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Le Melenchon Bashing sur le terrain politico-judiciaire…

… Ou des perquisitions qui donnent une image étrange de la démocratie.

par Jacques COTTA, le 17 octobre 2018

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Les per­qui­si­tions qui ont été effec­tuées au domi­cile de Jean-Luc Mélenchon, d’une dizaine des ses col­la­bo­ra­teurs, ainsi qu’au local de la FI et de l’asso­cia­tion « l’ère du peuple » ne néces­si­tent-elles pas une soli­da­rité totale avec le pré­si­dent du groupe par­le­men­taire de la FI et de la FI elle-même,et ne devraient-elles pas pro­vo­quer un sur­saut démo­cra­ti­que de tous ceux pour qui la démo­cra­tie a encore un sens ?

N’est-ce pas en effet la démo­cra­tie qui est visée ?

Il ne s’agit pas ici de se pro­non­cer sur le contenu d’un dos­sier dont on ne sait pour le moment en tout et pour tout que la dénon­cia­tion « d’emplois fic­tifs au par­le­ment euro­péen » était bap­ti­sée un peu plus tard par son auteur, l’euro député Sophie Montel, de « pied de nez » ou de « farce ».

Ce serait donc au nom d’une farce notam­ment que plu­sieurs dizai­nes de poli­ciers, armés, vêtus pour cer­tains de gilets pare-balles, ont été mobi­li­sés dés 6h du matin pour péné­trer au domi­cile ou dans les locaux d’insou­mis. C’est au nom d’une farce donc qu’ils auraient agi comme si une asso­cia­tion de mal­fai­teurs, voire de ter­ro­ris­tes, était visée. Mais cette inter­pré­ta­tion moqueuse est sans doute bien loin de la réa­lité et dédouane les res­pon­sa­bles poli­ti­ques qui ont donné l’ordre de per­qui­si­tion­ner.

Comment ne pas cons­ta­ter un étonnant deux poids deux mesu­res. Il ne sert à rien d’épiloguer sur des faits déjà connu, mais un bref rappel permet d’appré­cier.
Affaire récente, celle d’Alexandre Benalla, bar­bouze élyséen, dont le domi­cile doit être per­qui­si­tionné, mais qui en l’absence de clés, se voit aver­tir d’une remise de l’opé­ra­tion le len­de­main, ce qui aura permis dans la nuit le démé­na­ge­ment d’une armoire dans laquelle se trou­vaient des armes de poing liées à LREM.
Affaire moins récente, mais qui recoupe des faits très exac­te­ment iden­ti­ques à ceux qui sont repro­chés à Jean Luc Mélenchon, celle qui concerne le Modem, François Bayrou et Françoise de Sarnez, macro­nis­tes depuis les pré­si­den­tiel­les, qui font l’objet d’une enquête pré­li­mi­naire, ainsi que 18 de leurs confrè­res, pour « abus de confiance » por­tant sur des soup­çons d’emplois fic­tifs d’assis­tants par­le­men­tai­res à Strasbourg. Là, aucune per­qui­si­tion, rien. Mais il est vrai que ceux là font partie des sou­tiens actifs de Jupiter….
Et Richard Ferrand alors qu’il était sus­pecté de béné­fi­cier d’une affaire immo­bi­lière impli­quant la mutuelle de Bretagne, et Muriel Pénicaud, la minis­tre du tra­vail chargé de défaire jusqu’au bout le code du tra­vail, sus­pec­tée de délit de favo­ri­tisme dans l’orga­ni­sa­tion des noubas pré-pré­si­den­tiel­les d’Emmanuel Macron à Las Vegas…
Aucune per­qui­si­tion, rien, régime de faveur ?

Mais il y a mieux. Pour ce qui concerne les comp­tes de cam­pa­gne des can­di­dats aux élections pré­si­den­tiel­les, l’actuel pré­si­dent de la répu­bli­que est concerné. Là encore rien. Pourtant son adresse est connue, son bureau aussi. Peut-être la jus­tice indé­pen­dante cher­che t’elle le chemin de l’Elysée ? LREM est aussi concer­née, comme est censée l’être la France Insoumise pour Jean Luc Mélenchon. Son patron était alors Christophe Castaner. Allez, mon­sieur le pro­cu­reur, un effort. Il se trouve juste en face de l’Elysée, au minis­tère de l’inté­rieur place Beauvau. D’une pierre deux coups ?

Tous cela relève des coups tordus dont la 5ème répu­bli­que est cou­tu­mière. Mais force est de cons­ta­ter qu’avec Emmanuel Macron, un cran est fran­chi. D’autant que les actions enga­gées sont lour­des de consé­quence. Les ordi­na­teurs saisis, les télé­pho­nes por­ta­bles confis­qués, ce sont les fichiers de la FI ou les contacts per­son­nels des res­pon­sa­bles de la FI qui pas­sent ainsi de main en main. Dans celle de la jus­tice, pas de pro­blème. Mais que penser lors­que dans une vidéo dif­fu­sée de l’entrée des locaux de la FI, on voit à la porte, fai­sant bar­rage, un « poli­cier » qui sur d’autres photos, publiées depuis sur les réseaux sociaux, appa­rait aux côtés du chef de l’Etat, non loin du pro­tégé Benalla et quel­ques autres ? Police ou bar­bouze ?

Tout cela est aujourd’hui du plus mau­vais effet et dégage des relents nau­séa­bonds. Il ne s’agit pas de mettre les prin­ci­pes à des ser­vi­ces par­ti­sans. Les prin­ci­pes sont les prin­ci­pes. Et ils sont lar­ge­ment bafoués. La dis­qua­li­fi­ca­tion hier de François Fillon dans l’urgence, parce que tout permet de pré­dire sa vic­toire aux pré­si­den­tiel­les, pour des affai­res qui depuis n’ont pas les pro­lon­ge­ments atten­dus, les atta­ques en psy­chia­trie de Marine Le Pen mise en cause pour des photos publiées, ou du FN pour les mêmes rai­sons qui aujourd’hui sont repro­chées à Jean Luc Mélenchon et qui devaient abou­tir à l’asphyxie finan­cière, tout cela est de même nature.

Mais pour Mélenchon il faut plus. Alors que les per­qui­si­tions qui l’ont visé sem­blent devoir être frap­pées de nul­lité, en l’absence de procès verbal et de la pré­sence du res­pon­sa­ble de « l’ère du peuple » empê­ché d’entrer dans les locaux, la presse s’en donne à coeur joie pour dénon­cer « la vio­lence de l’insou­mis ». Et le Parquet de paris d’annon­cer ce 17 octo­bre l’ouver­ture d’une enquête pour « mena­ces ou actes d’inti­mi­da­tion contre l’auto­rité judi­ciaire » et « vio­len­ces sur per­son­nes dépo­si­tai­res de l’auto­rité publi­que » après les accro­cha­ges sur le ter­rain, notam­ment contre la bru­ta­lité visant une employée de la FI.

De tout cela, une chose res­tera, la volonté d’un pou­voir à l’agonie de tout mettre en oeuvre, y com­pris les métho­des les plus condam­na­bles, pour tenter de pour­sui­vre sa poli­ti­que et de pré­ser­ver son pou­voir.