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Plan de relance : la cage d’acier de l’UE

ou pourquoi l’Union Européenne doit être détruite.

par Denis COLLIN, le 21 juillet 2020

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Cris de vic­toire des euro­péis­tes, presse déchaî­née comme après une finale de coupe du monde, les mau­vais cou­cheurs scep­ti­ques n’ont qu’à bien se tenir : le sommet de l’UE après 96 heures de négo­cia­tions est un « sommet his­to­ri­que », c’est notre pré­si­dent qui le dit. Et nous sommes sommés d’applau­dir. La vérité est hélas assez dif­fé­rente des dis­cours de la pro­pa­gande, orches­trée par les gou­ver­ne­ments et une presse qui n’a vrai­ment plus rien à envier à celle de feu l’Union Soviétique.
Voyons un peu le détail. Macron et Merkel vou­laient un plan de relance de 1000 mil­liards d’euros, moitié en sub­ven­tions et moitié en prêts (à rem­bour­ser). Mais il fal­lait vain­cre les résis­tan­ces de ceux que jour­na­lis­tes appel­lent « fru­gaux », et donc on ne pou­vait sortir de ce sommet que par un com­pro­mis, selon les bonnes vieilles métho­des.
Nous le savons, la langue de l’UE est la langue des maî­tres, c’est-à-dire l’anglo-amé­ri­cain et les jour­na­lis­tes croient que « frugal » en anglais veut dire la même chose que « frugal » en fran­çais, alors que « frugal » ne dési­gne pas du tout la modé­ra­tion mais plutôt l’ava­rice quand cela carac­té­rise une per­sonne. Les soi-disant « fru­gaux » devraient plutôt être appe­lés « pin­gres », « radins », « avares » ou, en fran­çais clas­si­que, « fesse-mathieux ». Les Pays-Bas, l’Autriche, la Suède, la Finlande et le Danemark ne sont d’ailleurs pas spé­cia­le­ment radins, mais ils défen­dent pied à pied leurs inté­rêts natio­naux égoïstes et ne veu­lent pas payer pour les pays du Sud. Le Sud tra­vaille et les Pays-Bas s’engrais­sent, accueillant les sièges sociaux de Renault-Nissan, de FCA et bien­tôt de l’union FCA-PSA. Du reste, il n’y a rien à repro­cher aux Pays-Bas puis­que leur trans­for­ma­tion en para­dis fiscal a été ava­li­sée par les gou­ver­ne­ments des autres pays. La Finlande, la Suède et l’Autriche ont long­temps été des pays neu­tres, s’épargnant les dépen­ses folles de la guerre froide et ils ont une posi­tion un peu à part, qui évidemment ne peut pas être com­pa­rée, ni par la popu­la­tion ni par le PIB aux pays cen­traux que sont l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne et la Pologne. Quant au Danemark, fort sage­ment, il a refusé d’entrer dans la zone euro et reste donc beau­coup plus libre que les enchaî­nés volon­tai­res de l’euro.
Pour avoir l’aval des pays hos­ti­les au plan de relance, il fal­lait donc d’une part réduire la voi­lure, ce qui fut fait en bais­sant le mon­tant du plan de relance – en fait, c’était une mise en scène qui per­met­tait à Macron de jouer les gros bras, à Merkel de paraî­tre soli­daire et aux gou­ver­ne­ments des Pays-Bas et de l’Autriche de mon­trer leur poids tout rela­tif. Mais cela ne suf­fi­sait pas. Les soi-disant « fru­gaux » aiment l’argent et donc en échange de leur accord, ils béné­fi­cient de sub­stan­tiels rabais sur leur contri­bu­tion au budget de l’UE : ils sont « soli­dai­res » mais non seu­le­ment ne sor­ti­ront pas un sou de leur poche mais même ils en gagne­ront ! Jackpot ! Croyez-vous que cela cha­grine Macron et Merkel ? Pas du tout. Cela leur ser­vira à jus­ti­fier la suite des opé­ra­tions.
Car l’accord sup­pose deux choses. D’une part, les emprunts devront être rem­bour­sés. Les pays qui emprun­te­ront ris­quent fort d’être vite étranglés et de se faire faire le coup du grec (équivalent du coup du lapin en lan­gage euro­péen). Et la troïka a déjà revêtu ses cos­tards de rigueur pour pren­dre l’avion pour Rome, Madrid … ou Paris. En outre, pour ce qui concerne les sub­ven­tions, l’UE se réserve de contrô­ler leur uti­li­sa­tion et notam­ment les condi­tionne aux efforts de « restruc­tu­ra­tion » et de « réforme » accom­plis dans le domaine de la santé et des retrai­tes. Pour vain­cre le Covid, l’UE a une recette magi­que : détruire encore plus les sys­tè­mes de santé !
L’accord enfin sup­pose une baisse du cadre finan­cier plu­rian­nuel (le budget de l’UE), baisse qui affec­tera tout par­ti­cu­liè­re­ment l’aide à l’agri­culture bio­lo­gi­que – bien que le gou­ver­ne­ment fran­çais se féli­cite d’avoir « sécu­risé la PAC » – et les pro­gram­mes de recher­che dans le domaine de la santé ainsi que les fonds des­ti­nés à sou­te­nir la « tran­si­tion énergétique ».
Gageons que tout cette poudre aux yeux n’aura aucun effet réel, que les licen­cie­ments et les fer­me­tu­res d’entre­pri­ses vont se pour­sui­vre à un train d’enfer – on com­mence à parler de 2 mil­lions de chô­meurs sup­plé­men­tai­res en France et non plus un – et que, les pro­fits étant garan­tis, la fac­ture sera payée par les habi­tués, les tra­vailleurs et les retrai­tés.
L’Union Européenne doit être détruite !

Denis Collin – le 21 juillet 2020

Messages

  • Des choses qui devraient être évidentes à comprendre, et pourtant j’entends au tour de moi des commentaires de réjouissent qui me gèlent le sang...

    • Oui, les européistes de gauche sautent de joie ... et racontent n’importe quoi. Les hypohèses les plus optimistes disent que ce plan donnera +0,7% de PIB. Comment nous aurons chuté de 10 à 15% on peut calculer quand on aura retrouvé le niveau de 2019... à la Saint Glinglin ! Nous sommes arrivés au bout du chemin. Maintenant il faut sortir de l’euro, reprendre nos billes et préparer l’avenir pour de bon. Ce ne sera pas facile mais il n’y a pas d’autre solution.
      DC

  • Je me permets d’insister sur un point qui me semble fondamental, celui des prêts.
    Dans cette occurrence il s’agit non pas d’une création monétaire mais d’un emprunt effectué par la BCE (cotée AAA bien sûr) qui ne sera alloué que par l’intermédiaire des banques privées.
    C’est le moyen de continuer à conforter les agioteurs et de ne favoriser que l’offre.
    C’est ajouter du levier à l’austérité par la dette.
    Un moyen existe pour s’en sortir, c’est replacer la création monétaire dans les communs. il faudrait organiser un colloque là-dessus.

  • Pas d’autre solution désormais qu’une sortie rapide et définitive de l’UE !
    Et on ne m’y reprendra plus de voter pour ceux qui, à Gauche, ne proposent pas cette solution.

  • "Quand on a commencé d’étrangler le chat, on le finit" : c’est à peu près ce que faisait dire Pagnol au Papé qui conseillait Ugolin. Il me semble que le "plan financier" en question devrait surtout servir...à asservir un peu plus les populations. Est-ce que les chats —les peuples, les nations— accepteront de mourir où se défendront comme des chats acculés et contraints à la bagarre...et qu’il ne fait pas bon approcher, car ils sont des combattants des plus redoutables. Finalement, est-ce que cela renforcera la dictature de l’UE, en assurant son maintien et sa continuité, ou est-ce que cela conduira à son explosion ? La question, pas facile à assumer mais inévitable, nécessitera que la réponse puisse s’appuyer sur un puissant mouvement de..."chatoyens".
    Méc-créant.
    (Blog : "Immondialisation : peuples en solde"

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