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Le véganisme ou l’impasse d’une idéologie

par Philippe COLLIN, le 11 février 2018

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Depuis quel­ques mois, émerge un débat de plus en plus enva­his­sant et bien peu équilibré autour de la ques­tion de l’élevage et de l’usage des pro­duits ani­maux, ali­men­tai­res ou pas. Le relais média­ti­que est impres­sion­nant et le réqui­si­toire anti-élevage de la part des jour­na­lis­tes et autres intel­lec­tuels enga­gés, laisse peu de place à une réflexion mais plutôt à un matra­quage sans contra­dic­tion. Seules Jocelyne Porcher et quel­ques autres per­son­na­li­tés sont convo­quées pour « défen­dre l’élevage », mais cela reste mino­ri­taire, la majo­rité des inter­ve­nants pren­nent la parole pour condam­ner l’élevage, pour encen­ser le végé­ta­risme ou le véga­nisme.

Après plu­sieurs cen­tai­nes de mil­liers d’années pour nous autres Sapiens, à nous com­por­ter en omni­vo­res un peu oppor­tu­nis­tes, comme tous les omni­vo­res, au gré de ce que nous trou­vions, nous voici sommés de modi­fier nos habi­tu­des ali­men­tai­res de façon radi­cale et pré­cise : nous devons cesser de consom­mer de la viande, et en pro­lon­geant l’injonc­tion, de cesser d’uti­li­ser les ani­maux pour quel­que usage que ce soit à notre profit.

Aucune place ou si peu pour expli­quer com­ment notre société s’est déve­lop­pée depuis le néo­li­thi­que avec l’élevage. Aucune place non plus pour essayer de com­pren­dre la vie avec et contre les ani­maux depuis que Sapiens est Sapiens.

Étonnant et pour­tant si peu !

Pour enle­ver tout doute s’il en sub­sis­tait un, je ne vais pas main­te­nant me livrer à la défense d’une agri­culture dont je com­bats les orien­ta­tions et la plu­part des pra­ti­ques depuis bien­tôt 40 ans. Néanmoins, pour­quoi ces ques­tions, que per­sonne ne se posait aupa­ra­vant, arri­vent sur la scène média­ti­que aujourd’hui et pas lors des pre­miers scan­da­les ali­men­tai­res se firent jour ?

Les éleveurs de ce qui ensuite devint la Confédération pay­sanne se révol­tè­rent au début des années 70 contre la pra­ti­que des hor­mo­nes que leurs com­man­di­tai­res et leurs inté­gra­teurs leur impo­saient. À l’époque, pas de remise en cause de l’élevage.

De même lors­que la connais­sance de l’élevage de pou­lets aux hor­mo­nes et à la farine de pois­sons dans les années 60 est deve­nue une affaire publi­que, elle a certes a sus­cité la chan­son de Jean Ferrat (La Montagne) mais n’a pas limité la consom­ma­tion de pou­lets. Celle-ci conti­nue encore.

Je vais essayer d’abor­der ce phé­no­mène car c’en est devenu un sous dif­fé­rents aspects. La « cause ani­male » est C’est deve­nue un débat public et plus seu­le­ment une ques­tion des choix indi­vi­duels de mode d’ali­men­ta­tion. À partir du moment où la reven­di­ca­tion est de fermer les abat­toirs, cela devient chose publi­que.

Je com­men­ce­rai par tracer la suc­ces­sion d’infor­ma­tions et de scan­da­les autour des ques­tions d’ali­men­ta­tion et de l’élevage. Cette ques­tion semble qui semble légi­ti­mer la démar­che de ceux qui por­tent ce débat et de ceux qui aujourd’hui le repren­nent à leur compte. Il faut bien dis­tin­guer les mili­tants des asso­cia­tions des réac­tions des citoyens atten­tifs, préoc­cu­pés par une mode de pro­duc­tion agri­cole de plus en plus incom­pré­hen­si­ble.

Ensuite je trai­te­rai les dif­fé­ren­tes facet­tes de cette préoc­cu­pa­tion deve­nue omni­pré­sente de « res­pect de la vie » de « mal­trai­tance » et de la place des ani­maux dans nos socié­tés et plus géné­ra­le­ment du vivant, avec notam­ment cette vision eth­no­cen­trée occi­den­tale.

J’abor­de­rai également ce que cette orien­ta­tion tra­duit pour l’avenir de notre huma­nité dans le domaine agri­cole et de nos modes d’ali­men­ta­tion

Enfin, je tra­ce­rai quel­ques pers­pec­ti­ves pour que ce qui semble aujourd’hui devenu aux yeux de cer­tains un crime puisse rede­ve­nir natu­rel comme il l’a tou­jours été.

Anti-élevage

La remise en cause de nos modes de consom­ma­tion est un phé­no­mène ancien pour ne pas dire éternel. Les inter­dits ali­men­tai­res exis­tent dans toutes les socié­tés et ont tou­jours existé. Nos socié­tés ont orga­nisé les exclu­sions de la consom­ma­tion de pro­duits ali­men­tai­res soit pour des rai­sons pure­ment de raison (pro­duits avérés toxi­ques ou indi­ges­tes ou encore non comes­ti­bles), soit pour des rai­sons reli­gieu­ses cer­tains ani­maux par exem­ple ayant une haute valeur d’usage comme le chat . La domes­ti­ca­tion Abyssin du chat qui permis aux égyptiens de voir leurs stocks de grains pré­ser­vés par cet animal domes­ti­qué. Animal magni­fié en l’espèce sur­tout sous la forme du chat Abyssin ! Mais qui a domes­ti­qué qui ?

Nous ne ferons pas ici l’inven­taire de ces inter­dits, ce n’est pas le sujet. Il importe néan­moins de cons­ta­ter qu’il y a dans les inter­dits ali­men­tai­res des pres­crip­tions qui sont de nature dif­fé­ren­tes :

L’inter­dic­tion de la consom­ma­tion de cer­tai­nes viande cer­tains jours ou cer­tai­nes pério­des, en abs­ti­nence vis-à-vis d’un pro­duit envié et agréa­ble, « magni­fié » (la poule aux œufs d’or, le veau gras, la dinde – Thank’s givings –, le cochon ou le mouton sacri­fié) est un concept entiè­re­ment opposé de celui qui repose sur la pro­hi­bi­tion d’ali­ments « impurs », inter­dits. Dans un cas, le pro­duit pros­crit est valo­risé, dans l’autre, il est « dia­bo­lisé ». Les vegans sont clai­re­ment dans la seconde caté­go­rie.

La remise en cause de l’élevage trouve sa porte d’entrée au tra­vers d’un sujet long­temps ignoré voir évacué, celui de la mise à mort des ani­maux dans les abat­toirs.

Celle-ci est contes­tée pour sa bru­ta­lité et son manque de res­pect des ani­maux. Ce qui est exact. Les ani­maux ne sont pas plus res­pec­tés que les humains de l’immense majo­rité de la pla­nète qui aujourd’hui, trient nos déchets sur les tas d’ordu­res des « pays émergents » ou que ceux qui tra­vaillent dans les serres d’Almeria pour ravi­tailler nos socié­tés euro­péen­nes en fruits et légu­mes en toutes sai­sons. Le rac­courci me semble inté­res­sant à opérer tant la ques­tion des condi­tions de vie des humains est un élément que les vegans intè­grent peu car de nature à dépla­cer le pro­blème de l’élevage. L’une des causes des mau­vai­ses condi­tions de trai­te­ment des ani­maux dans les abat­toirs est une cause sociale en rela­tion avec les condi­tions impo­sées aux tra­vailleurs des abat­toirs. Ce n’est pas la seule, la ques­tion des infra­struc­tu­res obso­lè­tes et ina­dap­tées en est une autre comme celle d’indus­tries ultra per­for­man­tes qui trai­tent les ani­maux comme des choses et non plus comme des ani­maux.

L’autre ori­gine de la reven­di­ca­tion des vegans de sup­pri­mer l’élevage est la condi­tion offerte aux ani­maux dans les élevages indus­triels.

Entre les pous­sins sexés broyés à la nais­sance car ils ont le tort d’être mâles et que la race est une race de pon­deu­ses, entre les fien­tes de volailles retrai­tées et ensuite redis­tri­buées comme ali­ments aux volailles, entre les dents et les queues de por­ce­lets coupés afin d’éviter qu’ils ne s’entre-dévo­rent, vue l’exi­guïté des bâti­ments, il est vrai que ces modes d’élevages méri­tent une oppo­si­tion farou­che. Nous pour­rions ajou­ter les fermes des 1000 vaches, des 4000 bovins pour orga­ni­ser l’expé­di­tion à l’export inter­na­tio­nal comme rai­sons de se révol­ter.

Nous pour­rions aussi évoquer les pro­blè­mes sani­tai­res des grip­pes aviai­res à répé­ti­tion, fruit des échanges inter­na­tio­naux. Difficile aussi d’oublier la crise de la vache folle, fruit du libé­ra­lisme anglais et des fari­nes de viande des indus­tries de l’équarrissage.

Je n’ai pas la pré­ten­tion de dres­ser ici une liste exhaus­tive de toutes les bonnes rai­sons qu’il y a de reje­ter ce mode de pro­duc­tion agri­cole qui a trans­formé les pay­sans en pro­duc­teurs de viande, ou de lait en oubliant que ce devaient être des éleveurs. Tâche noble qui consiste à contri­buer à faire gran­dir un animal.

La zoo­tech­nie a rem­placé l’élevage pour des rai­sons de ren­ta­bi­lité capi­ta­lis­ti­que et a contri­bué de ce fait à trans­for­mer radi­ca­le­ment les rela­tions entre les éleveurs et leurs ani­maux, le nombre ayant une inci­dence directe sur la capa­cité que l’on peut avoir d’’appré­hen­der la notion d’indi­vidu quand ceux-ci doi­vent se comp­ter en dizai­nes de mil­liers.

Le lien phy­si­que est une donnée de l’élevage

. Ce lien est impos­si­ble et inconce­va­ble lors­que l’auto­ma­ti­sa­tion a tota­le­ment rem­placé le rôle de l’éleveur.

Aujourd’hui l’inter­dit reven­di­qué par les vegans porte non seu­le­ment sur une espèce mais sur l’ensem­ble des ani­maux d’élevage et par exten­sion pour cer­tains sur l’ensem­ble des ani­maux dits de com­pa­gnie.

Cette dis­tinc­tion est d’ailleurs nou­velle, puis­que aupa­ra­vant n’exis­taient que les ani­maux domes­ti­ques. Les chiens et les vaches étaient rangés dans la même caté­go­rie concep­tuelle et pour­tant on ne man­geait déjà ni chien ni chat mais sans pro­blème les che­vreaux et les lapins….et déjà pas les rats ! Sauf néces­sité abso­lue….faits de guerre notam­ment.

Ces débats sont portés notam­ment par plu­sieurs asso­cia­tions qui sont par exem­ple L214, PETA et 269 Life… Ces asso­cia­tions se reven­di­quent "anti spé­ciste" ce qui veut dire qu’elles consi­dè­rent que les espè­ces sont toutes dotées des mêmes droits "(et devoirs" ?). L’axiome est et que l’espèce humaine n’est qu’une parmi d’autres mais qui ne doit pas se consi­dé­rer comme au-dessus des autres espè­ces. …

C’est à ce titre que les vegans veu­lent pro­hi­ber tout usage des ani­maux et toute consom­ma­tion de pro­duits ani­maux.

Voici l’arti­cle L 214 du code rural sur lequel s’appuie l’asso­cia­tion L214 : « Tout animal étant un être sen­si­ble doit être placé par son pro­prié­taire dans des condi­tions com­pa­ti­bles avec les impé­ra­tifs bio­lo­gi­ques de son espèce.

Ainsi la consom­ma­tion de viande doit être inter­dite, "la peine de mort ayant été abolie" elle « ne doit pas rester en vigueur pour les non humains ».

Doit être pro­hi­bée également la consom­ma­tion de lait, œufs, laine, soie. Il faut ajou­ter le miel, les chaus­su­res en cuir,

Il faut en bonne logi­que exclure la fer­ti­li­sa­tion faite à partir des fien­tes de volailles et autres fer­ti­li­sants issus de l’élevage.

Trouvé sur le site de L214 :

Quand on choi­sit de deve­nir vegan on exclut, autant que pos­si­ble, toutes acti­vi­tés fai­sant souf­frir les ani­maux.

Être vegan au quo­ti­dien :

« Une per­sonne vegan est une per­sonne comme les autres. Elle a sim­ple­ment choisi de modi­fier sa façon de consom­mer et d’agir de façon à avoir un impact néga­tif le plus faible pos­si­ble sur autrui. Elle fré­quente les cir­ques sans ani­maux, observe les ani­maux dans la nature sans les chas­ser, se régale en mode 100% végé­tale, choi­sit pour se vêtir des matiè­res non issues de l’exploi­ta­tion des ani­maux (coton, matiè­res syn­thé­ti­ques...) » et uti­lise des pro­duits cos­mé­ti­ques et d’entre­tien non testés.

Nous devons ajou­ter que doit être inter­dite toute expé­ri­men­ta­tion sur les ani­maux pour tester les médi­ca­ments.

Tout le reste du dis­cours des vegans n’est qu’un habillage. Bien sûr, cet habillage est très attrac­tif :

« C’est l’élevage indus­triel qui est en cause, ainsi que les métho­des uti­li­sées dans les abat­toirs ».

Nous ver­rons plus loin cet aspect afin de faire des pro­po­si­tions concrè­tes sur les soit disant « bonnes ques­tions posées par les vegans ».

Je rap­pel­le­rai à cette étape que l’abat­toir moderne n’est pas une inven­tion des années 2000 mais plutôt des années 1900, Henri Ford eu l’idée de fabri­quer ses « FORD T » à la chaîne après avoir visité les abat­toirs de Chicago. Il observa que les ani­maux arri­vaient entiers et que les pièces déta­chées res­sor­taient à l’autre bout. Illustré par Hergé dans Tintin en Amérique, publié en 1932.

Uniquement aux défen­seurs des ani­maux ou à d’autres inté­rêts qui se ser­vent d’eux ?

Les vegans ne pro­po­sent aucune alter­na­tive à l’élevage indus­triel et qui serait com­pa­ti­ble avec leur combat mili­tant en direc­tion des abat­toirs et de l’élevage indus­triel. Il s’agit bien pour eux de sup­pri­mer l’élevage et en consé­quence les éleveurs et ceux qui vont avec.

Ceux qui sont prêts immé­dia­te­ment à s’accom­mo­der d’une réflexion sur la mise en place d’une autre agri­culture et donc d’une autre forme d’élevage peu­vent passer direc­te­ment à la deuxième der­nière partie de mon propos.

Pour les autres, exa­mi­nons quel­ques argu­ments.

Les argu­ments avan­cés par ceux qui reven­di­quent « la fin de l’élevage comme nous avons bien aboli l’escla­vage » sont étayés par ce genre d’affir­ma­tions :

il faut 10 000 à 15000 litres d’eau pour fabri­quer un kilo de viande de bœuf alors qu’il en faut très peu pour pro­duire des pro­téi­nes végé­ta­les. Les chif­fres varient mais c’est tou­jours le même argu­ment

Il faut de 2 à 5 calo­ries végé­ta­les pour pro­duire une calo­rie sous forme de volaille ou de porcs et de 10 à 15 pour pro­duire un kilo de viande de bovin ou d’ovin.

Les ani­maux sont tous en élevage indus­triel, et de toute façon même quand c’est bio, ils sont concen­trés... »

« Nous avons les « moyens dans nos pays pour se passer des pro­duits ani­maux dans notre ali­men­ta­tion » (sic)[1]. (débat à France Culture « du Grain à moudre » 13 sep­tem­bre 2017)

L’arti­cle L214 du code rural pré­cise que « les ani­maux dotés de sen­si­bi­lité », en consé­quence, aux yeux des vegans nous ne devons pas mettre à mort les ani­maux parce qu’ils sont sen­si­bles. C’est une inter­pré­ta­tion un peu rapide de cet arti­cle du code Rural.

« L’élevage détruit la forêt ama­zo­nienne pour pro­duire du soja »

« L’élevage contri­bue très for­te­ment à la pro­duc­tion de GES ».

Nous avons déjà assez de matière pour débat­tre.

La consom­ma­tion d’eau est un chif­fre fan­tai­siste. Bien sûr il faut beau­coup d’eau pour faire pous­ser l’herbe qui nour­rit les ani­maux. Si l’on cal­cu­lait la quan­tité d’eau néces­saire pour le riz non plu­vial en période immer­gée, il fau­drait deman­der immé­dia­te­ment l’arrêt de la pro­duc­tion de riz.

Les cal­culs addi­tion­nent l’eau qui tombe sur une par­celle d’herbe ou de maïs (94% du total ce que l’on appelle l’eau verte, appel­la­tion dis­cu­ta­ble il est vrai concer­nant les cultu­res de maïs mais tout à fait jus­ti­fiée pour les sur­fa­ces tou­jours en herbe) et l’on divise la pro­duc­tion de viande obte­nue par la dite quan­tité d’eau. C’est oublier un peu vite que la majeure partie de l’eau qui tombe part en ruis­sel­le­ment , en évapotranspiration et que la seule partie absor­bée par la plante est infime. Par ailleurs. Une partie impor­tante de l’eau ingé­rée retourne au sol sous forme de fer­ti­li­sants après être passé dans le corps des ani­maux.

Une partie de l’eau est effec­ti­ve­ment trans­for­mée en viande et cela repré­sente envi­ron 50l d’eau par kilo.

Cette appro­che par le ratio d’eau n’a guère de sens sans exa­mi­ner sur quels types de sols cette eau tombe, ni de savoir quel type d’élevage on pra­ti­que.

On pour­rait rétor­quer que l’accom­pa­gne­ment des envies des habi­tants de se concen­trer dans les villes n’a-t-elle pas autant d’inci­den­ces néga­ti­ves sur la pol­lu­tion, la concen­tra­tion, les réchauf­fe­ments cli­ma­ti­ques ? Pourtant il s’agit d’une autre forme « d’élevage indus­triel » des humains.

Environ 4,8 mil­liards d’hec­ta­res sont uti­li­sés en sur­face agri­cole utile. Le reste est com­posé de forêts, de mon­ta­gnes, de déserts et de zones urba­ni­sées ..urba­ni­sées…, ou de zones exemp­tes d’acti­vi­tés humai­nes.

Or sur ces 4,8 mil­liards d’hec­ta­res, seu­le­ment 1,5 mil­liards sont culti­vés. Les 3.3 mil­liards res­tant sont consa­crés à des pâtu­ra­ges de rumi­nants. 4 mil­liards d’hec­ta­res sont en forêt et 4 mil­liards en autres usages (roches, urba­ni­sa­tion, mon­ta­gnes, déserts.)[2] (source Ministère agri­culture).

Bien sûr il est aber­rant de consa­crer envi­ron les deux tiers des sur­fa­ces agri­co­les culti­vées à la pro­duc­tion de céréa­les pour les trans­for­mer en viande mais cela n’est pas le seul pro­blème. La majo­rité des sur­fa­ces culti­vées est des­ti­née à la culture de plan­tes ali­men­tai­res pour les humains : (blé, riz, maïs-ali­men­ta­tion humaine pour une petite part des sur­fa­ces, soja également, patate douce, mil, manioc, hari­cots, tour­ne­sol, vigne, fruits, légu­mes, condi­ments de toutes sortes…. d’une part.

De l’autre, les sur­fa­ces ser­vent à d’autres usages : lin, coton, chan­vre, orge, tabac, maïs et soja pour ali­men­ta­tion ani­male…et au usages énergétiques. Mais le tout est le plus sou­vent inté­gré dans des indis­pen­sa­bles rota­tions de cultu­res si l’on se place dans le cadre d’une agri­culture pay­sanne.

Est-ce que tous les usages sont équivalents ? Le seul cri­tère serait-il d’appor­ter l’ali­men­ta­tion des humains ou doit-on consi­dé­rer qu’il est quasi impos­si­ble de faire une hié­rar­chie stricte entre ces dif­fé­rents usages ? Doit-on pro­duire du coton pour l’export au Burkina ou sur­tout en Égypte alors que la sécu­rité ali­men­taire n’est déjà pas assu­rée pour ces popu­la­tions ?

L’oppo­si­tion ali­men­ta­tion humaine-ali­men­ta­tion ani­male

Il n’est pas pos­si­ble d’avoir une réflexion sérieuse sur la ques­tion de la consom­ma­tion de viande sans parler d’agri­culture.

Si aujourd’hui les pay­sans en sont arri­vés à ce genre de pra­ti­ques, ce n’est pas par méchan­ceté ni cruauté natu­relle des éleveurs pour leurs ani­maux mais sous la pres­sion de rap­ports sociaux un peu rapi­de­ment évacués par les anti-viande. La baisse du prix des céréa­les à la pro­duc­tion suit une pente régu­lière et des­cen­dante depuis la mas­si­fi­ca­tion de la méca­ni­sa­tion qui se déve­loppe avec la révo­lu­tion indus­trielle du 19e siècle.

L’inven­tion des machi­nes a jeté les pay­sans dans les usines, de gré sou­vent ou de force comme le Royaume-Uni l’avait fait avec les enclo­su­res un siècle aupa­ra­vant. Cette méca­ni­sa­tion a permis des gains de pro­duc­ti­vité par tra­vailleur consi­dé­ra­bles et a accom­pa­gné toute la consom­ma­tion des pro­duits manu­fac­tu­rés rendue pos­si­ble par l’abais­se­ment cons­tant du prix de revient des den­rées agri­co­les. Cette évolution ten­dance a marqué une accé­lé­ra­tion au XXe siècle avec l’arri­vée de l’indus­trie chi­mi­que dans le domaine agri­cole avec ses engrais et ses pes­ti­ci­des. Industries moins décriées par les anti-spé­cis­tes puisqu’il ne fau­drait plus s’habiller qu’avec des matiè­res issues des dites indus­tries chi­mi­ques…ou avec des fibres végé­ta­les.

Pourtant c’est bien là l’une des causes majeu­res de la mas­si­fi­ca­tion de l’élevage « indus­triel ».

Je mets ce terme entre guille­mets parce que l’on revien­dra sur cette déno­mi­na­tion.

Nous sommes donc arri­vés à une situa­tion dans laquelle les ani­maux ont changé de place dans la vie des pay­sans et donc dans la vie de chacun de nous.

Les ani­maux de la ferme étaient chacun des­ti­nés à une fonc­tion. Ils étaient élevés et avaient été domes­ti­qués pour leur fonc­tion et non leur consom­ma­tion. Une économie cir­cu­laire bien avant l’heure du recy­clage du capi­ta­lisme dans « l’économie verte » la der­nière escro­que­rie à la mode pour jus­ti­fier les rap­ports sociaux actuels en repei­gnant d’une belle lasure la domi­na­tion du capi­ta­lisme sur nos vies.

Ces ani­maux peu­vent être décom­po­sés en trois famil­les :

Ceux que l’on ne man­geait pas d’abord d’une appro­che géné­rale : les chiens, les chats, les mules, les ânes, les che­vaux (c’est la retraite de Russie qui a « libéré » les fran­çais de leur réti­cence à manger des che­vaux puis­que les sol­dats ont dû leur survie pour une partie d’entre eux à la consom­ma­tion du dit cheval, les anglais n’ima­gi­nent tou­jours pas l’inges­tion de cet animal).

La place du cheval est un sujet en soit qui mérite un détour. Historiquement la pos­ses­sion du cheval n’était pas le fait majo­ri­taire des pay­sans, cet animal était voué sur­tout à être détenu par l’aris­to­cra­tie avec laquelle elle menait la guerre. La trac­tion agri­cole était assu­rée par les bœufs, sou­vent les vaches. La mule ou l’âne ou sou­vent été les ani­maux favo­ris des pay­sans, d’abord moins chers et plus résis­tants à la trac­tion que le cheval.

Le cheval était sur­tout un animal de trans­port rapide et pas de trait. Cette trac­tion sous­trayait à la pro­duc­tion agri­cole une quan­tité très impor­tante de la pro­duc­tion. Dans des pro­por­tions équivalentes à ce que l’ali­men­ta­tion des ani­maux de rente sous­traie aujourd’hui.

Le chien était le gar­dien de trou­peau, de leurs maî­tres et le chat l’élément de pro­tec­tion des récol­tes.

· Ceux que l’on man­geait par­fois : les rumi­nants prin­ci­pa­le­ment : vaches, mou­tons, chè­vres, mais dont la fonc­tion prin­ci­pale était la pro­duc­tion de lait, de laine, de trac­tion, de cuirs, encore d’énergie comme c’est le cas en Inde avec la com­bus­tion des bouses.

Enfin les ani­maux d’élevage pro­pre­ment dit, vaches, chè­vres, mou­tons pour les rumi­nants et ani­maux de « basse-cour » (doit-on y enten­dre que les autres étaient de « haute-cour ?), les poules, les canards, et autres oies, porcs, dindes, pin­ta­des dont la consom­ma­tion n’était pas une habi­tude mais qui inter­ve­nait pour le coq comme pour le porc après une longue coha­bi­ta­tion et une proxi­mité qui géné­rait des rela­tions malgré tout res­pec­tueu­ses envers ces ani­maux.

· Ces ani­maux de basse-cour avaient pour vertu de recy­cler les déchets des hommes et de la pro­duc­tion végé­tale et de concou­rir à valo­ri­ser tout ce qui pou­vait l’être. Les vertus des gal­li­na­cées sont également connues pour leur capa­cité à manger des insec­tes et autres vers pré­da­teurs des fruits et légu­mes. Les omni­vo­res que sont les volailles et les porcs consom­maient une grande diver­sité de pro­duits pré­sent sur place (petits ani­maux, déchets en tous genres. C’était avant que l’on trans­forme ces omni­vo­res en vegans gra­ni­vo­res dans les années 1990. (je parle pour le monde occi­den­tal spé­ci­fi­que­ment) puis­que condam­nés à vivre en uni­vers confiné et ali­men­tés exclu­si­ve­ment avec de céréa­les. (fau­drait-il y voir l’inter­ven­tion de lobbys par­ti­cu­liers ?)

Les ani­maux étaient mal­trai­tés mais comme les hommes, les femmes et les enfants également.

Cette « com­mu­nauté de vie » avait une logi­que de survie pour « « l’humain d’abord » comme l’arbo­rait en slogan de cam­pa­gne un can­di­dat aux élections pré­si­den­tiel­les.

La fina­lité de l’agri­culture et de l’élevage est bien la recher­che de la satis­fac­tion de l’inté­rêt égoïste de l’Homo Sapiens qui cher­che his­to­ri­que­ment d’abord à se nour­rir, à se vêtir, à se pro­té­ger, à pro­té­ger son tra­vail….

Ces orga­ni­sa­tions sont de formes dif­fé­ren­tes selon les régions du monde mais ont également la même struc­ture dans tous les conti­nents.

Aussi si en Inde la consom­ma­tion des vaches est de plus en plus sou­vent inter­dite pro­hi­bée, voire mar­gi­nale, il n’en demeure pas moins que l’Inde pos­sède le plus gros trou­peau de vaches du monde et que tant la trac­tion, la com­bus­tion des bouses que la pro­duc­tion et la consom­ma­tion de lait et pro­duit lai­tiers sont des éléments majeurs de la vie des indiens. Doit-on ajou­ter que ce pays devient un gros expor­ta­teur de viande bovine ? Et ce d’autant plus que cer­tains états ont inter­dits l’abat­tage (un peu hypo­crite ?) des vaches….

Cette orga­ni­sa­tion trou­vait une place et une uti­lité à chacun des ani­maux que l’Homme avait domes­ti­qués. La fina­lité de la consom­ma­tion de viande n’était pas le sujet et d’ailleurs, la consom­ma­tion de viande en 1900 dans une famille pay­sanne fran­çaise n’inter­ve­nait guère plus d’une fois par semaine Mais ils ne savaient pas qu’ils étaient alors « flexi­ta­riens ».

Mais la moder­ni­sa­tion est passée par là. Au fur et à mesure que la ren­ta­bi­lité de la pro­duc­tion de grains chu­tait sous la pres­sion des mesu­res poli­ti­ques et de la méca­ni­sa­tion, le paysan a cher­ché à conser­ver un peu de la valeur ajou­tée sur les fermes.

Ces mesu­res poli­ti­ques ont été cons­tan­tes depuis le 19e siècle. De l’abo­li­tion des « corbs laws » en 1848 au Royaume-Uni pour pou­voir bais­ser les salai­res à la mon­dia­li­sa­tion des années 1990, il y une conti­nuité qui entraîne tou­jours plus de pro­duc­tion de plus en plus concen­trée et de moins en moins « huma­ni­sée ».

La mise en place des poli­ti­ques agri­co­les par­tout dans le monde encou­rage la pro­duc­tion et la consom­ma­tion de viande. Les bais­ses de prix de pro­duc­tion, l’incan­ta­tion à la « com­pé­ti­ti­vité » sont encore des décli­nai­sons du tou­jours plus, tou­jours plus mal, tou­jours moins cher….

Giscard D’Estaing, alors Président de la République, a obtenu de la CEE en 1980 la mise en place d’une « prime à la vache allai­tante » pour assu­rer la survie sociale des pay­sans dans les zones dans les­quel­les la culture des céréa­les n’était plus ren­ta­ble du tout et celle du lait de moins en moins..

Cela ne pro­cura à l’époque qu’un bref moment de répit. En 1984, la CEE met en place les quotas lai­tiers et fait le choix d’orga­ni­ser la restruc­tu­ra­tion de l’agri­culture en spé­cia­li­sant les fermes à outrance. D’un côté on orga­nise la liqui­da­tion de la majeure partie des éleveurs lai­tiers, en encou­ra­geant l’inten­si­fi­ca­tion de l’élevage des vaches lai­tiè­res plutôt que d’encou­ra­ger la recher­che de sys­tè­mes plus économes et plus auto­no­mes, de l’autre pour que cette purge soit à peu près socia­le­ment accep­ta­ble, il fut alloué à ceux qui le vou­laient une conver­sion de leur « droit à pro­duire du lait » en « prime à la vache allai­tante » géné­ra­li­sée.

C’est une des rai­sons pour les­quel­les la Vendée ancien dépar­te­ment gros pro­duc­teur de lait est aujourd’hui le dépar­te­ment qui élève le plus d’ani­maux de la race Charolaise …bien loin de son ber­ceau d’ori­gine. Personne ou pres­que à l’époque ne trou­vait cela scan­da­leux, l’idée du prix « trop élevé » des den­rées agri­co­les est une antienne qui permet de satis­faire les poli­ti­ques d’abais­se­ment des salai­res en fai­sant varier le nombre des pay­sans.

Pourtant nous trou­vons dans ce type de poli­ti­ques l’une des rai­sons de l’aug­men­ta­tion de la pro­duc­tion de viande et de sa consom­ma­tion mas­sive aujourd’hui de plus en plus décriée. La ques­tion n’est donc pas une ques­tion de morale à priori mais une ques­tion poli­ti­que, économique et sociale.

La ques­tion de l’usage des terres agri­co­les est essen­tielle pour abor­der la ques­tion de l’élevage.

C’est jus­te­ment l’un des argu­ments les plus imper­ti­nents pour contes­ter l’élevage si l’on veut défen­dre la condi­tion ani­male et la per­ti­nence des sys­tè­mes. La ques­tion de l’usage des terres agri­co­les est essen­tielle pour abor­der la ques­tion de l’élevage.

Il est idiot de consa­crer des grains dont le pro­ces­sus de pro­duc­tion est coû­teux en capi­taux, en énergie en intrants en grai­nes pour les mono­gas­tri­ques omni­vo­res et non her­bi­vo­res (il faut dis­tin­guer à cette étape le cheval et le lapin notam­ment qui sont eux des mono­gas­tri­ques her­bi­vo­res) alors que c’est jus­te­ment pour cette caté­go­rie de pro­duc­tion agri­cole qu’il y a une concur­rence directe entre la nour­ri­ture pour les humains et celle des ani­maux d’élevage.

Consommer de la cel­lu­lose (cons­ti­tuant majeur de l’herbe) n’est pas la même chose que consom­mer des céréa­les ou des fruits…ou de la viande. Dans un cas, inu­tile d’un point de vue énergétique pour les humains que nous sommes puis­que nous ne savons pas faire ce que font les poly­gas­tri­ques que sont les rumi­nants : digé­rer la cel­lu­lose pour en extraire l’énergie indis­pen­sa­ble à la vie d’un vivant.

Malgré le calcul brut des calo­ries consom­mées par calo­rie ani­male pro­duite est un indi­ca­teur mais, la com­pa­rai­son n’est pas per­ti­nente puis­que ce ne sont pas les mêmes caté­go­ries de calo­ries. Un peu comme si l’on com­pa­rait pour l’ali­men­ta­tion un stère de bois avec un m3 de céréa­les.

L’Europe par exem­ple est une mani­fes­ta­tion directe de l’imbé­ci­lité qui consiste à nour­rir des pou­lets et des porcs avec du blé, nour­ri­ture sym­bo­li­que s’il en faut une du « pain quo­ti­dien pas facile à trou­ver ».

En France, nous pro­dui­sons envi­ron 30 à 40 mil­lions de tonnes de blé selon les années. Nous en consom­mons envi­ron 12 mil­lions de tonnes. Les deux tiers du blé consommé, sou­vent de qua­lité meu­nière médio­cre est ingéré par les « ani­maux à viande blan­che » (porcs et volailles). Un tiers seu­le­ment est uti­lisé dans l’ali­men­ta­tion humaine. Les deux tiers de la pro­duc­tion fran­çaise sont expor­tés, pour un tiers vers l’UE, pour un autre tiers vers les pays tiers, notam­ment Afrique du Nord et moyen Orient.

Mais si l’on exa­mine non pas seu­le­ment la pro­duc­tion de blé, mais celle de l’ensem­ble des pro­duc­tions végé­ta­les de « gran­des cultu­res », la réflexion est toute autre. Il n’est pas pos­si­ble de ne culti­ver que du blé, la com­pré­hen­sion de la néces­sité de réa­li­ser des rota­tions de cultu­res est aussi vieille que l’agri­culture. Il se trouve que parmi les autres espè­ces que le blé, peu sont uti­li­sa­bles faci­le­ment par les humains. Je veux parler ici de l’orge, de l’avoine non décor­ti­quée, du tri­ti­cale, du maïs qui est glo­ba­le­ment ina­dapté à nos ter­ri­toi­res nord euro­péens. Mais nous rever­rons cela plus loin.

Il est impos­si­ble de penser l’agri­culture pour l’homme sans penser les rota­tions des cultu­res donc l’usage des terres dans une zone du globe qui est parmi les zones les plus den­sé­ment peu­plées du globe. Nous dis­po­sons avec de 25 ares de sur­face agri­cole utile par habi­tant euro­péen quand les Usa dis­po­sent de 60 ares et la Russie d’1.5 ha…

Oui, l’élevage contri­bue à l’émission des GES. Comme l’acti­vité humaine. Mais de quoi parle-t-on. Des émissions de méthane ? Alors oui, dans ce cas il faut se fixer des objec­tifs et cela devient une ques­tion poli­ti­que et pas une ques­tion de choix indi­vi­duels. Mais il faudra sur­tout inter­dire tout de suite l’usage des engrais de syn­thèse, car en plus de consom­mer des com­bus­ti­bles fos­si­les pour leur fabri­ca­tion, ils émettent des gaz nitreux qui ont des effets beau­coup plus néfas­tes que le méthane des vaches qui rotent. Ces engrais de syn­thèse sont uti­li­sés par­tout par l’agri­culture conven­tion­nelle sauf là où les pay­sans n’ont pas de capa­cité d’achat de ceux-ci.

Ces engrais de syn­thèse ont été l’un des moyens de la « Révolution Verte » conduite en Inde depuis 50 ans. Le bilan de ce type de fer­ti­li­sa­tion est catas­tro­phi­que à tous point de vue : érosion et sté­ri­lité des sols, pro­blème des pes­ti­ci­des, rava­ges de la bio­di­ver­sité, mise en danger de la vie des pay­sans…

C’est ainsi que le débat peut être conduit, pas uni­que­ment avec une seule donnée du pro­blème.

La diver­sité des cultu­res est un impé­ra­tif pour un paysan. Bien sûr il est tou­jours pos­si­ble de penser comme cer­tains vegans que nous avons « les moyens de nous passer d’élevage » (c’est vrai, ça, ces salauds de pau­vres qui n’ont pas les moyens de s’en passer et qui vont conti­nuer de pro­duire et consom­mer des cada­vres-terme employé par les vegans).

Mais ce n’est pas demain la veille.

La pre­mière ques­tion à se poser est com­ment assu­rer la pro­duc­tion d’un mini­mum d’énergie de façon sécu­ri­sée pour l’ensem­ble de l’huma­nité ? Toutes les socié­tés humai­nes se sont déve­lop­pées autour de la domes­ti­ca­tion d’une graine riche en hydrate de car­bone et d’une autre plante riche en pro­téine. De là, le couple blé-len­tilles, maïs-hari­cot, riz-soja, modè­les cultu­raux qui ont assis une pos­si­bi­lité d’asseoir une rela­tive sécu­rité ali­men­taire.

Très rapi­de­ment les culti­va­teurs se sont aper­çus que la fer­ti­lité des sols bais­sait rapi­de­ment après les défri­che­ments et la seule pos­si­bi­lité qu’ils ont trou­vée était d’aban­don­ner les terres et d’aller défri­cher plus loin. Il fallut la domes­ti­ca­tion des ani­maux et la pos­si­bi­lité de fer­ti­li­ser avec les déjec­tions pour que la fer­ti­lité puisse être amé­lio­rée. Et donc de valo­ri­ser des cultu­res pour les ani­maux. L’intro­duc­tion des plan­tes four­ra­gè­res dans les asso­le­ments est un pas déci­sif pour amé­lio­rer la fer­ti­lité des sols.

Ce qui peut être est en cause dans le débat sur l’élevage, c’est la pro­por­tion de l’usage des sols pour les ani­maux et pour les humains.

Il est connu que l’effet de fauche et que le retour à la par­celle des fumiers a permis d’amé­lio­rer la capa­cité des sols à nour­rir les popu­la­tions.

La der­nière disette en France date de 1848. Cette date devrait per­met­tre de réflé­chir aux modè­les agri­co­les de façon plus posée que l’on ne le fait trop sou­vent, d’autant que la disette, lors­que ce n’est qu’un concept, ce n’est pas trop impli­quant. Beaucoup moins que lorsqu’on la vit.

Mais pour que les rota­tions com­pre­nant les cultu­res four­ra­gè­res puis­sent être mas­si­ves, il faut que les coûts d’implan­ta­tion soient sérieu­se­ment abais­sés pour que la culture des four­ra­ges devienne envi­sa­gea­ble pour les pay­sans. Donc que la méca­ni­sa­tion se soit déjà un peu déve­lop­pée.

Or que s’est-il passé conjoin­te­ment à la méca­ni­sa­tion ? Une élimination mas­sive des pay­sans au XIXe siècle (50 mil­lions d’euro­péens ont émigré vers les Amérique et parmi eux beau­coup de ruraux et pay­sans déra­ci­nés). Et pour y faire quoi ? Pour cer­tains qui devin­rent les « far­mers », se voir attri­buer le fameux « quar­ter of quar­ter » que Jefferson avait découpé sur la carte des États Unis. Et sur ces terres, les far­mers ont déve­loppé la culture atte­lée d’abord, l’élevage bien sûr, après avoir domes­ti­qué des che­vaux que les espa­gnols avaient impor­tés lors de leur colo­ni­sa­tion et qui s’étaient repro­duit tous seuls.

Ce déve­lop­pe­ment agri­cole est le même dans tous les pays du « Nouveau Monde », Brésil, Argentine, Canada…

La suite, c’est que dès que la méca­ni­sa­tion trac­tée ani­male est rem­pla­cée par la moto­ri­sa­tion, . Les États Unis devien­nent excé­den­tai­res en céréa­les. Ces céréa­les étaient consom­mées aupa­ra­vant étaient consom­més par les che­vaux jusque vers la fin du 19e 19e, période à laquelle lors­que la moto­ri­sa­tion à vapeur puis aux car­bu­rants fos­si­les a rem­placé les che­vaux.

La moitié des sur­fa­ces dans le monde est encore culti­vée grâce à la trac­tion ani­male. Sur le 1.3 Milliard de tra­vailleurs de la terre dans le monde, 30 mil­lions pos­sè­dent la moto­ri­sa­tion, ceux qui ont les moyens de se passer de l’animal comme le disent les vegans, 300 mil­lions pos­sè­dent la trac­tion ani­male et le mil­liard res­tant ne pos­sède pas d’ani­maux de trait, uni­que­ment leur seule force de tra­vail ou les ser­vi­ces d’un paysan qui peut venir faire les gros tra­vaux.

Seulement, cette donnée est sou­vent évacuée et il devient aujourd’hui de plus en plus com­pli­qué pour les bailleurs de fonds des ONG de déve­lop­pe­ment agri­cole d’inté­grer ce type de pra­ti­que agri­cole dans les pro­jets, la notion de « bien-être animal » selon un usage cher aux vegans en par­ti­cu­lier deve­nant incom­pa­ti­ble avec le déve­lop­pe­ment de « l’exploi­ta­tion des ani­maux ».

L’alter­na­tive est-elle le déve­lop­pe­ment de la moto­ri­sa­tion car­bo­née ? L’alter­na­tive est-elle la dépen­dance vis-à-vis des firmes des pays « du Nord « qui la maî­trise ? Ou alors d’accroî­tre la dépen­dance à la maî­trise de cir­cuits de dis­tri­bu­tion de pièces déta­chées des engins vendus par les firmes occi­den­ta­les ?

Voilà encore un sujet qui n’est guère pré­sent dans les réflexions de ceux qui veu­lent éradiquer l’élevage. Pourtant sur le site de L214, on peut lire que la rota­tion des cultu­res est une condi­tion indis­pen­sa­ble pour pra­ti­quer l’agri­culture vegan. Alors que veut dire pour eux la rota­tion des cultu­res ?

Alors lors­que l’on a pressé le tour­ne­sol pour en extraire l’huile, on fait quoi des tour­teaux ? Actuellement, ils sont incor­po­rés dans les ali­ments du bétail. La graine est si chère à pro­duire, il est indis­pen­sa­ble d’essayer de la valo­ri­ser au mieux.

Au nom du fait que l’on peut « éradiquer l’élevage » dans nos socié­tés (ce qui n’est qu’un leurre mais sup­po­sons) doit-on l’impo­ser à toute la pla­nète ?

Allez expli­quer aux éleveurs peuls que leurs trou­peaux mena­cent la pla­nète. Il se trouve que la par­ti­cu­la­rité ori­gi­nelle de l’élevage est que les ani­maux sont d’être capa­bles de se repro­duire tout seul, un peu comme le font les humains. C’est un capi­tal sur pied, c’est un aide à la trac­tion, au tra­vail, à la pro­duc­tion. Tout à fait dif­fé­rent de la culture pour laquelle il faut sélec­tion­ner des grai­nes, les récol­ter, les pro­té­ger des pré­da­teurs, les semer, encore les pro­té­ger d’autres pré­da­teurs, tout cela pour une récolte qui ne garan­tit qu’au plus l’ali­men­ta­tion d’une année. Un trou­peau en revan­che repré­sente un capi­tal qui permet de palier aux coups durs, dont il est vrai que beau­coup de vegans sont bien à l’abri dans nos socié­tés ayant mis en place des méca­nis­mes de pro­tec­tion.

La ques­tion de la consom­ma­tion de viande n’est abor­dée que sous l’angle « consom­ma­tion de pro­téi­nes ». Approche erro­née car incom­plète. La consom­ma­tion de viande apporte bien sûr des pro­téi­nes, mais aussi de l’énergie. 100 g de steak apporte de 150 à 300 kcals selon les mor­ceaux, soit autant qu’une demi-baguette.

Curieusement cet aspect est tota­le­ment ignoré comme si la ques­tion de la four­ni­ture de la kcal était réso­lue défi­ni­ti­ve­ment. Encore une fois, cette ques­tion est aban­don­née car la méca­ni­sa­tion et la chimie ont rendu la ques­tion de la sécu­rité ali­men­taire hors sujet dans nos socié­tés alors que c’est encore le sujet de 800 mil­lions à 1 mil­liards d’habi­tants de cette pla­nète. Mon propos n’est pas de dire qu’ils seront sauvés par la consom­ma­tion de viande mais de sou­li­gner qu’aujourd’hui la consom­ma­tion de pro­duits d’ori­gine ani­male contri­bue de façon majeure à l’ali­men­ta­tion des popu­la­tions de la pla­nète. Et je laisse de côté les Inuits qui ne consom­ment qua­si­ment que du pois­son.

Le prin­ci­pal pro­blème dié­té­ti­que de notre société moderne n’est pas seu­le­ment la sur­consom­ma­tion de pro­duits d’ori­gine ani­male mais le coût trop faible d’accès des hydra­tes de car­bo­nes et du sucre rendus pos­si­bles par les agri­cultu­res chi­mi­ques méca­ni­sées.

L’autre facette est le coût également trop faible des grais­ses végé­ta­les com­plé­ment asso­ciées à cette agri­culture indus­trielle (huile de maïs, tour­ne­sol, soja, colza…) qui ont tous comme carac­té­ris­ti­que de trans­for­mer les engrais azotés en graisse végé­tale à coût faible. Ce coût bas est le résul­tat de poli­ti­ques agri­co­les et énergétiques qui entraî­nent toute notre huma­nité dans une impasse. L’obé­sité est le résul­tat de cette agri­culture qui aussi fait « bouf­fer du Mac Do » à toute la pla­nète.

Les matiè­res gras­ses végé­ta­les ont été parées de toutes les vertus sous la pres­sion des lobbys des indus­tries agroa­li­men­tai­res. Aujourd’hui ces firmes contri­buent à accroî­tre l’idée qu’il faut se débar­ras­ser des pro­duits ani­maux en pro­po­sant du « Veggie garanti », du « steak de soja » au « vin non collé au blanc d’œuf » en pas­sant par les pro­duits ali­men­tai­res pour bébés. L’autre marché émergeant de cette modi­fi­ca­tion est celui des com­plé­ments ali­men­tai­res et autres gélu­les médi­ca­men­teu­ses.

Ne reste qu’à inter­dire aux mères de nour­rir leurs enfants au sein pour ne pas les rendre dépen­dants de pro­duits d’ori­gine ani­male et la boucle sera bou­clée. Tout est pos­si­ble, il existe des cas non mar­gi­naux de bébé mal nour­ris dans nos socié­tés, vivant dans des famil­les qui déci­dent que les régi­mes ali­men­tai­res vegans étaient appro­priés aux bébés, ce qui n’est pas vrai.

À qui pro­fite la percée des vegans ? A ceux qui aujourd’hui se jet­tent sur la fabri­ca­tion des pro­duits garan­tis, les Nestlé et autres grands com­mer­çants des grains dans le monde qui sont beau­coup plus puis­sants que tout autre lobby pro-élevage car ce lobby pos­sède l’arme de l’énergie. Ce lobby est aujourd’hui com­posé par exem­ple du lobby sucrier, pro­duit qui a au cours de l’his­toire et encore aujourd’hui contri­bué aux plus gran­des exter­mi­na­tions et mas­sa­cres de l’huma­nité. Les consé­quen­ces de l’élevage à cet égard ne sont qu’une vague­lette sur en regard leu tsu­nami qui a ensan­glanté les deux côtés de l’Atlantique pen­dant 500 ans. Ce lobby aujourd’hui est hyper­ac­tif pour, non pas assu­rer un débou­ché de son sucre pour l’ali­men­ta­tion humaine, mais pour rendre l’économie de la pla­nète dépen­dante de l’éthanol. Le prin­ci­pal pro­blème de santé publi­que dans le monde, c’est le sucre, pas l’entre­côte. Nous avons der­rière nous 500 ans de colo­ni­sa­tion, notam­ment orien­tée sur la consom­ma­tion crois­sante de sucre, sur la surex­ploi­ta­tion des sols et des humains !

Pour le coup, il n’y que très peu de rela­tions entre la pro­duc­tion de canne et celle des ani­maux, c’est même un cas type dans les équilibres com­plexes des sys­tè­mes agrai­res, la canne étant plan­tée pour 8 ans et peut être replan­tée tout de suite après.

Les cinq grands trusts de l’indus­trie agroa­li­men­taire ne vivent pas du tout ou alors de façon mineure pour Nestlé du com­merce de pro­duits ani­maux mais de la trans­for­ma­tion des végé­taux en tous genres (Unilever, Kraft Food-Heinz.)

L’indus­trie de la viande est condam­na­ble en ce sens qu’elle ravale l’animal au rang de pro­duit, mais elle n’a pas le vent en poupe. La consom­ma­tion de viande a baissé en France de 15% depuis 20 ans et le même phé­no­mène est pré­sent dans tous les pays déve­lop­pés (hors USA). L’élevage conti­nue sa crois­sance mon­diale, mais c’est prin­ci­pa­le­ment le fait des pays en voie de déve­lop­pe­ment.

Ainsi l’élevage serait à lui seul res­pon­sa­ble de l’émission des Gaz à Effets de Serre (GES) et de la défo­res­ta­tion.

Pour remet­tre un peu d’his­toire, les Étrusques ont coupé les forêts Toscanes il y 2700 ans. Les moines défri­cheurs ont rasé une grande partie de nos forêts euro­péen­nes à la fin du moyen âge. Ce n’était pas pour culti­ver du soja ni pour élever des ani­maux, juste pour la culture de pro­duits ali­men­tai­res et la fabri­ca­tion de l’acier, gros consom­ma­teur d’énergie. Déforestation pra­ti­quée pour assu­rer les cons­truc­tions et le chauf­fage de nos ancê­tres.

Ceci juste pour rap­pe­ler que l’on doit par­fois se garder de donner des leçons sans exa­mi­ner nos com­por­te­ments. Ce qui est en jeu dans un cas comme dans l’autre est la pres­sion crois­sante de l’Homo Sapiens sur son envi­ron­ne­ment. Et cela quelle que soit la forme que cela prend.

Bien sûr la forêt ama­zo­nienne est enta­mée par la culture du soja et par le déve­lop­pe­ment de l’élevage dans cette région. Cela n’empê­che pas celle de la Côte d’Ivoire d’être mena­cée défi­ni­ti­ve­ment d’ici quel­ques années sous la pres­sion de la culture du Cacao, consommé prin­ci­pa­le­ment dans les pays riches.

Cela ne doit pas faire oublier que la forêt Indonésienne est rava­gée pour la pro­duc­tion d’huile de palme pour faire rouler nos bagno­les et non pour ali­men­ter les ani­maux. Oui la pres­sion de l’élevage est forte sur notre envi­ron­ne­ment mais ce n’est pas pour autant qu’il faut jeter le bébé avec l’eau du bain. Les rava­ges écologiques ne sont pas impu­ta­bles uni­que­ment à l’élevage. La dis­pa­ri­tion de 80 % d’espè­ces d’insec­tes depuis 40 ans en Europe n’est pas le fait de l’élevage, au contraire, mais pour assu­rer la pro­duc­tion de végé­taux. En masse, on doit avoi­si­ner ce que repré­sente l’abat­tage des ani­maux. En revan­che il ne faut pas oublier la contri­bu­tion de l’élevage au main­tien de la bio­di­ver­sité ou à la « séques­tra­tion » du car­bone grâce aux prai­ries per­ma­nen­tes.

La situa­tion des régions les plus pol­luées en Europe sont le fait des gran­des concen­tra­tions des pro­duc­tions végé­ta­les maraî­chè­res que ce soit en Bretagne ou en Andalousie. C’est là que sont déver­sés par hec­tare les plus gran­des quan­ti­tés de pes­ti­ci­des et d’engrais chi­mi­ques pour ravi­tailler à peu de frais les citoyens euro­péens en fruits et légu­mes. Le tout sur fond de misère sociale des tra­vailleurs de ces régions. Et ne par­lons pas des grande concen­tra­tions ita­lien­nes de pro­duc­tions de ce genre, on retrou­vera également les mêmes consi­dé­rants que pré­cé­dem­ment !

Oui le bassin pari­sien est trop cultivé alors qu’aupa­ra­vant, avant les engrais chi­mi­ques, la fer­ti­li­sa­tion était assu­rée par l’élevage qui a laissé sa trace (à l’état nano­mé­tri­que) avec les noms des chiens de trou­peaux et des races de brebis. Oui la Bretagne est trop occu­pée par l’élevage de porcs et de volailles comme l’est le Danemark également.

Mais le pro­blème est que la laine a été concur­ren­cée par le coton pro­duit dans les « colo­nies » comme on ne dit plus ou par la pro­duc­tion iné­qui­ta­ble de laine venant d’Australie dont la vie du mouton n’a aucune espèce d’impor­tance puis­que là ;, ils ne sont élevés qua­si­ment que pour leur laine dans des fermes aux dimen­sions impres­sion­nan­tes.

Le pro­blème est que le fait qu’il faille deux « litres de pétrole » (en fait les engrais azotés sont syn­thé­ti­sés avec de l’énergie qui pro­vient plutôt du gaz natu­rel) pour pro­duire une unité d’azote sous forme d’engrais chi­mi­que n’attire l’atten­tion de per­sonne, beau­coup moins que des porcs en « camps de concen­tra­tions » . Il faut envi­ron 150 à 200 unité de cette énergie car­bo­née pour assu­rer la pro­duc­tion de ces hydra­tes de car­bone que sont le blé ou les huiles sous formes de colza. Cette énergie azotée assure la sub­sti­tu­tion des fumiers et autres com­posts de déjec­tions ani­ma­les. C’est en partie cela la raison de la dérai­son de l’élevage d’aujourd’hui.

Il n’est pas pos­si­ble de faire l’impasse sur la fer­ti­lité des sols. Celle-ci est mena­cée par une surex­ploi­ta­tion en fer­ti­li­sants chi­mi­ques. L’UE en a même fait de cette ques­tion de la fer­ti­lité des sols l’un de ses objec­tifs au risque de se fâcher avec quel­ques lob­byis­tes bruxel­lois.

L’alter­na­tive prônée par les vegans serait la fer­ti­li­sa­tion par les com­posts de végé­taux[3](vu sur le site de L214). Que sont ces com­posts de végé­taux ? Pour une grande part, des pro­duits dont la col­lecte, le trai­te­ment, la dis­tri­bu­tion est assu­rée par la col­lec­ti­vité puis­que ce sont essen­tiel­le­ment des pro­duits de l’urba­ni­sa­tion. Le pro­blème est que la col­lecte, le broyage, le trans­port, le sto­ckage et sur­tout donc tout le tra­vail sont payés par les impôts locaux des col­lec­ti­vi­tés loca­les puis­que ces pro­duits ne repré­sente qu’un pro­blème dont il faut se débar­ras­ser et que la solu­tion est l’agri­culture de la péri­phé­rie, par­fois sou­vent maraî­chère.

Ce type d’agri­culture est plus proche des villes et plus aptes per­ti­nente pour à s’accom­mo­der des quan­ti­tés fai­bles de fer­ti­li­sants dis­po­ni­bles puis­que agis­sants ne concer­nant que des fai­bles sur­fa­ces peu impor­tan­tes. Difficile d’ima­gi­ner que nous orga­ni­sions une taille signi­fi­ca­tive de nos forêts, le trai­te­ment des ligni­nes en copeaux pour en faire une fer­ti­li­sa­tion sur les 16 mil­lions d’hec­ta­res de Surface Agricole culti­vée en France. Sauf à mettre à mal la forêt exis­tante…ou à conti­nuer d’épandre des engrais chi­mi­ques et ne pas poser la ques­tion de la com­bus­tion des énergies fos­si­les. En revan­che, les 3 mil­lions d’hec­ta­res de prai­ries tem­po­rai­res et sur­tout les 8 mil­lions d’hec­ta­res de prai­ries per­ma­nen­tes ne consom­ment qua­si­ment pas de fer­ti­li­sants chi­mi­ques.

Bien sûr, il serait plus « dura­ble » que ceux qui appor­tent des tontes de pelou­ses dans les déchet­te­ries uti­li­sent leur jardin pour faire pous­ser des carot­tes et des sala­des ; mais le coût d’achat de ces den­rées est suf­fi­sam­ment déri­soire pour dis­sua­der n’importe quel pos­ses­seur de maison indi­vi­duelle d’essayer de pra­ti­quer le jar­di­nage. Cette situa­tion s’accom­pa­gne d’une perte des savoirs faire, élément indis­pen­sa­ble pour se ris­quer à l’exer­cice du jar­di­nage.

La concen­tra­tion de l’élevage est aussi stu­pide que celle des humains qui cher­chent tous à s’entas­ser là où leur confort ou leur inté­rêt est semble le plus net. Ce sont les mêmes humains qui orga­ni­sent la concen­tra­tion de l’élevage ou des cultu­res. Faut-il s’en étonner ?

Plutôt que de cher­cher un bouc (!) émissaire aux aber­ra­tions de notre huma­nité il faut d’abord essayer de savoir ce que veut dire « huma­nité ».

Si elle se résume aujourd’hui à se fixer comme objec­tif de ne plus tuer un animal parce que « les ani­maux sont des êtres dotés de sen­si­bi­lité ; je pense que l’on fait fausse route[4].

(269 Life conteste l’idée de chasse puis­que les san­gliers sont croi­sés avec des porcs et que ce n’est pas pour régu­ler les popu­la­tions) !!!!

L’antis­pé­cisme repose sur l’idée que les Homo Sapiens ne sont pas une espèce dif­fé­rente des autres. Soit.

L’asso­cia­tion de pro­tec­tion des ani­maux PETA résume ainsi "Les ani­maux ne nous appar­tien­nent pas. Nous n’avons pas le droit d’en dis­po­ser, que ce soit pour notre ali­men­ta­tion, notre habille­ment, nos loi­sirs ou nos expé­rien­ces scien­ti­fi­ques." Le spé­cisme permet de jus­ti­fier la pos­ses­sion d’ani­maux, les com­por­te­ments vio­lents et permet leur exploi­ta­tion par l’argent en dehors de tout res­pect et jus­tice.

Ainsi, ma sœur la brebis a autant d’inté­rêt et a le droit à autant de consi­dé­ra­tion que mon voisin de palier ou que mon frère le lézard. À moins que l’on consi­dère qu’il y a une gra­dua­tion de sen­si­bi­lité chez les ani­maux. Ce qui nous entraîne vers un débat com­pli­qué. Certes iI existe déjà des pro­tes­ta­tions de vegans qui ne sup­por­tent pas que l’on pro­cède à la déra­ti­sa­tion orga­ni­sée par les muni­ci­pa­li­tés. Donc mon cousin le rat doit être res­pecté. Soit. Sa petite cou­sine la souris aussi. En tant que paysan, l’idée que la seule lutte contre les souris pour pré­ser­ver ses récol­tes doit passer par la coha­bi­ta­tion avec les popu­la­tions de souris qui ne doi­vent plus être régu­lées que par la pré­sence de chats assez mas­sive m’inter­roge. Où est le droit de la souris d’être pro­té­gée du chat ? La souris ne serait-elle pas dotée d’autant de sen­si­bi­lité que le chat ? La lutte contre les souris n’est-elle pas l’illus­tra­tion que l’homme est capa­ble d’élever des ani­maux uni­que­ment pour son propre confort d’espèce ? C’est aussi l’illus­tra­tion que l’homme essaie de conser­ver et de sto­cker des grai­nes comme n’importe quel écureuil ? Les souris ne sont pas tra­quées pour leurs nui­san­ces par d’autres espè­ces que l’Homme. Elles sont éventuellement man­gées par les cor­neilles, les san­gliers, les renards mais pas parce qu’elles détrui­sent leurs garde-manger, uni­que­ment parce que cela cons­ti­tue un repas pour les dits ani­maux. Les écureuils ne s’atta­quent pas aux souris.

À moins que toute cette pos­ture « antis­pé­ciste » ne soit qu’une vaste hypo­cri­sie dans le meilleur des cas. ?

Aucune vie sur terre (cir­cons­cri­vons le débat à cette enceinte géo­gra­phi­que pour l’ins­tant) n’est pos­si­ble sans pré­da­tion ou uti­li­sa­tion de la vie d’un indi­vidu d’une autre espèce. Animale ou végé­tale. Vif ou mort, mais sou­vent vif pour la vie des ani­maux, pas seu­le­ment d’élevage. Aucun lion n’aurait sa survie assu­rée si l’on don­nait un réel droit à la gazelle de ne pas se faire manger. À moins que le lion soit assi­gné à un régime végé­ta­rien.

Bien sûr, cer­tains essaient d’obser­ver d’objec­ter que si le pen­chant du loup pour l’agneau ne serait pas un pro­duit d’une mau­vaise conduite de la nature, mais que la conduite du loup serait induite pas l’homme qui a le toupet de lui mettre sous le nez du loup un agneau pour le tenter ! Le pro­blème est que la nature est jus­te­ment spé­ciste mais pas tou­jours. Nombre d’ani­maux se tuent entre eux, comme cela, un peu pour rien, comme dans l’espèce humaine. Le renard ne sait pas comp­ter et encore moins gérer des stocks ; ainsi il tue et tue des poules par réflexe, le loup tue des agneaux pour jouer, pour mon­trer qu’il sait le faire, pas tou­jours parce qu’il a faim. Comme le chat avec les oiseaux. Là, oui, je suis d’accord, l’Homo Sapiens est une espèce comme les autres.

Pour le reste, il n’y a pas de vie pos­si­ble pour le dit Sapiens sans qui n’accepte d’être le pré­da­teur d’une autre espèce. Je sais qu’il est plus facile de faire pleu­rer en mon­trant des petits mam­mi­fè­res en train de jouer avec leur mère que d’atti­rer la com­pas­sion sur le sort des cha­ran­çons du blé que nous sommes obli­gés de détruire afin que nos stocks de blé ne soient pas consom­més par les cha­ran­çons et non par nous autres bipè­des. Sale loi de la nature, mais comme il est avéré que la dro­so­phile dort et peut avoir son som­meil per­turbé comme un mam­mi­fère, doit-on rester insen­si­ble à la mort des insec­tes, dont l’exter­mi­na­tion en cours est le fait mas­si­ve­ment de la pro­duc­tion végé­tale ?

Ce n’est donc pas l’élevage en tant que tel qui doit être inter­dit que la façon de le pra­ti­quer, façon indis­so­cia­ble de notre mode de vie. Il est très confor­ta­ble de porter des juge­ments sur les pra­ti­ques pay­sans et de leurs orga­ni­sa­tions sans se poser la ques­tion du « pour­quoi on en est arrivé là ? »

Pourquoi tous ceux qui ne jurent que par la consom­ma­tion végans se conten­tent pour la plu­part d’entre eux d’être les consom­ma­teurs alors qu’ils pour­raient avoir l’opi­niâ­treté de trou­ver et de prou­ver que l’on peut inven­ter une agri­culture vala­ble pour les 7-8 mil­liards d’habi­tants de cette pla­nète ?

J’attends en dehors des expé­ri­men­ta­tions dont les condi­tions sont un peu biai­sées et sou­vent non repro­duc­ti­bles (expé­ri­men­ta­tion sur quel­ques ares avec des moyens humains consi­dé­ra­bles) que l’on assure une ali­men­ta­tion avec ces contrain­tes :

 Pas d’ani­maux tués par l’homme.

Si l’on consi­dère que les san­gliers qui n’ont pas de pré­da­teurs en dehors de l’Homme peu­vent être tués, c’est déjà que l’on consi­dère qu’il y a bien un spé­cisme entre celui qui a inventé le cou­teau et le fusil et celui qui n’a que ses défen­ses pour se battre. Il est pos­si­ble bien sûr d’admet­tre que les récol­tes dévas­tées par les san­gliers, ce soit le fait de l’iné­luc­ta­ble, dans ce cas-là il faut admet­tre que la vie de l’humain va être sérieu­se­ment com­pro­mise.

Ainsi l’antis­pé­cisme est l’affir­ma­tion d’un hyper-spé­cisme. Il est inté­res­sant de réflé­chir sur « cet antis­pé­cisme ». Si nous sommes une espèce comme les autres ani­maux, pour­quoi serions-nous la seule espèce à s’inter­dire ce dont nous sommes capa­bles. Peut-être le chat se rai­sonne pour ne pas attra­per une souris mais nous sommes bien obli­gés de cons­ta­ter qu’il se laisse aller à son pen­chant le plus « natu­rel » : la manger.

Ainsi l’antis­pé­cisme est l’affir­ma­tion d’un hyper-spé­cisme : l’homme serait au-dessus du « règne animal » et consi­dé­re­rait que sa culture peut faire chan­ger sa nature…

Cette pensée est dans le droit fil de ces mul­ti­na­tio­na­les qui pro­po­sent de passer au règne de « l’Homme Augmenté » grâce aux nou­vel­les tech­ni­ques qui per­met­tent de trier contre dans le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley les Alpha plus et les Betas moins. Ainsi il sera pos­si­ble de dis­tin­guer ceux qui ont dépassé le stade de leur nature et les autres, pau­vres man­geurs de cada­vres….

Ce n’est peut-être pas un hasard si l’on com­pare les mau­vais trai­te­ments infli­gés à tort dans les abat­toirs ou dans les élevages aux trai­te­ments infli­gés aux juifs dans les cham­bres à gaz ([5]

Le devoir de l’homme de dépas­ser l’homme, cette espèce au-dessus des autres qui pour­rait concé­der des droits aux ani­maux. De quels droits doit-on doter les ani­maux ? Et les­quels ? La souris ? Le chat ? De leur droit de ne pas être tué ? Mais par qui ? De quels droits parle-t-on ? Ce sont les humains qui édictent le droit. C’est un concept spé­ci­fi­que­ment humain de codi­fier les règles de vie entre les humains. Si l’on parle de droit des ani­maux ; il faudra admet­tre l’idée de juges com­po­sés autant d’humains que d’ani­maux. Il faudra sta­tuer sur le com­por­te­ment de la mante reli­gieuse qui n’est pas très res­pec­tueux pour son com­pa­gnon d’un jour. Ne pas rire, l’appel à témoin d’ani­maux a déjà été pra­ti­quée en 2014 https://www.san­te­vet.com/arti­cles/un-nou­veau-chien-appele-a-temoi­gner-dans-un-proces.

Au moyen-âge, ces procès étaient fré­quents, l’excom­mu­ni­ca­tion était pos­si­ble aussi pour les ani­maux qui nui­saient aux récol­tes. Le cas du rat et de la souris pour­raient donc être réglé par ce moyen. Voici donc un monde radieux, pas vrai­ment nou­veau dans son fond, très nou­veau dans sa forme qui s’offre à nous.

À partir du moment où l’on est prêt à faire « témoi­gner » un animal dans un procès qui concerne les humains, je ne vois pas pour­quoi il ne serait pas à nou­veau pos­si­ble de convo­quer les ani­maux délin­quants s’ils sont effec­ti­ve­ment « cou­pa­bles » de délits. Si l’on reven­di­que « l’antis­pé­cisme », c’est cohé­rent.

L’une des batailles récen­tes des vegans est la lutte contre « l’abat­tage des ani­maux ges­tants ». Il est sup­posé que les éleveurs, cupi­des uni­que­ment par nature, font tuer des vaches ges­tan­tes uni­que­ment parce qu’elles sont plus lour­des. Passons sur la méconnais­sance du com­merce des ani­maux de rente, car les vaches sont payées au poids de car­casse et non au poids vif, le com­merce des ani­maux vifs est essen­tiel­le­ment des­tiné aux ani­maux d’élevage et non aux ani­maux qui par­tent vers l’abat­toir. En revan­che la réflexion à avoir est la sui­vante : est-il pos­si­ble de deman­der inter­dic­tion, contrôle, sanc­tion envers les éleveurs et conjoin­te­ment conti­nuer de donner le droit à l’avor­te­ment ?. Les anti-avor­te­ment dans les années 70 étaient regrou­pés dans une asso­cia­tion qui s’appe­lait : « lais­sez les vivre ». Peut-on penser que les décli­nai­sons de ces asso­cia­tions vont indé­fi­ni­ment faire l’impasse sur le rap­pro­che­ment entre ces deux ques­tions qui sem­blent si pro­ches si l’on consi­dère que l’homme n’est pas une espèce à part ?

Je sais, cet argu­ment peut passer pour de la pro­vo­ca­tion, aux yeux des héri­tiers de celles et ceux qui ont com­battu pour le droit à l’avor­te­ment, mais si l’on exa­mine mon argu­ment comme tel on doit arri­ver à l’évidence que le fœtus humain est un animal comme les autres et doit donc être pré­servé contre vents et marées. Sauf à penser que l’Homo sapiens est bien une espèce d’un genre un genre un peu par­ti­cu­lier….et donc que l’antis­pé­cisme n’est qu’une pos­ture.

Il n’est pas pos­si­ble de ne pas exa­mi­ner l’antis­pé­cisme dans toutes ses consé­quen­ces. Peter Wohllenben dans « la vie secrète des plan­tes écrit que les arbres ont un pensée, qu’ils « reconnais­sent » leurs « enfants », que les raci­nes des céréa­les émettent des sons et que celles des plan­tes alen­tours se diri­gent alors vers celles-ci…

Ainsi le débat sur la ques­tion de l’élevage sera rapi­de­ment dépassé car outre le fait que la prin­ci­pale acti­vité des­truc­trice des ani­maux à l’heure actuelle est la pro­duc­tion des végé­taux par les pra­ti­ques uti­li­sées sur les insec­tes, la micro et macro­faune du sol, nous serons en devoir légi­time de nous ques­tion­ner quant à l’inter­rup­tion pré­coce du cycle végé­ta­tif de la carotte alors que celui-ci est de deux ans et que nous nos obs­ti­nons à manger les sucres que la dite carotte avait prévu de consa­crer à la pro­duc­tion des grai­nes pour l’année d’après. Si les mots ont sens alors, l’antis­pé­cisme doit être ques­tionné dans sa signi­fi­ca­tion, sur­tout à l’aulne des propos de Whollenben

Une fois les ques­tions de l’élevage réglées par les vegans, cer­tains (pas tous) met­tent en cause la place des ani­maux fami­liers dans la vie des humains. Il devient donc impos­si­ble de com­mer­cer un animal pas plus que l’on a le droit de com­mer­cer un esclave. C’est logi­que, aussi long­temps que les ani­maux n’orga­ni­sent pas eux-mêmes, avec leurs nou­veaux droits, leur place dans la société, cette démar­che est cohé­rente avec celle de « l’éradication de l’élevage ». Ainsi il ne sera plus pos­si­ble de « pos­sé­der » chat, chien, oiseau, cheval… ni de les uti­li­ser. Les spec­ta­cles du théâ­tre Zingaro ont déjà faits l’objet de mani­fes­ta­tions car la mise en spec­ta­cle des ani­maux n’est pas conforme avec le res­pect dû aux ani­maux.

Il en résulte néan­moins que la ques­tion des ani­maux de com­pa­gnie divise l’anti-élevage. D’un côté ceux qui pen­sent que c’est un élevage comme un autre et qu’il doit donc être pro­hibé, ce qui veut dire que plus d’ani­maux de com­pa­gnie ne doi­vent coha­bi­ter avec l’homme, de l’autre ceux qui ne s’inter­ro­gent que sur le fait que la nour­ri­ture des chiens et des chats est com­po­sée pour une grande part de pro­duits qui pro­vien­nent de l’élevage indus­triel et à ce titre le cau­tionne.

La seule solu­tion serait de rendre les chiens et les chats vegans pour être cohé­rents avec l’idéo­lo­gie qui sous-tend ce mou­ve­ment.

La lutte contre les cour­ses de che­vaux, de chiens, fait aussi partie des com­bats menés par les vegans. C’est là aussi selon eux une mani­fes­ta­tion de mau­vais trai­te­ments à ani­maux.

Certaines ques­tions n’ont pas émergé : doit-on inter­dire les chiens d’aveu­gle car c’est aussi une mani­fes­ta­tion de la volonté de l’homme d’asseoir sa domi­na­tion sur un animal pour son propre bien-être ? Et les chiens poli­ciers dro­gués pour ensuite recher­cher la drogue ? Les chiens d’ava­lan­che, j’en passe et d’autres tout aussi utiles dans la vie des humains. Si l’on admet des excep­tions, c’est alors que le spé­cisme est légi­time.

Bref dans ce domaine l’antis­pé­cisme pose des ques­tions encore plus dif­fi­ci­les à résou­dre pour que l’homme soit dans une posi­tion confor­ta­ble. Il existe envi­ron 1 mil­lion de che­vaux en France dont l’essen­tiel est élevé pour le plus grand plai­sir de caté­go­ries socia­les favo­ri­sés de façon majo­ri­taire. C’est his­to­ri­que­ment un ins­tru­ment d’affir­ma­tion de son statut. Ces ani­maux uti­li­sent en France envi­ron 1 mil­lion à 1 mil­lion et demi d’hec­ta­res uni­que­ment pour le plai­sir et curieu­se­ment cet élevage n’est jamais accusé de mettre à mal notre capa­cité à nour­rir nos popu­la­tions (La consom­ma­tion de viande de cheval en France est assu­rée prin­ci­pa­le­ment par des ani­maux d’impor­ta­tion). N’y aurait-il pas chez cer­tain vegans une capa­cité à l’indi­gna­tion sélec­tive ?

Et puis, doit-on lâcher tous ces ani­maux empri­son­nés afin de mettre fin à leur uni­vers car­cé­ral ? Doit-on les sté­ri­li­ser afin de voir ces espè­ces domes­ti­quées quit­ter défi­ni­ti­ve­ment notre envi­ron­ne­ment ? Ces ques­tions légi­ti­mes ne sont visi­ble­ment pas posées par les vegans.

La pro­po­si­tion de sup­pri­mer l’élevage mérite que l’on se pose la ques­tion de sa mise en œuvre. Outre les mesu­res tran­si­toi­res que les quel­les nous ne nous étendrons guère, le résul­tat attendu sur les pay­sa­ges va modi­fier nos regards sur le « rural ». Il existe 11 mil­lions de sur­fa­ces en herbes en France sur les 27 mil­lions de SAU.

L214 veut pré­ser­ver le bocage : mais le bocage est un outil au ser­vice de l’élevage, pas de la céréa­li­culture !

Donc si comme l’on s’ache­mine vers la sup­pres­sion de l’élevage ce qui est l’objec­tif majeur des vegans, alors il faudra replan­ter en forêt les 11 mil­lions d’hec­ta­res de prai­ries fran­çaise. L’alter­na­tive est de les culti­ver mais les alpa­ges dans les­quels pais­sent les brebis et les vaches, les zones humi­des dans les­quel­les les pay­sans fau­chent l’herbe, les zones de rochers et de sables abra­sifs pour les outils ne s’y prê­tent guère. Je laisse chacun ima­gi­ner ce qu’il advien­dra sur les pay­sa­ges diver­si­fiés aux­quels nous sommes habi­tués.

La pres­sion sur le prix de revient des den­rées ali­men­tai­res est une ques­tion aussi vieille que l’huma­nité. La pro­mo­tion de la sup­pres­sion de l’élevage fait partie des outils pour arri­ver à ces fins. Le Royaume Uni a sup­primé les « corns laws » en 1848 afin de pou­voir bais­ser les salai­res. Ces lois mises en place lors des Enclosures pour assu­rer le déve­lop­pe­ment capi­ta­lis­ti­que de l’agri­culture anglaise avaient pour inconvé­nient aux yeux des capi­ta­lis­tes de main­te­nir un prix enca­dré et garanti des céréa­les sur les Îles bri­tan­ni­ques. Dans ces condi­tions, la baisse de l’ali­men­ta­tion des pro­lé­tai­res ne pou­vait se faire, tel­le­ment les condi­tions de leur vie et survie étaient déjà pré­cai­res. C’est à ce moment que le Royaume Uni peut se per­met­tre de pou­voir assu­rer l’ali­men­ta­tion de sa popu­la­tion à moin­dre coût par la pres­sion colo­niale et la pos­si­bi­lité d’impor­ter des vivres pour main­te­nir la paix sociale. La mon­dia­li­sa­tion du 19e siècle se déve­loppe mas­si­ve­ment dans la seconde moitié du 19e, cette ouver­ture des mar­chés ali­men­tai­res n’est pas la seule cause mais elle y contri­bue, jetant dans la misère des mil­lions de tra­vailleurs.

Aujourd’hui la sup­pres­sion de l’ali­men­ta­tion carnée peut jouer le même rôle dans nos socié­tés. La lutte contre les salai­res des tra­vailleurs de nos socié­tés, com­men­cée avec la mon­dia­li­sa­tion de la der­nière partie du XXe siècle, annon­cée comme heu­reuse, montre ses limi­tes aujourd’hui. Les échanges sta­gnent, les pro­blè­mes liés à ce com­merce comme moyen d’appro­vi­sion­ne­ment est de plus en plus contesté, pro­duit des réflexes « popu­lis­tes ». Ben oui le peuple voit bien que c’est lui le sacri­fié.…. Il reste à expli­quer à ce peuple qu’ils doi­vent s’habi­tuer à manger autre­ment. « Dites-moi ce dont vous avez envie et je vais vous expli­quer com­ment s’en passer ».

Vous rajou­tez pour la bonne recette une louche de chan­ge­ments cli­ma­ti­ques, une bonne dose de com­pas­sion et voilà la pres­ti­di­gi­ta­tion réus­sie : Les pau­vres man­ge­ront des pata­tes et des céréa­les, les riches auront une ali­men­ta­tion beau­coup plus sécu­ri­sée, com­plé­men­tée par les ingré­dients four­nis par les labos qui assu­re­ront notam­ment à leurs enfants en bas âge un équilibre ali­men­taire dans une période qui est la plus dif­fi­cile à réa­li­ser sans caren­ces ni mal­nu­tri­tion.

Il n’est qu’à contem­pler les rayons des super­mar­chés et phar­ma­cie pour com­pren­dre l’enjeu économique et social qui est der­rière. Cette muta­tion se pro­duit par la couche de la société la plus récep­tive : les étudiants, de plus en plus nom­breux, avec une injonc­tion de réus­site qui leur impose des sacri­fi­ces économique pour « la réus­site de leurs études et la réus­site pro­fes­sion­nelle ». Ainsi avec des coûts de sco­la­rité en explo­sion, des besoins sociaux indis­cu­ta­bles, la seule façon d’abais­ser les besoins économiques de l’ali­men­ta­tion est de valo­ri­ser un mode de consom­ma­tion moins coû­teux. De toute façon, la santé à l’âge d’un étudiant est un concept peu pré­gnant.….même si les jeunes ne sont que des vieux en deve­nir.

La boucle est bou­clée, le véga­nisme est un outil au ser­vice du capi­ta­lisme et non de la « cause ani­male ». Il faut une fois de plus faire céder les tra­vailleurs des villes et des cam­pa­gnes aux injonc­tions du capi­tal.

Bien sûr, aucune des cam­pa­gnes de pro­pa­gande des asso­cia­tions « ani­ma­lis­tes » n’aurait d’écho si tout était par­fait.

La confu­sion entre la cruauté et la dou­leur, la souf­france et la mort, les bonnes condi­tions d’élevage, terme qui a infi­ni­ment plus de sens que le « bien-être animal », et l’indus­tria­li­sa­tion, génère une atten­tion du grand public peu averti.

La com­pas­sion anthro­po­mor­phi­que abou­tit à une concep­tion de plus en plus « hors sol » de la place des ani­maux. Il est par exem­ple encore admis en France, avec une popu­la­tion qui met la liberté au centre de ses préoc­cu­pa­tions théo­ri­ques, que des bonnes condi­tions d’élevage pour les vaches se tra­dui­sent par la pos­si­bi­lité pour celles-ci de pâtu­rer de l’herbe direc­te­ment au pré, de pou­voir patau­ger dans la terre, de courir, bref de vivre une vie d’animal. Pour d’autres notam­ment en Europe du Nord , de bonnes condi­tions d’élevage pas­sent par la repro­duc­tion de ce que l’homme peut par­fois sou­hai­ter : un bâti­ment clair et aéré dans lequel les ani­maux pas­sent l’année entière sans avoir d’autre hori­zon qu’une aire béton­née qui permet de sentir le soleil, d’avoir de la nour­ri­ture en per­ma­nence qui arrive de façon tou­jours iden­ti­que, équilibrée, com­plé­men­tée en miné­raux, en adju­vants, passée sous la vali­da­tion des nutri­tion­nis­tes des ani­maux que sont les zoo­tech­ni­ciens comme les humains qui ont fait de la ques­tion ali­men­taire le res­pect d’ordon­nan­ces pres­cri­tes par les spé­cia­lis­tes….

Le fait de nour­rir les veaux direc­te­ment par la tétée des vaches fait partie des com­bats majeurs des vegans permet d’ouvrir un débat : est-il aussi légi­time d’impo­ser aux éleveurs de ne pas sépa­rer les veaux à la nais­sance et de per­met­tre aux mères et pères des bébés de donner du lait recons­ti­tué à leurs enfants ? Le sevrage de la mère est-il une ques­tion tech­ni­que, sociale, anthro­po­lo­gi­que ? Personnellement je n’ai pas plus de réponse mais c’est la seule que je peux faire face à cette injonc­tion. La tétine des bibe­rons des bébés est de même nature que celle qui permet aux veaux de s’ali­men­ter.

Il sera donc indis­pen­sa­ble que l’on s’accorde sur la défi­ni­tion de bonnes condi­tions d’élevage, la notion de « bien-être animal » dénie, elle, par défi­ni­tion, la rela­tion à l’élevage. Ce sera tou­jours un com­pro­mis aussi long­temps que nous vivons dans un monde dans lequel l’argent est un élément d’échanges. Il n’existe pas de « bon­heur absolu » pour les ani­maux pas plus que pour les humains, aussi nous sommes rendus à essayer d’ima­gi­ner ce qui visi­ble­ment ne pro­vo­que pas de souf­france.

Il reste quel­ques sujets plus épineux : les omni­vo­res mono­gas­tri­ques rede­vien­dront des ani­maux uti­li­sant ce que les humains ne savent pas digé­rer ou pas manger (les os pour les porcs par exem­ple, les issues de l’élevage et de la trans­for­ma­tion en ali­ments pour les humains). Il est aber­rant d’avoir pros­crit tous les déchets d’abat­toir de l’ali­men­ta­tion des mono­gas­tri­ques en les ayant rendu vegan. C’est une des rai­sons de l’uti­li­sa­tion du soja pour les porcs et les volailles, puis­que c’est le seul végé­tal qui contient de façon satis­fai­sante dans les condi­tions économiques actuel­les les acides aminés indis­pen­sa­bles au déve­lop­pe­ment des ani­maux en crois­sance au moment du sevrage.

C’est l’indus­trie de la fabri­ca­tion des ali­ments du bétail (et des chats et chiens) qui est en cause pas la « nature » de ce que doi­vent consom­mer les omni­vo­res mono­gas­tri­ques.

L’arri­vée de la mala­die de la vache folle a été une catas­tro­phe de santé publi­que et indus­trielle, fruit du libé­ra­lisme Thatchérien mais pas une erreur bio­lo­gi­que. Il est stu­pide d’avoir sup­primé des ali­ments riches pro­téi­nes et énergie que sont les déchets d’abat­toirs qui repré­sen­tent 93 % des déchets de la consom­ma­tion de viande pour les 7% de déchets pro­ve­nant des indus­tries d’équarrissage qui eux ont généré ce scan­dale et cette peur col­lec­tive à la fin des années 90. Les mesu­res adop­tées par l’Angleterre Thatchérienne ne l’ont été que pour assu­rer des pro­fits plus juteux aux indus­triels de l’ali­ment du bétail.

J’ai abordé la ques­tion de l’héber­ge­ment des ani­maux. Il pour­rait être envi­sa­gea­ble de reve­nir à une époque dans laquelle la vache ser­vi­rait de chauf­fage direct pour les éleveurs, mais je pense que notre société s’est éloignée de cette vie-là dès que le paysan l’a pu…pour ne pas la fixer à nou­veau comme objec­tif.

Nous devons abor­der l’ali­men­ta­tion. Nous devrons dis­tin­guer les rumi­nants des omni­vo­res mono­gas­tri­ques. Les rumi­nants sont faits pour rumi­ner, ce qui veut dire trans­for­mer de la cel­lu­lose en énergie uti­li­sa­ble par ceux-ci. D’abord, au com­men­ce­ment, ils ne devraient boire uni­que­ment que du lait de vaches pour les veaux alors qu’actuel­le­ment ils ne boi­vent qu’un liquide blan­châ­tre dans lequel les firmes ont retiré les matiè­res gras­ses ani­ma­les et rem­pla­cées par des matiè­res gras­ses végé­ta­les….(cela est vrai pour les veaux des vaches lai­tiè­res).

Nous pour­rions tomber d’accord ensuite que toute autre ali­men­ta­tion que de l’herbe et du foin soit la base. Donc pas d’uti­li­sa­tion de céréa­les ou alors très enca­drée, doit être un élément de réflexion. La com­bi­nai­son des deux mesu­res limi­te­rait sérieu­se­ment la pro­duc­tion lai­tière dis­po­ni­ble sur le marché.

Les pay­sans qui repro­dui­sent du « Lait à Comté » ont déjà codi­fié la quan­tité maxi­mum admis­si­ble de céréa­les pour obte­nir l’appel­la­tion.

Si l’on consi­dère que la domes­ti­ca­tion des rumi­nants s’est faite his­to­ri­que­ment sur la base de l’uti­lité de l’animal, sur l’échange du don et du contre-don comme l’expli­que Jocelyne Porcher, nous devrons défi­nir quels ser­vi­ces sont rendus par les rumi­nants : -valo­ri­sa­tion de sur­fa­ces inculti­va­bles (pentes, rochers, qua­lité de sols…)

 Fourniture d’ali­ments, de pré­fé­rence renou­ve­la­bles, donc plutôt sous forme de lait que de viande qui ne doit rester qu’une valo­ri­sa­tion inter­ve­nant au terme d’une « vie bonne d’animal ». Certes, le monde est injuste et la place des mâles est plus dif­fi­cile à trou­ver dans ce monde-là qui a sup­primé sous nos cli­mats l’usage de la trac­tion ani­male. Nous pour­rions redé­cou­vrir quel­ques vertus à la trac­tion ani­male mais je pense que cela posera et mar­gi­nal quel­ques dif­fi­cultés et quel­que per­ti­nence pour se déve­lop­per rapi­de­ment, le coût de la trac­tion méca­ni­sée est faible. Il faudra des poli­ti­ques inci­ta­ti­ves comme l’usage dans cer­tains types de pro­duc­tions.

 Fourniture de fer­ti­li­sants, ce qui veut dire inter­dire l’usage des engrais chi­mi­ques et engrais de syn­thèse, ori­gine de l’indus­tria­li­sa­tion de l’élevage comme rap­pelé ci-dessus.

 Usage de toutes les par­ties de l’animal. Si l’élevage et la déten­tion des ani­maux de com­pa­gnie a pris autant d’impor­tance en rela­tion avec l’élevage indus­triel, c’est notam­ment lié au fait que le prix de « la viande » est tel­le­ment bas que chacun ne consomme que les « bons mor­ceaux ». Ainsi a dis­paru une grande partie de la consom­ma­tion d’abats, des « bas mor­ceaux » et autres valo­ri­sa­tions ali­men­tai­res qui aupa­ra­vant étaient tota­le­ment inté­grées dans les « ser­vi­ces rendus » et qui main­te­nant ser­vent à nour­rir des mil­lions de chats et de chiens. Donc avec un prix de la viande plus élevé, il sera indis­pen­sa­ble de consom­mer et valo­ri­ser tous les mor­ceaux.

La valo­ri­sa­tion des cuirs est deve­nue dif­fi­cile, concur­ren­cée par les pro­duits d’ori­gine fos­sile. En plein débat sur les chan­ge­ments cli­ma­ti­ques, il serait inco­hé­rent de ne pas exa­mi­ner toutes ces ques­tions. La sur­va­lo­ri­sa­tion du coton par exem­ple comme sub­sti­tut à la laine est une honte pour ceux qui reven­di­quent l’ambi­tion de « pro­té­ger la pla­nète » (la dite pla­nète, elle-même, se moque de savoir si quelqu’un veut la sauver, c’est juste l’Homo Sapiens qui com­mence à s’inter­ro­ger sur les condi­tions de sa survie sur cette Terre).

L’usage de la laine, qui cor­res­pond au cycle natu­rel pour le mouton est per­ti­nent et si cela permet au paysan d’être mieux rému­néré, l’obli­ga­tion de vendre des kilos de viande sera moin­dre. Mais qui est prêt à payer ?

Le coton exploité de façon moderne est un exem­ple des rava­ges per­pé­trés par la colo­ni­sa­tion avec le sucre et les pier­res pré­cieu­ses. Aujourd’hui, encore, c’est une mon­naie d’échange pour les pays occi­den­taux qui de ce fait emprun­tent aux pays en « déve­lop­pe­ment » des sur­fa­ces pour pro­duire les draps et che­mi­ses des occi­den­taux. Une partie signi­fi­ca­tive de la surex­ploi­ta­tion de cette fibre et de condi­tions de tra­vail ini­ma­gi­na­bles est encore pré­sente sans que cela n’émeuve trop lors­que ce sont mille Bengalis qui meu­rent sous le toit de leur usine qui s’effon­dre.

Donc la laine. Et les autres poils rem­pla­cés par les fibres syn­thé­ti­ques.

Je n’irai pas plus loin, ce sont juste quel­ques illus­tra­tions des ser­vi­ces rendus poten­tiel­le­ment et qui ont dis­paru avec l’indus­tria­li­sa­tion. C’est une ques­tion de régle­men­ta­tion, de res­pect de condi­tions de pro­duc­tion le plus renou­ve­la­ble pos­si­ble.

L’une des modi­fi­ca­tions indis­pen­sa­bles est de modi­fier les pra­ti­ques d’élevage dans le domaine de la repro­duc­tion. Le « 1 veau par an » pour objec­tif d’un éleveur de vaches lai­tiè­res pro­duit trop de veaux pour nos besoins en viande. Le seul objec­tif pour­suivi par l’éleveur est d’obte­nir plus de lait sur la durée de vie de la vache. Pas de tuer des veaux. De même l’aug­men­ta­tion consi­dé­ra­ble de la pro­duc­tion d’œufs par an des poules ou des agneaux par brebis a concen­tré la pro­duc­tion, mas­si­fié la consom­ma­tion de viande ou « d’ovo­pro­duits ( !) » comme chacun sait.

Aussi, il doit être pos­si­ble de codi­fier d’autres objec­tifs et d’autres règles pour cons­truire un élevage satis­fai­sant aux objec­tifs de rela­tions plus cohé­ren­tes entre les hommes et les ani­maux.

L’outil majeur qui permis de mettre en ordre la méca­ni­sa­tion de l’agri­culture et sa « moder­ni­sa­tion » » est la sélec­tion. Animale et végé­tale qui ont évolué de pair, le débat sur les OGM étant une facette de ce qui a été en œuvre avec le déve­lop­pe­ment des « races ani­ma­les ».

Le pro­duit de ces tra­vaux, conduits par les ins­ti­tu­tions étatiques abou­tit à des aber­ra­tions qui ali­men­tent les « anti-élevage ». Fabriquer des vaches sans beau­coup de viande qui pro­dui­sent 10000 l de lait avec force ali­ments concen­trés d’une part et de l’autre avoir trans­formé des vaches en « races à viande » tra­duit cette indus­tria­li­sa­tion de l’agri­culture. De la même manière, pour les « races » ovines et avi­co­les (je n’uti­lise ce terme qu’entre paren­thè­ses tel­le­ment il est stu­pide d’avoir sélec­tionné sur des cri­tè­res phé­no­ty­pi­ques) Ce terme de race n’est tou­jours pas remis en cause alors que ce terme est enfin aujourd’hui heu­reu­se­ment banni pour les humains alors qu’il figu­rait en bonne place dans nos écoles lors­que j’y allais) la sépa­ra­tion en « races lai­tiè­res et races bou­chè­res » est aussi idiote que d’élever des poules qui pon­dent 280 œufs et plus par an et que d’autres congé­nè­res ne vivront que 30 jours pour pro­duire un animal d’1.7 kg !

Et cela c’est le tra­vail des scien­ti­fi­ques, des élites diri­gean­tes au ser­vice d’un projet démo­nia­que. L’Inra et les Instituts tech­ni­ques (et leurs homo­lo­gues dans le monde entier) ont œuvré pour arri­ver à ce résul­tat. 70 ans d’erreur qui aujourd’hui sanc­tion­nent une nou­velle fois ceux qui n’ont fait que suivre les poli­ti­ques impo­sées, les choix tech­ni­ques obli­ga­toi­res des « plans de déve­lop­pe­ment » » des années 70 aux pour obte­nir des sub­ven­tions, des reconnais­san­ces pro­fes­sion­nel­les et économiques. Les pay­sans n’ont pas inventé les hybri­des ni les OGM. Ni la « race Charolaise » ni « la Holstein ». Ce sont les labos de recher­che qui ont tra­vaillé sur la repro­duc­tion ani­male avant de s’aper­ce­voir qu’ils engen­draient poten­tiel­le­ment des mons­tres comme Frankenstein (Jacques Testard était cher­cheur à l’Inra et tra­vaillait sur la repro­duc­tion des vaches avant de mettre au monde le pre­mier « bébé éprouvette » comme cher­cheur à l’Inserm. Il fait partie de ceux qui aujourd’hui contes­tent cette évolution scien­ti­fi­que sans cons­cience).

La remise en cause des races devrait per­met­tre à nou­veau d’avoir des « popu­la­tions d’ani­maux » (terme plus per­ti­nent) d’ani­maux dans cer­tains ter­roirs (moins lourds dans les terres humi­des, plus poilus dans les zones froi­des, au cuir plus épais quand le pro­blème des insec­tes piqueurs est un pro­blème…). Bref, je vous pro­pose de réin­ven­ter l’eau tiède en mélan­geant de l’eau chaude et de l’eau froide mais cela me semble être la seule piste à pour­sui­vre.

Il sera donc pos­si­ble de réo­rien­ter les tra­vaux vers la com­pré­hen­sion des sys­tè­mes. Beaucoup plus dif­fi­cile et moins lucra­tive que la sépa­ra­tion des éléments et la bre­ve­ta­bi­lité des molé­cu­les ou des pro­cé­dés. Il faut inven­ter une autre agri­culture qui doit conju­guer ce que nous n’avons jamais su faire sous nos cli­mats : la coha­bi­ta­tion de l’homme, de l’animal des végé­taux annuels (afin d’assu­rer la sécu­rité ali­men­taire par la pro­duc­tion de grai­nes sto­cka­bles) et des arbres. Ce sont les seules plan­tes sus­cep­ti­bles de sto­cker le car­bone sur le moyen terme, donc d’assu­rer la lutte pour la fer­ti­lité des sols et du renou­vel­le­ment énergétique. Pour cela, il faudra bien sûr que les ani­maux de rente soient moins nom­breux (à condi­tion que la place des ani­maux de com­pa­gnie évolue aussi) et que leurs fonc­tions soient redé­fi­nies.

Il faudra repen­ser les façons de pro­duire et de consom­mer les végé­taux, le gas­pillage actuel ne sert que la concen­tra­tion indus­trielle.

La pos­si­bi­lité de pro­duire des grai­nes riches en hydra­tes de car­bone aptes à assu­rer à nos socié­tés la sécu­rité ali­men­taire est une conjonc­tion de condi­tions natu­rel­les rares. Le blé s’est imposé par exem­ple dans nos société euro­péen­nes non pas parce qu’il avait la meilleure qua­lité objec­tive pour l’ali­men­ta­tion humaine mais parce qu’il ne pos­sé­dait pas comme le seigle la faculté d’être sujet à l’ergot, cham­pi­gnon géné­ra­teur de la « danse de Saint Guy ». Cette céréale ali­mente aujourd’hui des porcs et des volailles alors que c’est une graine plutôt dif­fi­cile à obte­nir sous nos cli­mats froids sans engrais et les béquilles chi­mi­ques four­nies par les trusts agro­chi­mi­ques. La recher­che devra per­met­tre de com­pren­dre les inte­rac­tions entre les éléments d’un milieu plutôt que d’essayer l’adap­ter le milieu comme nous le fai­sons depuis 150 ans.

Tout cela ne pourra se faire que si l’on évince les inté­rêts privés de ces réflexions et de ces décou­ver­tes puis­que actuel­le­ment, le seul objec­tif des firmes est de pri­va­ti­ser tout ce qui peut per­met­tre de maxi­mi­ser le profit.

Cette nou­velle agri­culture ne pourra se faire sans que ne se pose la part qui revient au paysan dans la chaîne de pro­duc­tion. Historiquement les pay­sans ont été la varia­ble d’ajus­te­ment de l’évolution des tech­ni­ques. Il semble inconce­va­ble que l’on ima­gine une agri­culture que sera plus coû­teuse en tra­vail, par­fois autant en capi­tal si l’on inclut la plan­ta­tion d’arbres dans les sys­tè­mes agrai­res, avec des par­cel­les plus peti­tes, plus diver­si­fiées, des ren­de­ments plus fai­bles sur­tout si l’on a d’une part une sup­pres­sion de la fer­ti­li­sa­tion chi­mi­que et de la réduc­tion des trou­peaux d’ani­maux, et que tout cela ne se tra­duise par une aug­men­ta­tion signi­fi­ca­tive des coûts d’accès à l’ali­men­ta­tion.

Les poli­ti­ques agri­co­les ont tou­jours eu pour objet et effet de bais­ser le coût d’accès aux den­rées ali­men­tai­res. Les stan­dards de la com­po­si­tion ont changé au fil du temps, d’une ali­men­ta­tion riche en pro­duits végé­taux, puis ani­maux pour consom­mer les excé­dents des pro­duits végé­taux alors trans­for­més en ani­maux. Du « gagner son pain quo­ti­dien » au « steak quo­ti­dien » il y a une conti­nuité qui sacra­lise le marché comme élément de répar­ti­tion et d’attri­bu­tion de cette ali­men­ta­tion.

Nourrir les pau­vres a tou­jours été le sujet de préoc­cu­pa­tion de nos socié­tés (du pain et des jeux disait déjà César). C’est un enjeu de paix sociale pour cer­tains, un enjeu de jus­tice pour d’autres mais c’est une préoc­cu­pa­tion qui fait conver­ger les opi­nions.

C’est juste sur les moyens d’y arri­ver que cela diverge.

La réduc­tion des iné­ga­li­tés est un objec­tif qui devra obli­ga­toi­re­ment être au centre d’une bonne poli­ti­que agri­cole. L’accès pour tous les citoyens à des ali­ments de qua­lité est indis­so­cia­ble d’une autre façon de penser la pro­duc­tion.

Néanmoins comme il risque fort d’y avoir besoin d’étapes et de tran­si­tions, la ques­tion de l’accès pour les plus pau­vres ne peut être évacuée d’un revers de manche.

L’ali­men­ta­tion est tou­jours un élément d’iden­ti­fi­ca­tion sociale, que cela nous plaise ou pas, ce débat sur la place de l’élevage l’illus­tre. Le rejet de l’élevage est d’abord un phé­no­mène de mar­gi­na­li­sa­tion et d’affir­ma­tion d’appar­te­nance à une « élite éclairée ». C’est aussi un phé­no­mène d’exclu­sion des autres caté­go­ries, jus­te­ment celles qui ont le plus récem­ment adopté des habi­tu­des des riches d’hier (la viande rend fort, l’accès au steak est l’iden­ti­fiant de la réus­site, et le fro­mage, et les pois­sons, etc., etc…). Ce débat sur l’ali­men­ta­tion est encore un sup­port de mar­quage social, de la même manière que quand le pain blanc a rem­placé le pain « bis » ou le pain de seigle consommé par les « gueux ».

Maintenant, manger cinq fruits par jour est le luxe des clas­ses aisées éduquées qui peu­vent s’offrir ces pro­duits sou­vent impor­tés. Concernant la consom­ma­tion des légu­mes, leurs pro­duc­tion indus­trielle ainsi que l’indus­tria­li­sa­tion de leur trans­for­ma­tion a tel­le­ment éloigné le citoyen consom­ma­teur que ceux-ci ne savent plus les pré­pa­rer ni même les appré­cier.

La consom­ma­tion des sala­des entiè­res baisse quand celle des sala­des en sachets aug­mente. Le marché est-il un bon régu­la­teur ? Assurément non..

Il faudra redon­ner aux mou­ve­ments d’éducation popu­laire leur rôle afin de per­met­tre aux pro­duits sim­ples de retrou­ver leurs des let­tres de noblesse.

Le prix de ces pro­duits risque fort d’être péda­go­gi­que. En effet la pro­duc­tion sans pes­ti­ci­des ni engrais de syn­thèse rendra leur coûts de pro­duc­tion élevés, peu pro­pi­ces au gas­pillage. La mas­si­fi­ca­tion des pro­duits bio ne doit pas se faire, au contraire avec un abais­se­ment de prix. Les prix sont encore bien sou­vent insuf­fi­sants, même en bio pour assu­rer la repro­duc­tion des fermes encore trop sou­vent condam­nées de s’agran­dir.

Il sera urgent de mettre en place un sys­tème de socia­li­sa­tion du prix des pro­duits les plus ver­tueux pour l’ali­men­ta­tion afin d’obte­nir comme pour la santé un sys­tème que donne à chacun selon ses besoins (défi­nis col­lec­ti­ve­ment) et impose à chacun de contri­buer selon ses moyens. Alors, une carte « Vitale » pour une ali­men­ta­tion de qua­lité ? Un sys­tème dans lequel les pro­duits éligibles seraient les pro­duits élaborés selon un cahier des char­ges précis. Un sys­tème dans lequel on ferait migrer les aides agri­co­les pour que chacun puisse consom­mer des pro­duits de qua­lité, quelle que soit sa condi­tion sociale. Un sys­tème dans lequel les pro­duits « trop gras, trop indus­triels, trop sucrés, trop pes­ti­ci­dés » ne béné­fi­cie­raient plus d’aucun sou­tien public. Bref un sys­tème qui posera les ques­tions poli­ti­ques plus larges que de ren­voyer l’évolution de nos socié­tés qu’à la seule modi­fi­ca­tion de nos com­por­te­ments indi­vi­duels. Comme si les poli­ti­ques agri­co­les mises en place depuis des lus­tres n’avaient pas engen­dré ce mons­tre devenu aujourd’hui incom­pré­hen­si­ble et donc insup­por­ta­ble.

C’est sur cet échec mons­trueux des poli­ti­ques de l’offre menées dans tous les pays depuis 100 ans que se greffe ce débat sur le véga­nisme.

L’injonc­tion actuelle, issue des désillu­sions des citoyens vis-à-vis des solu­tions poli­ti­ques est de plus en plus anxio­gène : chacun avant de faire quoi que ce soit doit se poser la ques­tion de savoir si c’est « bon pour l’envi­ron­ne­ment », « suf­fi­sam­ment dura­ble », « assez loca­vore » », « assez bon pour la lutte contre les chan­ge­ments cli­ma­ti­ques »….

Bref, une injonc­tion qui est perçue comme ayant une ori­gine ration­nelle. Néanmoins cela ne doit pas faire oublier que les poli­ti­ques menées qui ont orga­nisé la lutte de tous contre tous, l’abais­se­ment per­ma­nent des pro­tec­tions socia­les, économiques sont le fait géné­ra­teur de cette mar­chan­di­sa­tion de tout ce qui vit.

Le véga­nisme est une impasse cons­truite sur les décom­bres d’un sys­tème uni­que­ment basé sur le profit de chacun au détri­ment d’une vie bonne pour tous, mais si l’humain d’abord peut avoir un sens, alors nous devons l’accor­der avec un avenir pos­si­ble pour toute la bio­di­ver­sité.

Philippe Collin

[1] Débat sur France Culture « du Grain à moudre » 13 sep­tem­bre 2017

[2] Source Ministère agri­culture France, trouvé sur le site

[3] Vu sur le site de L214

[4] (269 Life conteste l’idée de chasse puis­que les san­gliers sont croi­sés avec des porcs et que ce n’est pas pour régu­ler les popu­la­tionss) !!!!(Sic)

[5] Vu sur le site de 269 Life : Le bien-être animal est une escro­que­rie qui ne sert qu’à camou­fler la réa­lité.
Il est ridi­cule de ques­tion­ner la forme de l’oppres­sion, sans remet­tre en cause l’oppres­sion elle-même. Aurait-on eu l’idée mal­saine de parler de bien-être juif ou de res­pect juif dans les cham­bres à gaz ?)