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Unité pour la défense des libertés publiques

par Denis COLLIN, le 21 septembre 2019

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Il ne se passe pas une jour­née sans que l’actua­lité ne nous donne l’occa­sion de nous indi­gner ou de nous effrayer tant est inquié­tante l’évolution de notre pays non pas seu­le­ment sur le plan économique, ou sur celui des droits sociaux, mais tout sim­ple­ment sur le plan de la plus élémentaire démo­cra­tie. La mani­pu­la­tion de la jus­tice à des fins pure­ment poli­ti­cien­nes comme on l’a vu avec la per­qui­si­tion et le procès intenté à Jean-Luc Mélenchon et ses cama­ra­des n’est qu’un événement saillant parmi tant d’autres. Ici c’est un homme jeté en garde à vue pour 48 heures pour s’être mani­festé avec un homard en papier mâché peint en rouge. Il n’a du son salut qu’au juge d’ins­truc­tion qui a refusé de suivre le pro­cu­reur. Ailleurs, c’est un mili­tant condamné à 68 € pour avoir fait signer pour le réfé­ren­dum sur ADP. On a eu les vio­len­ces et la répres­sion aveu­gle contre les gilets jaunes, les res­tric­tions à n’en plus finir du droit de mani­fes­ter, la mort de Steve pen­dant la fête de la musi­que, on a un minis­tre et un pré­si­dent qui cou­vrent toutes les « bavu­res poli­ciè­res, et la liste est inter­mi­na­ble, sans oublier la loi « contre la haine » qui élargit consi­dé­ra­ble­ment le champ du délit d’opi­nion. Pour com­plé­ter le tableau, la plus grande partie de la presse est aux ordres et les médias publics concur­ren­cent sévè­re­ment le Pravda de l’époque sovié­ti­que.

Quels que soient les ques­tions abor­dées, on ne peut éviter de mettre en paral­lèle l’évolution de la France macro­nienne avec celle de la Turquie d’Erdogan. Comme la Turquie n’a jamais été un modèle de démo­cra­tie, Erdogan va plus vite et plus loin que Macron, mais la ten­dance est la même. Nous en sommes à un point où le pré­si­dent fran­çais se fait ver­te­ment remet­tre à sa place par Poutine. Cette évolution à plu­sieurs causes. D’une part, l’opé­ra­tion de des­truc­tion com­plète du « modèle social 1945 » issu du pro­gramme du CNR et dont la réforme des retrai­tes est le pro­chain acte, exige que tous les voix dis­sen­tes soient impi­toya­ble­ment bâillon­nées. Nombreux sont main­te­nant ceux qui ne veu­lent pas s’enga­ger (contre la pri­va­ti­sa­tion d’ADP ou contre la réforme des retrai­tes) tout sim­ple­ment parce qu’ils ont peur, parce que ce gou­ver­ne­ment fait régner l’insé­cu­rité, pas seu­le­ment l’insé­cu­rité sociale, mais l’insé­cu­rité tout court. D’autre part, sur le plan inter­na­tio­nal, ce gou­ver­ne­ment est engagé dans des allian­ces avec toutes sortes de tyrans, comme la monar­chie saou­dienne et qu’il n’est pas ques­tion que cela puisse être contesté.

Une ques­tion se pose. N’est-il pas temps de cons­ti­tuer un front pour la défense des liber­tés publi­ques. On peut être pour ou contre l’UE, pour ou contre le marché libre, pour ou contre les gilets jaunes, mais pas un syn­di­ca­liste, pas un démo­crate, pas un libé­ral un tant soit peu sérieux, pas un avocat, pas un magis­trat sou­cieux de sa dignité et de son devoir, ne peut fermer les yeux sur cette inquié­tante dérive. « Une bande d’homme armés au ser­vice du capi­tal », voilà à quoi Macron réduit la République. Voilà ce qu’il faut com­bat­tre. Dans l’unité la plus large.