maintenant comme leurs can­di­dat Aécio Neves sou­tenu Bolsonaro elles entre­pren­nent une dis­crète oppo­si­tion au pro­chain gou­ver­ne­ment.

Bolsonaro et le carac­tère de son futur gou­ver­ne­ment

À partir d’ici, toute dis­cus­sion, à savoir si Bolsonaro repré­sente l’expres­sion du fas­cisme, s’il est fas­ciste, peut nous mener très loin dans la spé­cu­la­tion. Il faut tou­jours essayer de pren­dre des concepts qui se réfè­rent aux théo­ries. Mais il faut aussi repren­dre et consi­dé­rer com­ment une partie du peuple plus « poli­tisé » l’uti­lise. Définir Bolsonaro comme fas­ciste est devenu l’abo­mi­ner, l’abhor­rer, le mau­dire avec un très mau­vais mot. C’est dési­gner un être que ces gens ne veu­lent pas de tout voir parce qu’ils le consi­dè­rent comme un per­son­nage exé­cra­ble.

Bien sûr, il y a toute une tra­di­tion qui consi­dère le fas­cisme d’abord comme une rela­tion sociale typi­que­ment pro­duite par la domi­na­tion du capi­tal finan­cier. Dire que Bolsonaro a des traits clai­re­ment fas­cis­tes dans sa per­son­na­lité et dans ses idées, n’est pas suf­fi­sant pour le carac­té­ri­ser en tant que tel. Cela ne va pas aider à voir com­plè­te­ment claire si les obser­va­teurs croient trou­ver, encore aujourd’hui, les expres­sions empi­ri­ques du fas­cisme ita­lien ou du nazisme alle­mand au Brésil. Peut-être est-il pos­si­ble de dire que Bolsonaro est lui-même un fas­ciste qui ne se réclame de ce mou­ve­ment cons­ciem­ment ou qu’il est un fas­ciste « incons­cient ». Il y a des mou­ve­ments « para mili­ciens » qui s’orga­ni­sent autour de lui que semble les grou­pe­ments fas­cis­tes mus­so­li­niens. Toutefois ils ne sont pas nom­breux, même si à eux on peut ajou­ter des sec­tions de la police civile de Rio de Janeiro, ou des sec­teurs de la Police Militaire. Son parti, le PSL (Parti Social Libéral) fondé pour pou­voir dire qu’il était dans un nou­veau parti sans cor­rup­tion, a réussi à élire 52 dépu­tés. Mas il n’y a pas de réflexion poli­ti­que là-dedans. Il s’agit d’une agglo­mé­ra­tion oppor­tu­niste basée sur la pré­sence de 21 poli­ciers qui ren­trent ainsi dans la poli­ti­que, comme par des mili­tai­res retrai­tés. C’est un sigle à louer. La com­po­si­tion qui pourra lui rendre ser­vice à l’Assemblée Nationale est connu par le sigle BBB (Boeuf, Bible et Bale), c’est-à-dire, les dépu­tés et séna­teurs liés aux éleveurs, a ceux de l’église évangélique et à ceux qui sont ou poli­ciers ou mili­tai­res.

Ils sont en train de séduire une frac­tion de la classe domi­nante bré­si­lienne prête à s’asso­cier à ce grand capi­tal finan­cier inter­na­tio­nal sans avoir aucun com­plexe étique ou poli­ti­que par rap­ports au destin de la nation, de sa richesse, ou au destin du peuple bré­si­lien. C’est-à-dire, cela marche dans le contre­sens de l’une des carac­té­ris­ti­ques majeu­res du fas­cisme : le natio­na­lisme exa­cerbé. Il n’existe pas de tout dans le « projet » de Bolsonoro, ni de son gou­ver­ne­ment en cons­truc­tion. De toutes les maniè­res, il n’y a pas de place pour l’exis­tence d’un mou­ve­ment nazi ou fas­ciste à la mode des années 1930. La grande pré­sence de plu­sieurs mili­tai­res dans tous les échelons de son futur gou­ver­ne­ment n’est pas suf­fi­sante pour le carac­té­ri­ser comme fas­ciste. Bien entendu, tout cela peut chan­ger. Ils pour­ront acqué­rir un carac­tère fas­ciste clair, mais pour cela il fau­drait qu’ils chan­gent leur poli­ti­que inter­na­tio­nale qui n’a rien de « natio­na­liste ». Ils veu­lent deve­nir plutôt les che­va­liers ser­vants de l’Oncle Sam, ou son cousin le plus gentil. Ils ne se sont pas basés dans des bandes armées. Elles exis­tent et fonc­tion­nent, mais pas d’une manière orga­ni­que, ni cen­tra­li­sées par « l’état-major » de ce gou­ver­ne­ment qui se cons­ti­tue. Celui-ci semble beau­coup plus par­ti­san de rendre les riches­ses du Brésil à l’exploi­ta­tion du grand capi­tal inter­na­tio­nal. À partir de cela le statut de sou­ve­rai­neté natio­nale pourra dis­pa­raî­tre dans son essence. Le Brésil pourra deve­nir une colo­nie encore plus subor­don­née, même si pour cela est sacri­fiée com­plè­te­ment sa sou­ve­rai­neté. Le projet du PSDB de Fernando Henrique Cardoso, plus a droite que celui du PT, n’arri­vait pas à ce niveau. Le projet du PSDB était d’être asso­cié – et asso­cier une frac­tion impor­tante de l’élite bré­si­lienne – à part entière à la repro­duc­tion élargie du capi­tal. C’est-à-dire, au même niveau qui les frac­tions domi­nan­tes du grand capi­tal finan­cier inter­na­tio­nal. Le projet de la frac­tion qui a pris le pou­voir avec Bolsonaro semble avoir com­plè­te­ment abdi­quer de cette vel­léité.

Il y a encore de ceux qui veu­lent voir en Bolsonaro un leader popu­liste, un popu­liste d’extrême droite. Sur cette ques­tion aussi la dis­cus­sion pourra nous amener très loin. Il fau­drait tra­duire, encore une fois, la dis­cus­sion concep­tuelle et la rame­née aux pro­ces­sus sociaux contem­po­rains. De toute façon, une chose est cer­taine : si Bolsonaro pou­vait être pris comme un exem­ple de popu­liste, il fau­drait être sûr que, néan­moins, il n’est pas vrai­ment popu­laire. Cela serait la der­nière chose qu’on puisse vrai­ment carac­té­ri­ser Bolsonaro, malgré son résul­tat électoral, parce que ce résul­tat, est, en quel­que sorte, très arti­fi­ciel et cir­cons­tan­ciel. En plus de tous les appa­reils poli­ti­que et idéo­lo­gi­ques qui vou­laient le chan­ge­ment au niveau gou­ver­ne­men­tal, le PT lui-même a commis des erreurs impor­tan­tes qui se sont tra­dui­tes par une rigi­dité dans son com­por­te­ment imposé par sa bureau­cra­tie qui vit des élections en géné­ral et des syn­di­cats et des places diver­ses dans les appa­reils de l’ins­ti­tu­tion du pou­voir de la République Fédérative. Cela com­mence avec les conseillers muni­ci­paux, les dépu­tés et les gou­ver­neurs de chaque état de la fédé­ra­tion, les dépu­tés fédé­raux, les séna­teurs et la pré­si­dence de la répu­bli­que.

L’action per­for­mante des fakes news : il y avait un ter­rain favo­ra­ble

L’époque de la domi­na­tion du capi­tal finan­cier en son étape mon­dia­li­sée et néo­li­bé­rale a été syn­chro­nisé avec l’épanouissement des intel­li­gen­ces tech­ni­ques et de leurs per­for­man­ces dans plu­sieurs domai­nes de la com­mu­ni­ca­tion. L’ère des robots, des ordi­na­teurs, de l’inter­net, des smart­pho­nes est deve­nue celle de la fin du domaine privé. Tout le monde peut être « envahi » par le « vraies » et par les « faus­ses » infor­ma­tion et idées. L’his­toire réelle mon­diale est devenu par excel­lence un ter­rain de mani­pu­la­tion per­ma­nente. L’être humain a dépassé le stage de la para­noïa et vit dans une sorte de psy­chose col­lec­tive plus ou moins accen­tuée ce qui fait que même ceux qui pro­dui­sent les fal­si­fi­ca­tions et les mani­pu­la­tions de l’his­toire et des pro­ces­sus sociaux en cours ne savent plus les limi­tes entre la réa­lité et leurs machi­na­tions. Clausewitz aurait dit que « dans une guerre la pre­mière vic­time est la vérité ». En effet la vie s’écoule au milieu d’une guerre qui est dans une grande mesure, une guerre média­ti­que. Il est pos­si­ble admet­tre qu’à l’époque de la domi­na­tion du capi­tal fictif, l’huma­nité soit en marche vers un sem­blant de vie réel­le­ment cons­ciente. La vie en société a déjà bondi le stage de la « fausse cons­cience » pour cons­ti­tuer une sorte d’absence de « cons­cience réelle » pres­que per­ma­nente. Cela est bien vrais, en tout cas, pour une bonne partie de la popu­la­tion et com­pris de la soi-disant classe moyenne. Les der­niè­res élections bré­si­lien­nes sont bien une preuve de cela.

La stra­té­gie uti­li­sée par l’entre­prise amé­ri­caine qui a été payée par les entre­pre­neurs « bré­si­liens » et inter­na­tio­naux qui ont sou­tenu Bolsonaro devient de plus en plus claire. Elle a visé cer­tai­nes ques­tions et cer­tai­nes cou­ches de la socié­tés bré­si­lien­nes. Elle a touché à une bonne partie de la classe moyenne qui a un diplôme uni­ver­si­taire. En plus de la vio­lence urbaine – qui depuis long­temps a été trans­for­mer en un « être méta­phy­si­que », pour lequel il n’y a que des causes immé­dia­tes (les ban­dits des fave­las), cette ques­tion ajou­tée au manque de crois­sance économique et d’oppor­tu­ni­tés de tra­vail a été très exploi­tée comme les résul­tats, non pas d’une crise capi­ta­liste mon­diale dans son expres­sion par­ti­cu­lière au Brésil, mais sur­tout causée par les gou­ver­ne­ments du PT. La cor­rup­tion a été asso­ciée à la des­truc­tion des oppor­tu­ni­tés pour la classe moyenne qua­li­fiée.

Dans ce contexte l’exploi­ta­tion du cas de la Petrobras asso­ciée à la soi-disant « cor­rup­tion géné­ra­li­sée dans le PT » a été bien accepté par une impor­tante frac­tion de ce groupe social des grands et moyens cen­tres urbains qui a voulu croire à la « vérité des fakes news ». Différemment des clas­ses les plus pau­vres de la société pour qui l’appa­reil des églises évangéliques ont été les plus impor­tan­tes pour dif­fu­ser des « fakes news », les clas­ses moyen­nes urbai­nes ont « pré­féré » croire aux « faus­ses nou­vel­les » qui sont arri­vées par l’appli­ca­tion whats app, twit­ter, ins­ta­gram ou encore par le face­book de leurs tablet­tes, ordi­na­teurs ou smart­pho­nes.

Une des moti­va­tions qui a été exploité par les « fakes news » - celles-ci au même temps par les églises pen­te­cô­tis­tes et par les « robots » -, a été la libé­ra­li­sa­tion des mœurs sou­te­nue par la gauche en géné­ral et par le PT pen­dant plus des deux der­niè­res décen­nies de son exis­tence. C’est vrai que plu­sieurs cou­rants à l’inté­rieur du PT à partir de la fin des années 1990 sou­te­nait le déclin numé­ri­que et une sorte d’adap­ta­tion de la classe ouvrière tra­di­tion­nelle à la réces­sion capi­ta­liste. La classe qui a été à la base de la fon­da­tion du PT deve­nait conser­va­trice de ce qu’elle avait acquis dans le sys­tème. Dans les 20 der­niers années il y a eu très peu de grèves des ouvriers d’usines en géné­ral, comme dans celles de la Petrobras ou dans les Complexes Pétrochimiques, ou encore dans l’auto­mo­bile, pour rester dans les sec­teurs où cette classe est puis­sante. Une bonne partie de la gauche, et par­ti­cu­liè­re­ment le PT, dès l’an 2000 a été de sou­te­nir les mou­ve­ments sociaux (Sans Terre, Sans Toit, le mou­ve­ment des noirs, des indiens, le mou­ve­ment des étudiants), et ainsi les mou­ve­ments sociaux nou­veaux comme LGBT. Si d’un côté, ces mou­ve­ments dans le désir de s’affir­mer posent leurs reven­di­ca­tions comme les plus légi­ti­mes, les plus urgen­tes, les plus néces­sai­res, de l’autre côté, le PT et la gauche, en subis­sent les pres­sions et dans le besoin de rester hégé­mo­ni­ques, n’ont pas pris soin de trou­ver les ban­niè­res qui pour­raient uni­fier leurs com­bats à ceux de la classe ouvrière et des sala­riés en géné­ral.

Si cela est vrai, le Mouvement ELE NÃO – PAS LUI) des femmes et des LGBTs qui a ras­sem­blé des mil­lions de per­son­nes à la veille du deuxième tour, a pro­vo­qué au même temps la haine de ces églises et des sec­teurs les plus tra­di­tion­nels de la société bré­si­lienne. Cette action a été ren­for­cée par les « fakes news » de l’extrême droite. Il y a eu des mil­lions de « faus­ses nou­vel­les » comme par exem­ple, celle que disait qui Fernando Haddad avait fait dis­tri­buer des « pénis bibe­rons » pour sti­mu­ler la pédo­phi­lie. Les consé­quen­ces se sont véri­fiés le len­de­main dans les son­da­ges que signa­laient qui le can­di­dat de l’extrême droite avait aug­menté le nombre des inten­tions de vote. Haddad avait fait une montée bien plus dis­crète.

Cette brèche entre la classe ouvrière et le mou­ve­ment fémi­niste et des LGBTs, avait été exploi­tée déjà dans les élections amé­ri­cai­nes en don­nant la vic­toire à Donald Trump. Steve Bannon était consi­déré un stra­tège de Trump avant même que celui-là ne rentre en cam­pa­gne pour les élections pré­si­den­tielle. Dans cette cam­pa­gne il a uti­lisé les don­nées sur la popu­la­tion de Cambridge Analytics, une entre­prise d’ori­gine bri­tan­ni­que d’ana­lyse de donnés de la poli­ti­que. Pour faire élire Trump, à tra­vers CA, Bannon a réussi à avoir 50 mil­lions de pro­fils Facebook qui ont été uti­li­sés pour ache­mi­ner les fakes news contre Hilary Clinton. Au Brésil, un des fils de Bolsonaro, Eduardo Bolsonaro qui vient d’être élu député fédé­ral, a eu des contacts avec Bannon qui a démon­tré sa grande sym­pa­thie pour Bolsonaro. Même si c’est dif­fi­cile de mesu­rer d’une manière quan­ti­ta­tive l’impact que les fakes news ont eu dans les élections bré­si­lien­nes, de même que sur celles des EUA, tout le monde a senti la pré­sence mas­sive de ces « faus­ses nou­vel­les », d’autant plus que le can­di­dat Bolsonaro n’avait pas beau­coup de temps de publi­cité à la radio et à la télé­vi­sion bré­si­lien­nes et qu’il n’a par­ti­cipé aux débats, tel­le­ment il se sen­tait moins pré­paré que Haddad. Au Brésil les fakes news ont été dif­fu­sées sur­tout par l’appli­ca­tion whats app des smart­pho­nes. C’est un sys­tème beau­coup plus blindé que Facebook, par exem­ple, ce qui fait la dif­fi­culté pour décou­vrir de l’iden­tité de qui a donné nais­sance aux fakes news. Un procès a été ouvert contre la can­di­da­ture de Bolsonaro qui a plus de 24 irré­gu­la­ri­tés déjà signa­lées par le STE (Tribunal Électoral Supérieur). Tout au moins, l’espace d’ori­gine de robots canons de « faus­ses nou­vel­les » a été iden­ti­fié. Ils sont ins­tal­lés aux EUA. Tous les réseaux sociaux ont rendu des rap­ports à la jus­tice électorale bré­si­lienne, moins l’entre­prise qui contrôle le whats app.

Par là il faut déduire quel­ques éléments nou­veaux. Si les fakes news ne peu­vent pas expli­quer le résul­tat des élections, c’est sans ombre de doute qu’elles ont pesé lour­de­ment. Leur effet per­for­mant est dû à des fac­teurs objec­tifs, mais aussi comme consé­quence de l’exis­tence d’un ter­rain sub­jec­tif favo­ra­ble ou qui deman­dait cela. Aujourd’hui, pour le bien et pour le mal, les « nou­vel­les tech­no­lo­gies » et les soi-disant « réseaux sociaux » jouent un rôle très impor­tant pour façon­ner l’opi­nion poli­ti­que d’une popu­la­tion si large que celle du Brésil. Elles ont changé les anciens para­dig­mes d’infor­ma­tion, de com­mu­ni­ca­tion et d’éducation des gens. Cela n’est pas de tout contour­na­ble. Toutefois, ni les mou­ve­ments sociaux et ni la gauche n’uti­lise à la hau­teur du besoin la com­mu­ni­ca­tion rapide des nou­veau réseaux sociaux. Si les grands moyens de com­mu­ni­ca­tion ne repro­dui­saient pas d’une manière satis­fai­sante les infor­ma­tions des quo­ti­diens pour­quoi ne pas uti­li­ser ces méca­nis­mes et non pas uni­que­ment dans le moment des élections ?

De toute manière, un renou­vel­le­ment de la forme du mili­tan­tisme s’est pro­duit en raison de la pola­ri­sa­tion dans ces élections. Alors les mili­tants à gauche et à l’extrême gauche ou les citoyens les plus enga­gés dans la poli­ti­que, ont uti­li­sés les whats app, face­book, twit­ter, ins­ta­gram, etc., pour repro­duire les arti­cles des jour­naux, avec des images, des films, etc. des cher­cheurs, des mili­tants eux-mêmes. Cela est un phé­no­mène par­ti­cu­lier qui peut indi­quer un chan­ge­ment impor­tant de com­por­te­ment venu pour rester. Sans aucun doute, il y a une dif­fé­rence entre les fakes news et les dis­cours des chaî­nes de télé­vi­sion et les grands jour­naux de clas­ses domi­nan­tes. Les pre­miè­res n’ont pas comme prio­rité la cons­truc­tion d’une hégé­mo­nie. Elles visent des effets immé­diats, bien que les résul­tats de leurs cons­truc­tions puis­sent être incor­po­rée à l’élaboration de l’idéo­lo­gie de l’extrême droite et de son pré­si­dent qui vient d’être élu. Les « infor­ma­tions » au moins d’une partie impor­tante des moyens de com­mu­ni­ca­tion visent d’abord infor­mer, le mieux pos­si­ble, à l’ensem­ble des clas­ses domi­nan­tes pour orien­ter leur domi­na­tion et d’une manière conco­mi­tante, cons­truire une hégé­mo­nie sous l’ensem­ble de la popu­la­tion et des tra­vailleurs.

Voilà quel­que chose qui pour­ras avoir trouvé une fin dans le Gouvernement de Bolsonaro. Il semble avoir com­mencé une guerre juri­dico-finan­cière et peut-être phy­si­que contre les moyens de com­mu­ni­ca­tions, sem­bla­ble à celle que Donald Trump aux États Unis. Comme il a des rap­ports pri­vi­lé­giés avec les églises évangéliques qui ont leurs pro­pres chaî­nes de télé­vi­sion, peut-être est-il en train de miser dans cette direc­tion aussi. Sous tous ces aspects, il pro­cède exac­te­ment comme Donald Trump : il nomme ses minis­tres en uti­li­sant twit­ter et en uti­li­sant les réseaux sociaux. Par cette manière – qui est assez déma­go­gi­que, il se fait un style dif­fé­rent de com­mu­ni­ca­tion directe et donne l’impres­sion qui son but est, en plus, faire des économies.

Le manque des moyens de com­mu­ni­ca­tion pro­pres à la gauche

Il faut se deman­der pour­quoi le PT et le reste de la gauche, mais aussi pour­quoi les mou­ve­ments sociaux indé­pen­dants des partis de gauche, n’ont pas réussi encore à struc­tu­rer des jour­naux, des réseaux de télé­vi­sion et de radio ? Les églises évangéliques ont une énorme quan­tité de radios et de télé­vi­sions et même la deuxième plus impor­tante parmi celles-ci. Dès l’époque de Lula, le PT disait qu’il allait réa­li­ser un gou­ver­ne­ment capa­ble de dis­pu­ter l’hégé­mo­nie, mais rien n’a été fait, de telle sorte qu’aujourd’hui ceux qui sont du côté d’une véri­ta­ble démo­cra­tie ont tou­jours besoin de s’infor­mer des évènements, sur­tout dans véhi­cu­les d’infor­ma­tion des clas­ses domi­nan­tes dont les hauts diri­geants des églises évangéliques font partie.

Ceux du « haut » pen­sent savoir quoi et com­ment faire

Les résul­tats expri­més en voix, sont l’illus­tra­tion de la gra­vité de la situa­tion : la crise poli­ti­que a une allure de crise per­ma­nente. Le centre, le centre-droit, la droite ont été pul­vé­ri­sés. Est-ce que le centre-gauche et la gauche seront capa­ble de com­bler ce vide ? Est-ce que le gou­ver­ne­ment de l’extrême droite réus­sira cons­ti­tuée un gou­ver­ne­ment solide pour affron­ter cette crise ? Il s’agit d’une crise à peine conjonc­tu­relle ou au contraire une crise beau­coup plus pro­fonde ? À consi­dé­rer son côté économique, il ne s’agit pas de tout d’une crise conjonc­tu­relle. Toutefois, si l’on consi­dère son niveau poli­ti­que elle n’est pas non plus une crise conjonc­tu­relle. Tous les dis­cours por­tant pré­ten­du­ment sur l’élimination du défi­cit bud­gé­taire et la réforme des retrai­tes, se voient contre­dits devant l’impor­tance de la dette publi­que. Ainsi, la réforme envi­sa­gée doit pro­fi­ter au capi­tal finan­cier. Mais à quel coût social ? Selon cer­tai­nes sta­tis­ti­ques 44% des dépen­ses de sécu­rité sociale de l’Union cor­res­pon­dent aux forces armées qui, non pas par hasard, sont oppo­sées à la pri­va­ti­sa­tion de toute la Petrobras.

Dans cer­tai­nes condi­tions des contra­dic­tions entre les frac­tions domi­nan­tes des clas­ses domi­nan­tes finis­sent pour trans­pa­raî­tre dans les médias. En ce moment au Brésil, la Globo, par exem­ple, après l’élection de Bolsonaro, a pro­duit des repor­ta­ges sur des ques­tions polé­mi­ques de son « projet de gou­ver­ne­ment » comme un façon d’exer­cer une pres­sion sur lui et son staff. Ils pro­cè­dent d’une manière assez dis­crète et seu­le­ment ceux qui prê­tent très atten­tions sont capa­bles de s’en aper­ce­voir. Depuis qu’il a réussi les élections il a annoncé la sup­pres­sion de l’ancien minis­tère du tra­vail qui a 88 ans. Mais il est revenu en arrière. La même chose par rap­port à la sépa­ra­tion du Ministère de l’Agriculture et celui de l’Environnement. Il vient d’annon­cer qu’ils seront main­te­nus. Soit, ils sont perdus et ne savent pas ce qu’ils veu­lent, soit ils recu­lent en fonc­tion des pres­sions par­ti­cu­liè­re­ment des moyens de com­mu­ni­ca­tions.

Un autre exem­ple qui éclaire le com­por­te­ment du gou­ver­ne­ment de tran­si­tion peut être saisi dans le cas du bilan très posi­tif de la lucra­tive com­pa­gnie Petrobras (6 mil­liards de reais en trois mois), mais qui est consi­dé­rée pour eux comme défi­ci­taire. Ils ont choisi, il semble main­te­nant, de vendre ce qui reste de la Petrobras petit à petit. Même chose par rap­port au BNDES (Banco Nacional de Desenvolvimento Econômico e Social) qui a eu un profit de 4,7 mil­liards de reais au pre­mier semes­tre de 2018 et une crois­sance de 178% (2,7 mil­liards de reais) pen­dant le deuxième tri­mes­tre. Il s’agit d’une banque étatique. Elle se trouve mena­cée de dis­pa­raî­tre comme la Banque du Brésil que le pro­chain super minis­tre de l’économie veut fusion­ner avec la Bank of America.

D’autres médias comme le jour­nal FOLHA DE SÃO PAULO, publient des arti­cles qui met­tent en cause les pro­jets du pro­chain gou­ver­ne­ment. Mais comme le réseau Globo, ils essaient de trai­ter ces ques­tions en évitant de les trai­ter direc­te­ment par rap­port au futur gou­ver­ne­ment. Il y a un nombre consi­dé­ra­ble de revues on line, mais la gauche n’a pas réussi à cons­truire un grand jour­nal, ni à avoir un réseau de radios, ni une chaîne a soi capa­ble de concur­ren­cer un tant soit peu la machine du grand capi­tal.

Tout cela serait moins « com­plexe » s’il n’y avait pas eu une crois­sance de la vio­lence poli­ti­que, des essas d’impo­si­tions d’une cen­sure au tra­vail des pro­fes­seurs, une inva­sion des uni­ver­si­tés, des syn­di­cats, etc. par des agents et par des forces poli­ti­ques ali­gnées sur la « poli­ti­que bol­so­na­riste ». Il y a en ce moment une grande confu­sion sans bornes dans le choix de la com­po­si­tion du nou­veau gou­ver­ne­ment. Il y a aussi des atta­ques impor­tan­tes et de forts accro­cha­ges entre le nou­veau pré­si­dent et les grands médias après les élections. Dans une de ses confé­ren­ces de presse il n’a pas permis que soient pré­sents, ni le Journal O Globo, ni O Estado de São Paulo, ni la Folha de São Paulo, celui qui a fait la dénon­cia­tion des fakes news de Bolsonaro contre le PT.

Il y a eu déjà des mani­fes­ta­tions d’irri­ta­tions des entre­pre­neurs qui l’ont sou­tenu parce qu’ils n’arri­vent pas à parler direc­te­ment avec le nou­veau Bonaparte. Plusieurs conflits se sont ins­tal­lés dans cette période de tran­si­tion vers le pro­chain gou­ver­ne­ment au mois de jan­vier, entre les asso­ciés de Jair Bolsonaro. Le coup le plus dur a été le vote de l’aug­men­ta­tion de la rému­né­ra­tion des minis­tres du STF qui doit dépas­ser les limi­tes de leurs rému­né­ra­tions en aug­men­tant les dépen­ses du Gouvernement de plus ou moins 6 mil­liards de reais. Bolsonaro avait demandé aux Ministres de ne pas voter cette aug­men­ta­tion, chose qu’ils n’ont pas faite et ont envoyé la pro­po­si­tion aux dépu­tes et aux séna­teurs pour qu’ils approu­vent. En géné­ral cela se fait parce que ces der­niers pro­fi­tent pour aug­men­ter leurs pro­pres rému­né­ra­tions. Alors, Bolsonaro doit encais­ser déjà un coup poli­ti­que et com­men­cer son Gouvernement avec le pro­blème de résou­dre l’impact de cette aug­men­ta­tion géné­ra­li­sée dans le budget qu’il aurait pour gou­ver­ner. D’autres conflits « mineurs » sont appa­rus, comme par exem­ple, celui d’un des entre­pre­neurs qui ont aidé à orga­ni­ser la « machine à fakes news » uti­lisé par la cam­pa­gne de Bolsonaro, qui vient de deman­der sa démis­sion du grou­pe­ment qui l’entoure. Les rai­sons n’ont pas été expli­quées.

Il dit à tout moment que, même s’il n’a pas les meilleu­res capa­ci­tés, Dieu lui don­nera ce qu’il faut. Il y a eu des gros­ses mani­fes­ta­tions à São Paulo et à Rio de Janeiro le len­de­main même des résul­tats des élections et celle de São Paulo a été répri­mée. Alors, ce qu’on voit c’est bien la conti­nuité d’une crise poli­ti­que et économique à laquelle le nou­veau gou­ver­ne­ment, sans doute, au lieu appor­ter des méca­nis­mes pour l’amoin­drir, fait déjà juste l’opposé avant même d’être investi. Il veut sérieu­se­ment la libé­ra­li­sa­tion du port d’armes. Il veut l’accrois­se­ment de la répres­sion dans les rues, mais aussi dans les fave­las. Les gens qui y habi­tent savent que cela va signi­fier une aug­men­ta­tion ver­ti­gi­neuse du nombre d’inno­cents morts qui est déjà très haut, com­pa­ra­ble à celui des guer­res civi­les ailleurs. De l’autre côté, les scien­ti­fi­ques, mais aussi une bonne partie de la popu­la­tion plus poli­ti­sée, savent qu’aucune de ces mesu­res ne touche aux causes des pro­blè­mes. D’où vient l’argent qui finance la pro­duc­tion des dro­gues ? Est-ce que les tra­fi­quants des fave­las de Rio de Janeiro ont des moyens pour pro­duire en masse la cocaïne, l’héroïne, le crack ? Si elles vien­nent d’ailleurs pour­quoi des mesu­res adé­qua­tes ne sont pas prises en uti­li­sant lar­ge­ment le ren­sei­gne­ment pour com­bat­tre le trafic ? Qui inves­tit au Brésil, au Pérou, en Colombie ou ailleurs dans la pro­duc­tion ou dans le trans­port des dro­gues ? Est-ce pos­si­ble avoir l’exis­tence du trafic des dro­gues sans avoir celui des armes ? Est-ce que ces inves­tis­seurs se trou­vent dans les fave­las ? Ou est-ce qu’une partie de la pro­duc­tion est finan­cée par l’argent « noir » du capi­tal finan­cier même qui est dans les mains des ban­quiers, chez des poli­ti­ciens et chez les ban­quiers de tous bords, mêlés au trafic des armes, à la pros­ti­tu­tion, au tou­risme sexuel ? Enfin, pour­quoi la pointe qui finance la pro­duc­tion n’est jamais prise ?

L’exis­tence d’une masse gigan­tes­que de capi­taux qui ne peu­vent s’inves­tir dans des pla­ce­ments à ren­de­ments rapi­des pour satis­faire la volupté très par­ti­cu­liè­re­ment des ban­quiers, n’est pas rap­pe­lée par les jour­na­lis­tes, par exem­ple. Il est plus au moins de la connais­sance de cer­tains milieux qu’il y a quel­que chose comme plus d’un mil­liard de dol­lars prêts à être jeté dans l’économie et qui se trou­vent para­ly­sés. Aucun des pro­prié­tai­res de ces capi­taux ne pense inves­tir pour « sauver » la sécu­rité sociale, mais au contraire, ils veu­lent créer des moyens ins­ti­tu­tion­nels pour pou­voir exploi­ter la masse d’argent accu­mu­lée des contri­bu­tions des sala­riés. C’est bien la même logi­que qu’expli­que qu’une bonne partie de ces inves­tis­se­ments sont dépla­cés vers le trafic de la drogue, par exem­ple, ou vers celui des armes, etc. Le Brésil est aussi un pro­duc­teur d’arme­ments et il y a de ceux qui disent que Bolsonaro a des inves­tis­se­ments dans la pro­duc­tion de l’usine Taurus et ses actions ont aug­men­tées en 400%.

[1]Le pre­mier pré­voit la déli­vrance de reçus en votant dans les urnes électroniques, le second étend le béné­fice de l’exemp­tion de l’IPI (Impôt sur les Produits Industrialisés) pour les pro­duits infor­ma­ti­ques et le troi­sième auto­rise l’uti­li­sa­tion de phos­phoé­tha­no­la­mine, une sub­stance connue au Brésil sous le nom "pilule contre le cancer", des recher­ches ont montré que le trai­te­ment n’avait aucun effet sur la mala­die.