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La Chine, Taïwan et le droit international

ou pourquoi Mélenchon a raison sur ce coup-là

par Denis COLLIN, le 8 août 2022

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Beaucoup de gens y com­pris parmi ses alliés sont tombés sur le dos de Mélenchon en raison de ses décla­ra­tions sur la Chine. Disons-le sans détour : Mélenchon, sur cette affaire-là, a raison. Il a raison tout sim­ple­ment parce qu’il suit le droit inter­na­tio­nal, si faible, si impar­fait et injuste par­fois, mais qui est le seul garde-fou que nous ayons face à la guerre. Depuis plus d’un demi-siècle, la République popu­laire de Chine est reconnue comme le seul État chi­nois légal. Les États-Unis ont confirmé en 1978 cette reconnais­sance. Dès 1971, la RPC a été admise à l’ONU et dis­pose d’un siège de membre per­ma­nent au Conseil de sécu­rité. Taïwan n’est donc qu’une pro­vince chi­noise et évidemment aucun gou­ver­ne­ment ne peut, du point de vue du droit inter­na­tio­nal, avoir des rela­tions offi­ciel­les avec Taïwan. Autrement dit, en se ren­dant en visite offi­cielle à Taïwan, Mme Pelosi a tout sim­ple­ment commis une vio­la­tion grave du droit inter­na­tio­nal. Ni plus ni moins.

C’est évidemment une pro­vo­ca­tion adres­sée au gou­ver­ne­ment de Pékin, qui s’ins­crit dans la ligne amé­ri­caine de har­cè­le­ment contre le pays qui est devenu la pre­mière puis­sance économique mon­diale et dont, sur toute une série de plans, les États-Unis dépen­dent lar­ge­ment. Cette pro­vo­ca­tion est elle-même une partie de la stra­té­gie du chaos que des démo­cra­tes amé­ri­cains pro­meu­vent avec cons­tance, espé­rant que leur supé­rio­rité mili­taire (au moins théo­ri­que) leur per­met­tra de conti­nuer d’impo­ser leur loi au monde entier.

J’entends bien que Taïwan est démo­cra­ti­que (en gros) et que le gou­ver­ne­ment de Pékin ne l’est pas. Mais c’est une affaire entre Chinois qui ne sera réglée que par le peuple chi­nois lui-même. Du reste, Taïwan n’a jamais pro­clamé son indé­pen­dance et entre­tient des rela­tions économiques ser­rées avec la Chine conti­nen­tale. On peut se déso­ler que les autres nations ne se gou­ver­nent pas selon notre opi­nion, mais reconnaî­tre le droit des nations à vivre comme bon leur semble, quel­que scan­da­leuse nous paraisse leur conduite est un des prin­ci­pes fon­da­men­taux de la recher­che de la paix per­pé­tuelle, telle que Kant l’a expo­sée magis­tra­le­ment en 1795 ! Inversement, le « devoir d’ingé­rence » au nom des droits de l’homme, défendu par nos inef­fa­bles Kouchner et BHL n’a jamais été que le dra­peau des guer­res impé­ria­lis­tes qui en vérité n’ont aucun souci des droits de l’homme.

Le 8 août 2022